LIVRE XIX
crons la mémoire des rois, et comme vous, nous avons prêté le terrible serment de ne jamais reconnaître leur autorité... Roi de Jérusalem et de Chypre, ne nous regarde plus comme tes sujets, car nous avons juré de vivre libres, et nous sommes prêts à mourir plutôt que de retomber dans l'esclavage... La Savoie libre va manifester sa suprême volonté pour la réunion à votre empire... Son désir, comme le vôtre, sera de se jeter dans le sein de la République française, et de ne plus faire avec elle qu'un peuple de frères. Quant à nous, nous le jurons. »
M ontesquiou et Anselme ayant demandé des instructions relativement à l'occupation de Nice et de la Savoie, le comité diplomatique déposa enfin le rapport qui, depuis près d'un mois, lui était demandé. Lasource concluait ainsi en son nom 1 :
« Défendre aux généraux de prendre possession d'aucun territoire, au nom de la nation française, qui ne veut posséder que ce qu'elle a ; leur ordonner de proclamer, en entrant dans un pays, que la nation française le déclare affranchi du joug de ses tyrans , et libre de se donner, sous le protectorat des armées de la République, telle organisation provisoire, telle forme de gouvernement qu'il lui plaira d'adopter. »
La Convention ordonna l'impression du rapport, et ajourna l'adoption du décret proposé 2.
J. Débats, n° 31, p. 573. — Moniteur, n° 296. 2. Voir, au Moniteur et au Journal des Débats et Décrets, le compte rendu de la séance du 24 octobre.
Le 29 octobre, les Savoisiens résidant à Paris donnèrent aux Champs-Elysées un banquet pour « fêter la libération de leur pays par les conquérants philanthropes. » Cinq conventionnels y assistaient : Hérault-Séchelles, Thuriol, Anacharsis Clootz, Mercier et Lequinio (du Morbihan) . Français et Savoisiens se portèrent mutuellement les toasts les plus ardents. On mit solennellement en liberté toute une volière de petits oiseaux ; puis on but, sans doute sur la proposition de V orateur du genre humain, « à la santé de tous les hommes qui ne se divisent plus qu'en deux classes, les libres, les esclaves, et sont tous frères ! » Enfin, musique en tête et le drapeau de la liberté universelle déployé, on se porta au club des Jacobins, où l'on reçut le plus sympathique accueil i. Quelques jours plus tard, ces mêmes Savoisiens venaient lire à la Convention une pétition demandant l'union de leur patrie à la France2.
L'Assemblée, malgré ces manifestations, évidemment organisées par ceux, qui pensaient comme Danton et Lacroix, prononça simplement le renvoi au comité de législation.
Sur ces entrefaites, arrivaient à Paris deux délégués porteurs d'une adresse des corps administratifs de