LIVRE XIX
d'avoir à réclamer sans délai, au nom do la République, le général Montesquiou. Châteauneuf s'adresse aux syndics, qui, après quelques recherches, lui apprennent que le proscrit s'est embarqué sur le lac pour une destination inconnue. De retour au camp, Faivre (d'Arles) est obligé de se contenter de faire apposer les scellés sur les papiers du général, et de mettre en arrestation ses aides de camp, secrétaires et domestiques.
Le jour même (21 novembre) où ces nouvelles étaient transmises à la Convention, Brissot, au nom du comité diplomatique, faisait approuver implicitement le résultat des dernières négociations diplomatiques de Montesquiou. Le décret proposé par l'ami de Clavière chargeait le pouvoir exécutif de requérir l'évacuation immédiate de Genève par les troupes suisses auxiliaires. Si cette évacuation était consommée avant le 1er décembre, les troupes françaises devaient respecter la neutralité et l'indépendance du territoire genevois, et en sortir si elles l'avaient occupé1.
4 . Montesquiou, loin d'avoir emporté la caisse de l'armée, comme ses ennemis eurent l'impudence de l'en accuser aussitôt après sa fuite, fut obligé d'emprunter quelques louis à des Genevois pour se procurer la barque qui le déposa à Coppet, sur le territoire suisse. Le [ait est constaté dans le rapport de Chàteauneuf [Moniteur, n° 328). Obligé de se cacher, le malheureux général se réfugia à Bremgarlon, près de Zurich, où il resta plusieurs années. Lorsque le duc de Chartres (Louis-Philippe) fui proscrit à sou tour en avril 4793. ce fut Montesquiou qui lui procura Un emploi et un asile au collège de Iteichenau dans les Grisons. Le 24 fructidor an m (7 septembre 4795), d'après le rapport de Pontécoulant [Moniteur, n° 354), l'innocence du conquérant de la Savoie, sur tous les chefs de l'accusation qui lui
La France proscrivait le général qui lui avait donné la Savoie, mais elle gardait sa conquête.
Le jour où était arrivée à Paris la dépêche de Montesquiou, qui annonçait « que la Savoie était à la France et de fait et de cœur, » quelques voix avaient demandé que le ci-devant duché fût immédiatement annexé à la République ; mais cette motion avait rencontré une opposition très-vive. Durant les deux ou trois premiers mois de son existence, toutes les fois qu'il fut question de la conduite à tenir dans les pays occupés par les armées françaises, la Convention se trouva ballottée entre deux courants contraires. La distinction entre girondins et montagnards n'existait plus. Les deux camps comptaient des partisans et des adversaires de l'expansion révolutionnaire et des conquêtes. « Que la Savoie reste libre de se donner un gouvernement particulier si bon lui semble, s'étaient écriés Bancal, Camille Desmoulins et Louvet. — Nous devons garder la Savoie, avait répliqué Lacroix; la France se charge de faire l'éducation des peuples à la liberté. » Et Danton avait ajouté : « Je déclare que nous avons le droit de dire aux peuples :
avait été intentée, fut solennellement reconnue. Rentré en France, le général Montesquiou y est mort en 4803.
Quant à l'ordonnateur Vincent, le prétendu complice de ses dilapidations, il comparut devant le tribunal criminel de Lyon et fut acquitté par le jury à l'unanimité (20 janvier 4793).
Vous n'aurez plus de rois ! Les Français ne peuvent pas souffrir que les peuples qui aspirent à la liberté se donnent un gouvernement contraire à leurs intérêts , et qu'en se créant des rois, ils nous fournissent sans cesse de nouveaux tyrans à combattre. La Convention nationale doit être un comité d'insurrection générale contre tous les rois de l'univers. »
Malgré les applaudissements enthousiastes des tribunes, l'Assemblée ne s'était pas laissé entraîner à décréter l'insertion de cet article ultra-révolutionnaire dans le nouveau code du droit des gens1. Elle avait prudemment renvoyé la motion au comité diplomatique. Ce comité ne se hâta pas de convertir en décret la proposition de Lacroix et de Danton. Aussi les commissaires à l'armée des Alpes, Dubois-Crancé, Gasparin, Lacombe- Saint- Michel se contentèrent-ils d'inviter, par leur proclamation du 6 octobre, les habitants de la Savoie à se réunir dans leurs assemblées primaires. Bien plus, comme il s'était répandu dans le pays des émissaires plus ou moins autorisés à y tout bouleverser, le Conseil exécutif provisoire crut devoir prendre l'arrêté suivant :
« 8 octobre 4792.
« Sur l'avis donné au Conseil, que des Français se « disant commissaires d'une commune 2, et agissant au
4 . Moniteur et Journal des Débats et Décrets, séance du 28 septembre.
2. Les commissaires qui sont si clairement désignés dans cette pièce étaient Huguenin et Michaux, qui, ayant reçu une mission du pouvoir exécutif pour les départements du sud-est (voir note II, à la
3ft HISTOIRE DE LA TERREUR.
« nom de la nation, avaient paru en Savoie, et s'ingé* * raient en ladite qualité dans les affaires de la nation « savoisienne, le Conseil exécutif provisoire arrête que le « général Montesquiou sera requis de veiller aveo le plus « grand soin à ce qu'aucun individu n'en impose au « peuple savoisien, en s'attribuant une mission politique « quelconque , autre que celle qui émanerait soit de la « Convention nationale, soit du pouvoir exécutif. Qu'en « outre il sera tenu :
« 1° De faire parvenir le présent avis à tous le» ma- « gistrats et fonctionnaires publics de toutes les parties « de la Savoie;
« 2° S'il se présente dans l'armée française quelque in- « dividuse prétendant délégué par d'autres pouvoirs que « ceux ci-dessus indiqués, de le faire saisir provisoirement « et d'en informer aussitôt le Conseil ; le tout sans préju* « dice du droit et du pouvoir attribués au général de ré- « primer par les lois de la police militaire tous les délits a contraires à la discipline et à l'intention de la Repu- « blique française, de maintenir la sûreté des personnes « et la conservation des propriétés , ainsi que l'indépen- « dance et les droits politiques du peuple savoisien.
« &AVIÈRE, MONGE, LEBRUN, GrOCVELLE. »
fin du volume), avaient, de lour autorité privée, étendu leurs pouvoirs à la province nouvellement conquise par la France. Huguenin. 1 ancien commis aux barrières, et Michaux, le comédien, étaient venus s'installer à Chambéry au nom do la commune de Paris; nous les y voyons fonder la société des amis do l'Égalité et de la Liberté, autrement dite dos Jacobins (Moniteur du 27 septombre), mais Montesquiou sa débarrassa d'eux le plus vite possible.