LIVRE XIX
A cette époque> on croyait faire l'éducation du peuple au moyen de fêtes civiques. Il ne se passait guère de mois que l'on n'eu célébrât une nouvelle. On avait proposé de fêter par une cérémonie de ce genre la conquête de la Savoie. Mais les publicistes qui prétendaient que le nom de conquête devait être désormais rayé du vocabulaire français, s'élevèrent fortcontre cette idée. Ils prétendirent que, les peuples jouissant d'une imprescriptible souveraineté et devant toujours être libres de choisir le gouvernement qui leur convenait, il n'était pas possible de célébrer par une fête la conquête de la Savoie, mais bien la délivrance du peuple savoisiep. Cette nouvelle manière de poser la question reçut l'assentiment général, et la fête fut fixée au 14 octobre *.
Cependant le mouvement en faveur de Y annexion se
4. Le récit de la fête du 44 octobre se trouve au Moniteur > o° 294 . Ce fut à l'occasion de celte fête que Ton décida que le piédestal placé au centre de la place ci-devant Louis XV, et qui portail jadis la statue de ce monarque, recevrait celle de la Liberté.
Ce fut aussi à cette même occasion que toutes les sections de Paris furent invitées (Moniteur, n° 283) à indiquer les noms des morts du 40 août; la proclamation de ces noms devait être faite solennellement au milieu de In cérémonie. C'est ce qui donna lieu à la première liste des victimes de cette journée dont nous avons pu retrouver quelques éléments (voir tome II, p. 493).
Mais la fête ne fut pas du goût de toutes les sections. Plusieurs s'abstinrent d'y paraître. Voici à ce sujet une délibération curieuse do la section du Luxembourg qui n'était pas cependant suspecte de modérantisrae :
Séance du 7 octobre 479$, an i" de la République.
« L'assemblée générale permanente de la serti on du Luxembourg,
dessinait de plus en plus. Les habitants de Chambéry avaient planté l'arbre de la liberté, le jour même de l'entrée de Montesquiou, et s'étaient empressés de constituer une société des Amis de la liberté et de l'égalité, qui s'était aussitôt affiliée au club des Jacobins. Le 20 octobre, la Convention reçut de cette société une adresse où il était dit :
« Législateurs du monde, comme vous , nous exé-
avertie que le conseil général avait arrêté qu'une fête civique devait avoir lieu à cause de la prise de Chambéry ;
« Considérant qu'il n'y avait rien de plus impolitique que cette fête s'exécutât dans un moment où la République est exposée aux plus grands dangers, où, à la vérité, les ennemis de la liberté et de l'égalité sont repoussés de notre territoire, mais qu'ils souillent encore d'un pied audacieux cette terre sacrée de la liberté;
« Considérant en outre que cette fête absorberait une somme qui serait bien mieux employée à payer les frais de la fédération qui ne le sont pas encore, ou à subvenir aux besoins de nos frères d'armes qui sont sur les frontières,
<c A arrêté qu'il serait envoyé une députation à la maison commune pour lui exprimer son vœu en la prévenant qu'aucun citoyen de la section n'assistera à une fête aussi contraire à ses principes ; que le présent arrêté serait communiqué au commandant général et aux quarante-sept autres sections pour les engager à y adhérer.
« Boizot, président; Geoffroy, secrétaire. »
Cette section du Luxembourg avait, à ce qu'il parait, peu de goût pour les fêtes, car un mois plus tard, nous retrouvons sur ses registres une délibération conçue dans le même esprit. « Il est enjoint aux commissaires de la section, y est-il dit, de ne pas adhérer aux fêtes que pourraient proposer les commissaires réunis, jusqu'à ce que les six généraux qui sont sur la frontière viennent avec nous danser, attendu que l'on propose toujours des fêles et que Ton ne donne point d'argent pour payer les violons. »