‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 153 sur 279 · LIVRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXII

déclara qu'elle prononcera sur son sort, par mesure de sûreté générale. »

Amar essaye de répondre à Lanjuinais en reprenant la thèse absolue et tranchante deSaint-Justetde ses amis; il soutient qu'il serait ridicule de suivre dans ce procès les formes ordinaires. « Il ne s'agit point ici d'audition de témoins, de procédures, de recherches, de juré d'accusation ou de juré de jugement; il s'agit d'un fait notoire, public, consigné sur toutes les pages de l'histoire. Il n'y a pas d'individu qui ne les connaisse, il ne vous reste donc plus qu'à décider purement et simplement si les faits dont Louis est accusé sont vrais, et ensuite à appliquer la peine. Mais quel sera le jury de jugement? Vous êtes tous partie intéressée, a-ton dit; mais ne nous dira-t-on pas aussi que le peuple français est partie intéressée, parce que c'est sur lui qu'ont porté les coups de la tyrannie? où donc faudrat-il en appeler? aux planètes sans doute! »

La droite demande l'ajournement de toute la discussion à trois jours pour que la défense de Louis XVI puisse être imprimée comme l'ont été toutes les pièces de l'accusation. « Lorsque les tyrans égorgeaient les patriotes, s'écrie Duhem, ils n'ajournaient pas; lorsque les Autrichiens bombardaient Lille au nom du ci-devant roi , ils ne désemparaient pas. — Que signifient ces déclamations? répond Kersaint; nous sommes ses juges et non ses bourreaux. — Il faut, dit Saint-Just, préalablement à toutes choses, répondre aux arguments des défenseurs de Louis Capet. » — Le girondin Rouyer réclamant la parole pour une motion d'ordre : « Il n'y en

a plus qu'une seule, réplique Duhem , c'est de venger la nation. » Basire demande ironiquement à Rouyer s'il est encore en correspondance avec le roi, et Duhem ajoute brutalement : « Allez servir le tyran, nous voulons servir le peuple , nous * ! »

Le président déclare qu'il faut vider le débat et qu'il met l'ajournement aux voix. La majorité se lève pour l'adoption ; mais, avant qu'on ait le temps de faire la contre-épreuve, une cinquantaine de Montagnards se précipitent vers le bureau ; Duhem, Thuriot, Billaud- Varennes, Camille Desmoulins, Julien (de Toulouse) sont à leur tête; ils entourent Defermon, le menacent du geste et de la voix. Sans écouter ses amis qui lui crient de se couvrir, le président reste impassible sous le feu croisé d'invectives dont l'accablent les énergumènes qui s'agitent autour de son fauteuil. Enfin les Montagnards se décident à signer une demande d'appel nominal et à retourner à leur place.

Après cette scène tumultueuse, qui a duré un quart d'heure, le président veut justifier sa conduite , mais Julien l'interrompt violemment. Defermon fait observer au député de Toulouse qu'il n'a pas la parole. « Eh! bien, je la demande contre vous, s'écrie celui-ci. — C'est un moyen facile de l'avoir, car je ne la refuserai jamais contre moi. » — Julien profite de la magnanimité du président pour dénoncer à l'Assemblée « la trame la

4. Les Montagnards faisaient ici allusion à une lettre écrite au roi par Rouyer dans les premiers mois de l'année et qui avait été découverte après le 10 août dans les papiers de Laporle. (Voir cette lettre clans le volume VII, page 73, du Procès de Louis XVI, déjà cité.)

Page 1