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LIVllE XXVII
LA COALITION EU KO PKENMi.
Le coup de hache du 21 janvier eut un immense rclentissement en Europe. Peuples el rois s'émurent également; tous les ressenlinienls, tous les intért'ts, toutes les convoitises se réunirent pour pi-écher la croisade universelle contre la France*. Dès 1789, la plu- («irt des souverains s'étaient instinctivement prononcés contre l'application des idées nouvelles, bien que beaucoup d'entre eux les eussent admises et préconisées tant qu'elles étaient restées à l'état de théories. Ils s'étaient plu naguère à échanger quelques lettres pleines de ménagements et de flatteries avec les Philosophes,
<■ Pour le Uibleau complet du la politique dc^ cabinelâ à la (in de l'anni^e JÎOï et au commencement do )79:t, nous renvoyons nos Iccleura au deuxième volume de Yllûtoire diplomalique de l'Europe pendant la H^volitlion française. Ce remarquable ouvragp, dA à la plume d'un ancien diplomate, le comte Frjncols de Bourgiiing, nous initie admirahloMient aux intri};ues secrètes qui s'agitaiPnl en Europe pendant le cours de noire Révolution,
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dispensateurs de la reDommée, à leur ol&ir une hospitalité Fastueuse, à faire étalage de sensibilité exquise ou de désiDléresseiDent platonique. Mais ils n'avaient pas lardé à comprendre que le droit des citoyens et des nations, proclamé par les assemblées françaises, était en contradiction flagrante avec celui qu'ils préteodaienl avoir reçu de Dieu et de leurs ancêtres; ils venaient d'avoir la preuve qu'après avoir ébranlé les couronnes, la Révolution pourrait bien faire tomber les têtes qui les portaient.
Au récit des scènes hideuses du 10 août et du 2 septembre, à la lecture du procès de Louis XVI , les orateurs, les poètes, les penseurs, avaient été presque aussi émus que les rois. Ceux d'entre eux qui avaient applaudi aux premiers actes de la Révolution s'éiaient empressés de répudier toute solidarité avec les adeptes du jacobinisme.
Jusqu'alors les peuples, spectateurs muets mais attentifs du grand drame qui se déroulait sous leurs yeux, avaient hésité à faire un choix entre les principes nouveaux qui leur promettaient la Hberté, et les doctrines anciennes qui, à défaut de ce bien si précieux, semblaient au moins leur assurer une vie paisible. Mais, à partir du 21 janvier, leurs doutes cessent. Saisis d'épouvante, ils se rejettent dans les bras de leurs anciens maîtres et demandent à être sauvés à tout prix du monstre révolutionnaire.
D'autre part, le gouvernement français semble, il faut le dire, prendre plaisir à s'aliéner les dernières sympathies sur lesquelles il puisse encore compter. II
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alarme tous les intérêts, après avoir froissé toutes les conscieoces. Par ses décrets des i9 Doveuibre et 15 décembre 1792, la Convention promet secours et protection aux nations qui s'insurgeront contre leurs souverains; elle ordonne à ses généraux, aussitôt qu'ils mettront le pied sur le sol étranger, de détruire, d'extirper les institutions contraires à ta liberté et à l'égalité. Elle envoie des commissaires (et quels commissaires!) faire l'éducation des peuples dont ses armées occupent le territoire.
Le pouvoir exécutif déclare virtuellement abolis les actes interDationaux qui peuvent contenir des clauses attentatoires au droit naturel, il aOicbe la prétention de réviser de sa propre autorité les traités qui, depuis plusieurs siècles, forment le droit public de l'Europe. Pour le triomphe de principes très-conâtestables, on jette un défi à la face de la Hollande et de l'Angleterre, on proclame la liberté de la navigation de l'Escaut et de la Meuse, contrairement aux stipulations les plus formelles du traité de Westpbalie'. Ce n'est pas assez d'avoir sur les bras la Prusse et l'Autricbe, on provoque intempestivement la Diète germanique en envahissant le pays de Porentruy, en s'emparant de plusieurs villes impériales, notamment de Spire, de Mayence et de Francfort.
Mais la France n'est pas seule animée de la soif des conquêtes. Les trois puissances qui, en 1772,
1. Voir les considéranla de l'arTété du pouvoir exécutif relatifs l'EBcaut {.Voniteur du 16 novembre 179S, n° 328).
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se sont associées pour le crime du premier partage de la Pologne, soDgeot à profiter des troubles européens pour procéder à un nouveau dépècement de ce malheureux pays. Seulement, plus avisé« que ses deux, complices, l'astucieuse Catherine, si elle proclame bien haut sa haine contre la Révolution française, n'af>puie ni d'un soldat, ni d'un écu les tentatives de la Prusse et de l'Autriche pour exécuter les menaces de Pilnitz; elle réserve ses ressources en honimes et en argent aGn de se jeter, au moment opportun, sur la patrie des Jagellons et des Sohiesky, et de s'y tailler la part du lion, saur à abandonner quelques débris de cette proie à ses deux anciens copartageants.
Le nombre des Étals observant la neutralité vis-à-vis de la France se restreint de jour en jour. Seuls, ils auraient pu élever la voix en faveur de l'infortuné Louis XVI, puisque seuls ils avaient conservé des relations diplomatiques avec le gouvernement français. Mais, avant la catastrophe du 21 janvier, ni l'Angleterre, ni les puissances Scandinaves, ni les souverains de l'Haie, ni même l'Amérique, n'avaient tenté de démarches olficielles. L'Espagne avait présenté quelques timides observations, et nous avons vu comment elles avaient été reçues*; aussi pouvait-on prévoir que, dans un temps assez rapproché, le gouvernement de la Péninsule passerait d'une neutralité de plus en plus douteuse ù une hostilité déclarée. Et cependant, avec quelques ménagements habiles, le cabinet de Paris aurait pu