LIVRE XXVIII
H Comment, s'écrie à celle occasion le financier monlagnard, pourrions-nous songer à imposer la bière ' si nécessaire aux braves sans-culotles ? Nous devons leur donner les moyens de danser la carmagnole autour de l'ariire de la liberlé. Il ne faut pour être libre que du pain, de la bière et du fer *. »
Vin.
Pendant que la Convention promulguait bniyamruerit les principes qu'elle Jugeait propre» à lui concilier l'amour et le dévouement des peuples, pendant qu'elle célébrait déjà par des chants de triomphe les conquêtes futures de Duoiouriez, l'armée coalisée se massait à petit bruit sur les bords du Rhin, se grossissait des contingents allemands ainsi que de nombreux: renforts prussiens et autrichiens. Elle venait de passer sous le commandement en chef du prince de Cobourg, qui s'était naguère illustré dans la içuerre contre les Turcs et brûlait de venger l'affront que les armes inqiériales avaient reçu à Jemmapes.
Apprenant que l'armée française a été affaiblie par deux détachements considérables, l'un destiné à assiéger Maestricht, l'autre à renforcer l'armée de Hollande, le nouveau généralissime se hâte de profiler de cette faute capitale. Nos cantonnements étaient mal gardés
I. Voir au .¥onitewr, n" 63 et 64, le décret du a mars, le rapport de Cambon et l'adresse aux Balaves rédigée par Barère.
ei très-dislanls les uns des autres, ie village d'Aldeohoven 80 était le centre; c'est là que se porte tout l'effort des Autrichiens. Le village est assez facilement enlevé malgré la résistance des généraux St^gel et Lanoue, qui ne s'attendaient guère à une attaque si vive et si prompte. Dès lors, notre corps d'armée est oMipé en deux, il est obligé de regagner h Meuse par deux routes différentes et d'essayer de s'en faire une nouvelle ligne de défense.
Miranda était depuis quinze jours devant Maestricht, qui résistait contrairement aux prévisions de Dumouriez. Incapable de l'assiéger selon les règles faute d'un matériel suffisant, il lançait des bombes et des obus dans la place sans pouvoir y faire une brèche. Tout à coup, il reçoit des lieutenants de Valence la nouvelle qu'ils ont été obligés d'évacuer Aix-la-Chapelle et que les troupes chargéesd' investir le faubourg placé sur la rive droite de la Meuse courent grand risque d'être enlevées d'un moment à l'autre. Il se hâte de les rappeler è lui et d'opérer sa retraite sur Liège et Tongres.
L'échec d'Aldenhoven, l'abandon d'Aix-la-Chapelle, la levée du siège de Maestricht jettent l'effroi parmi les patriotes de Liège. Le conseil de ville se rassemble ù la hk[e. Trois des commissaires de la Convention, Gossuin, Lacroix et Merlin, qui se trouvent sur les lieux, viennent rassurer les autorités municipales et adjurent tous les habitants en état de porter les armes de voler au secours de la patrie en danger. Ils annoncent que, quant à eux , ils vont se rendre à Tirlemont, sur les derrières de l'armée, afin d'activer l'envoi de nouveaux renforts. Par
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le rait. tU abandoonent leti^ Liéfîeois à leur malheureux sort ; seulement, avant de partir, ils ordoDoent à leurs a^Dts d'exécuter le décret du 15 décembre ni se font précéder par des charrettes diargées de l'argenterie at des objets les plus précieux appartenant aux églises de la ville et des environs.
Les commissaires se divisent les rôles. Lacroix court à Parie instruire la Convention de nos désastres ; Merlin et GosRuin se dirigent vers Bruxelles pour se rapprocher de Dumouriez et de l'armée de Hollande.
Dans la nuit du & au 5 mars une immense émigration encombre les rues de Liège et se presse aux portes qui codduisent en Belgique. Tous ceux qui se sont compromis pour la cause française, tous ceux qui, de près ou de loin, ont à craindre les vengeances impériales, se hâtent de fuir. 11 ne reste bientôt plus dans la ville aucun individu ayant éié revêtu de quelque fonction publique durant les i^uatre mois qui viennent de s'écouler. Les anciens magistrats n'osent pas se montrer encore par crainled'un retour offensif de Valence ou de Miranda. Pendant vingt-quatre heures une anarchie complète règne dans ta malheureuse cité. La populace profite de cet interrègne des lois pour forcer les prisons et égoi^r une quinzaine de malheureux prêtres qui y sont détenus.
A peine arrivés en lieu de sûreté, les commissaires de la Convention songent k généraliser dans toutes les villes de iïelgique les mesures de précaution qu'ils ont prescrites avant leur départ de Liège. En conséquence, par un arrêté en date du ô mars, ils ordonnent aux commissaires du pouvoir exécutif d'envoyer à Lille les
objets mobiliers qui, eu vertu du décret du 15 décembre, ont été mis sous le séquestre.
Le séquestre n'avait jusque-là porté que sur l'ar^ genterie provenant des couvenls et des maisons d'émigrés. On avait laissé à peu près ïatact le trésor des paroisses ; mais les agents du pouvoir exéculir tiennent à honneur de réparer le temps perdu. Quoique l'armée impériale soit encore bien loin, puisqu'elle vient è peine de franchir la Meuse, ils agissent comme si elle était auK portes de chaque ville.
Dans la Belgique entière le même jour, à la même heure, les agents préposés aux séquestres courent aux principales églises, ordonnent de crocheter le? portes des 5^cristies, et font main basse sur tout ce qui est à leur convenance. L'arrêté des commissaires de la Convention ne mentionnait que l'argenterie, mais, de leur autorité privée, les agents en étendent l'application au linge, aux dentelles, aux livres et missels qu'ils trouvent; ils font mettre au pilon des pièces d'orfèvrerie du travail le plus précieux. Le pillage s'exécute sans qu'on ait la pensée d'appeler les autorités locales ou de dresser des inventaires réj^uliers; beaucoup d'objets, d'un petit volume, sont soustraits dans la bagarre, et peu après vendus à vil prix. Les plus ignobles indécences, les plus déplorables profanations sont commises sous les yeux, des populations indignées. Ce qui a étrhappé aux vols individuels est entassé sur des chariots et dirigé vers Lille.
Une grande partie de ces immenses spoliations ne profila même pas à la République au nom de laquelle