‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 4)Chapitre 62 sur 200 · LIVRE XXVtlI · texte numérisé non relu

LIVRE XXVtlI

Belges à noire égard. Les sympathies ealhousiastes et presque universelles qui avaient naguère accueilli les Français s'étaient bien vite changées en suspicions et en haines chez ce peuple éminemment catholique, éminemment calculateur. Lorsque chaque manufacturier, commerçant, bourgeois ou paysan, — car dans ce pays tous ou presque tous fout des économies, — eut calculé ta perte énorme qu'il éprouverait dans son avoir si le papier-monnaie Trançais était accepté au pair; lorsque, dans chaque province, on vit les commissaires de la République placer sous le séquestre les biens des couvents et des ccMnoiunautés religieuses, apposer les scellés sur les sacristies qui renfermaient les trésors des églises et les ornement? du culte, les masses se mirent k regretter le régime autrichien que quelques mois auparavant elles déclaraient intolérable. D'ailleurs, la cooduite des agents de tout rang et de toute catégorie, qui représentaient la République, n'était pas propre à la faire aimer. Depuis Danton et Lacroix, aux mœurs retâchées et au langage cynique, jusqu'à Camus, dont l'austérité janséniste applaudissait au dépouillement des églises, parce qu'il y voyait le retour à la simplicité des premiers siècles du christianisme; depuis le commissaire ordonnateur en chef Ronsin, dont la brutalité jacobine se joignait à la plus violente rapacité, jusqu'au littérateur Publicola Ghaussard, dont le pédantisme n'avait d'égal que la sottise, tous suscitaient les colères et les antipathies les plus vives.

\u9Bi, lorsque Dumourlez revint de Paris dans les derniers jours de janvier, il trouva tes cliOfH>s fort enipi-

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rées. Il comprit vite qu'il ne pouvait plus compter sur la boaae voionte du peuple belge pour lui rournir des ressources eti vivres et en hommes, et qu'il fallait à tout prix porter le théâtre de la guerre en Uollaude ou il pourrait trouver en aboadance des provisions de guerre, des provisions de bouche, et surtout le numéraire qui lui faisait complètement défaut pour le prêt de

Les rapports qu'il venait d'avoir pendant un mois avec les chefs des deux, partis qui se divisaient la Convention lui avaient démontré l'impossibilité de s'entendre avec l'un ou aver l'autre pour l'accom^issement (les desseins qu'il roulait dans sa tête.

Il était résolu à prendre le rôle de Monck et à restaurer la monarchie en France, mais la monarchie constitutionnelle. Il voulait éviter de s'appuyer sur les ■ émigrés aussi bien que sur les jacobins ; il les enveloppait les uns et les autres dans une même défiance et dans une même exclusion. Il sentait qu'avant toute chose il devait frapper un grand coup qui étonnât et ftt teire ses ennemis, en lui rendant la confiance illimitée de son armée.

A ce but il sacrifie ce que lui recommande la plus vulgaire prudence. Il sait, à n'en pas douter,- que les Autrichiens et les Prussiens rassemblent sur le Rhin des troupes nombreuses, et cependant il s'occupe fort peu de surveiller et de resserrer ses cantonnements, beaucoup trop dispersés. Il se contente d'envoyer ii l'eux de ses lieutenants qui commandent sur la ligue de la Meuse et à Aix-la-Chapelle des instructions qui

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doivent leur faire présager sa prochaine arrivée, et s'établit de sa personne à Anvers pour veiller aux derniers préparatirs de l'expédition de Hollande. Afin de tromper amis et ennemis sur ses desseins, il n'appelle même pas auprès de lui ses meilleures troupes et ses meilleurs offîciers; il s'embarque dans une entreprise hasardeuse avec quelques corps de formation nouvelle et avec des généraux qui n'ont pas encore fait leurs preuves. Heureusement il a près de lui Darçon. le meilleur ingénieur du temps, que les persécutions du prince jacobin, Charles de Besse, ont éloigné de Besançoo, et (|ui rst venu chercher asile et sûreté dans les rangs de l'armée du Nord'.

Dumouriez ne se dissimule pas les difficultés de l'expédition. Il ne s'agissait en effet de rien moins, comme il le dit dans ses mémoires, que de faire passer l'année française par le trou d'une aiguille. Pendant ce temps, une partie de ses troupes devait, sous Valence, garder Aix-la-Ohapetle et observer les mouvements de l'ennemi, une autre partie devait, sous Miranda, assiéger Maëstrichl et Nimègiie. Il était impossible de prendre régulièrement ces deux places avec les moyens et le peu de temps dont on disposait; le général en chef espérait que les garnisons capituleraient à la première menace d'un bombardement. Sans se préoccuper autrement de savoir si ses ordres peuvent ou non être exécutés, il franchit la frontière hollandaise avec

t. Voir ce que nous avons dit de Charles de Hesse, t. 111. p. 340.

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treize mille hommes, masque plusieurs places et court au Hcerdyk. espérant y trouver des bateaux pontés w nombre guRisaot pour traosporter ses troupes de l'autre càté de ce bras de mer. Il compte que la fortune, depuis an mois si propice à ses armes, Tera pour lui encore un miracle, qu'elle affermira sous ses pas, par une gelée subite, les eaux des fleuves et des canaux de la Hollande. Mais ce miracle ne devait s'accomplir que irois ans plus tard au profit d'un autre général de la République, Pichegru, auquel il était réservé de'prendre la flotte du Te^el avec quelques ^cadrons de cavalerie.

Bientôt Dumouriez se voit déçu dans ses espérances. Son avanl-garde n'a pu se saisir que de quelques bateaux, tous les autres ont été retirés de l'autre côté du Mœrdyk, et mis sous la protection de bâtiments gardecôles. II faut rassembler d'autres moyens de transport. UD tem{^ considérable est perdu. En attendant, grâce à Dargon, Dumouriez s'empare de deux places importantes, Bréda et Gertruydenberg, et se prépare à transformer en une guerre méthodique l'espèce de course au clocher daus laquelle il s'est lancé.

La nouvelle de l'entrée de l'armée française en Hollande est saluée par les applaudissements unanimes de la Convention. L'Assemblée profite de celte occasion

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