‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 143 sur 279 · Ces deux commissaires étaient Hébert et Arbeltier · texte numérisé non relu

Ces deux commissaires étaient Hébert et Arbeltier

fonction, était déjà suspect de modérantisme. Les meneurs veulent bien le mettre en avant, afin de donner à leur manifestation un caractère officiel ; mais ils tiennent à rester à ses côtés pour lui dicter ses moindres paroles et surveiller ses moindres gestes.

Dès le point du jour, les abords de la Convention avaient été envahis par la tourbe jacobine, convoquée à grand renfort d'affiches et de proclamations. Les tribunes avaient été remplies, comme dans les occasions solennelles, des plus purs et des plus bruyants patriotes. À l'ouverture de la séance, Thuriot, sans attendre l'arrivée de la députation municipale, proBte de la lecture du procès-verbal pour réclamer le rapport du décret d'exil. Il est vivement appuyé par Sillery. Cet ancien capitaine des gardes du duc d'Orléans votait d'ordinaire avec la Gironde; mais en cette circonstance il s'en sépare hautement et déclaife « que les archives de la Convention ne doivent pas être souillées par un acte aussi iiftmoral et aussi impolitique que celui qui lui a été surpris le dimanche précédent. »

Le girondin Henri Larivière demande ce qu'on peut trouver d'immoral et d'impolitique dans un décret éloignant de la République une famille qui peut servir de point de réunion à un parti. Il propose le rappel à l'ordre du député qui a essayé de flétrir un décret solennel rendu par l'Assemblée nationale.

Interrompu par d'effroyables vociférations, Larivière se retourne vers les tribunes et s'écrie : « Je déclare que je ne reconnais pas pour le peuple français cette portion turbulente du peuple qui s'arroge la souveraineté

nationale et prétend influencer nos délibérations en nous mettant sous le couteau ; je la braverai dans toutes les occasions et dans tous les temps. Je fais cette déclaration pour apprendre à ceux qui m'ont envoyé ici que nulle puissance ne me fera rien perdre de mon énergie. »

Rewbell appuie la motion de Thuriot, tout en blâmant les moyens que l'on emploie pour exercer une pression sur l'Assemblée. « Ceux qui vont dans certains quartiers de Paris exciter les citoyens à la révolte, ceux qui font mouvoir les groupes aux abords du lieu de nos séances, ne pensent pas sans doute qu'ils entraîneront la Convention à des démarches inspirées par la terreur. Mais la question qui nous occupe est prématurée, ajournons-la jusqu'après le jugement de Louis Capet, c'est le moyen de faire cesser les inquiétudes, de ramener le calme et la paix. Je demande donc le rapport du décret et l'ajournement de toutes les questions jusqu'après la décision sur le sort du roi. »

— « Eh! quoi, dit Kersaint, vous proposez de rapporter le décret le plus solennel qui ait été rendu par l'Assemblée? » — Les hurlements des spectateurs redoublent. — « Oui ou non, sommes-nous libres d'énoncer nos opinions? reprend le courageux girondin. Sommesnous les jouets d'une faction ou les représentants du peuple français? faudra-t-il sans cesse lutter contre un parti qui conspire contre la dignité de l'Assemblée et s'allie avec les ennemis de la patrie? Citoyens, tous vos ennemis ne sont pas sur les frontières; beaucoup sont ici. »

La discussion s'animait de plus en plus. Mais on

fait observer de plusieurs côtés à la fois qu'un débat si grave ne peut être introduit incidemment et que Tordre du jour fixe à midi la discussion sur la seule question qui reste à trancher : Le représentant Philippe-Égalité sera-t-il compris dans le décret du 16 décembre * ? La majorité se rend à cette observation et reprend le cours de ses délibérations habituelles2.

À midi, le président déclare la discussion régulièrement ouverte; mais, avant que le premier des orateurs inscrits ait pu prendre la parole, Léonard Bourdon la réclame pour une motion d'ordre.

Ce montagnard avait été le rapporteur de la commission chargée de préparer le règlement de la Convention. Il avait ainsi acquis un certain droit d'intervenir dans les questions touchant la régularité des délibérations : « Avant tout, fait-il remarquer, il faut savoir si le décret rendu, il y a trois jours, ne doit pas être rapporté purement et simplement. Ce décret a été voté en contravention à votre règlement, la question n'était pas à l'ordre du jour. Si vous le rapportiez, il deviendrait inutile de discuter la question relative à Philippe-Égalité. »

Les Girondins n'aperçoivent pas le piège que leur tendent leurs adversaires. Peut-être, d'ailleurs, sont-ils

1. Par une erreur qui s'explique difficilement, toute cette discussion préliminaire a été transposée au Moniteur, n° 356. On la retrouve à la fin de la séance, tandis qu'elle appartient au commencement. On peut facilement vérifier cette transposition en consultant le Journal des Débats et Décrets, n° 92 et le procès-verbal imprimé de la Convention, p. 285.

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