LIVRE XXII
plus odieuse, la perfidie la plus noire, une conspiration qui ne tend à rien moins qu'à dissoudre la République en attaquant la Convention jusque dans ses bases. » Il adjure « les amis imperturbables du peuple de combattre à outrance ces menées ténébreuses, » et, se retournant vers ceux qui siègent avec lui sur les bancs supérieurs de l'extrême gauche, il s'écrie du ton le plus emphatique : « J'habite les hauteurs qu'on désigne ironiquement sous le nom de la Montagne. Ce passage deviendra celui des Thermopyles. »
« Oui , oui , nous y mourrons! » crient en se levant Billaud- Va rennes, Duhem, Tallien, Legendre et quelques autres. Les tribunes applaudissent avec enthousiasme. — Julien reprend : « Là, les Spartiates sauront mourir s'il le faut; mais en ce moment, ils sauront sauver la liberté. » Les mêmes cris, les mêmes applaudissements répondent au nouvel appel du fougueux orateur. Julien entre alors dans le détail du complot qu'il a entrepris de dévoiler : « La partialité révoltante, que le président vient de montrer en mettant si brusquement aux voix l'ajournement de la discussion , est le résultat scandaleux des entretiens qu'il a eus avec Malesherbes, l'un des défenseurs officieux de Louis le dernier. Il s'est montré indigne de notre confiance. Je demande donc que la sonnette soit arrachée à Defermon, et qu'il aille se cacher dans le coin de la salle le plus obscur ; c'est celui qui lui convient le mieux ; je demande que le plus ancien président prenne le fauteuil; c'est là ma motion. » Les dernières paroles de Julien sont accueillies par les murmures de l'Assem-
blée presque entière. Le président répond avec calme : « Oui , Malesherbes est venu hier chez moi ; c'était pour me donner connaissance d'une lettre qu'il m'a demandé de faire lire à l'Assemblée. Je lui en ai fait la promesse. Oui , les trois défenseurs de Louis sont venus ce matin chez moi ; c'était pour me demander comment ils pourraient pénétrer dans l'intérieur de la salle. Je leur ai donné un billet d'entrée signé de moi. Maintenant l'Assemblée peut délibérer sur les propositions qui lui sont faites. Elle peut m'ôter la présidence; je suis moins jaloux des honneurs que de mon honneur1. »
L'Assemblée, sans s'occuper davantage des vaines réclamations de Julien et du serment prêté par ses amis de mourir à leur poste, reprend la discussion interrompue. Adoptant la proposition de Couthon, qui, par extraordinaire, parle dans un sens assez modéré, elle décide, à l'unanimité, que la discussion est ouverte sur Louis Capet, et qu'elle sera continuée, toute affaire ces* santé, jusqu'au jugement définitif.
Lanjuinais fait observer que ces derniers mots préjugent la question, et demande qu'on leur substitue ceux-ci : « Jusqu'à ce qu'il soit prononcé sur le sort de Louis. » On lui oppose le décret formel qui porte que Jxmis Capet sera jugé. Couthon l'accuse de dénaturer sa motion et de tendre un piège à l'Assemblée.
Au moment où la discussion est déclarée close, Pétion veut faire une motion nouvelle. Chabot, Bentabolle, Legendre, Julien, Duhem protestent contre le