‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 19 sur 279 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

Nice. — « Délivrés, disaient-ils, d'un tyran que nous abhorrons , nous vous jurons , Français , qu'élevés par vos soins à toute la dignité de l'homme, nous saurons soutenir les droits imprescriptibles de la nature, et nous ensevelir sous les cendres et les ruines* de notre pays, plutôt que de cesser 3'être libres... Nous avons juré de vivre libres ou de mourir. Nous attendons de vous la vie ou la mort. Hâtez-vous de prononcer notre agrégation à la République française ; si notre prière d'être Français n'est pas accueillie, nous ne transigerons jamais avec nos persécuteurs, nous embraserons plutôt toutes nos possessions dans cette terre de proscription , pour aller vivre dans la terre de la liberté que vous habitez,.. »

Hérault-Séchelles présidait la séance (6 novembre) , il répond :

« Quel que soit le mode de gouvernement qui doive assurer votre bonheur, soit qu'une heureuse alliance nous ménage avec vous le lien de la fraternité , soit plutôt qu'une adoption glorieuse pour nous, je dirai presque naturelle, vous incorpore à la République française , dans tous les événements possibles, hommes libres, nous ne ferons qu'une famille armée contre les mêmes ennemis ; et le Var, de l'une à l'autre rive, n'arrosera plus que la terre de la liberté. »

Quelques députés delà gauche dantonistese plaignent du vague de la réponse du président. Lequinio est d'avis que la demande des Niçois soit immédiatement mise en délibération. — Non, réplique Barère, ce serait violer le principe de la souveraineté du peuple, et il propose le décret suivant que la Convention, toujours heureuse

d'ajourner cette question délicate , s'empresse d'adopter :

« La Convention nationale déclare qu'elle ne peut délibérer sur la demande en réunion , présentée par les députés des administrations provisoires du ci -devant comté de Nice , qu'après avoir connu le vœu exprès du peuple, émis librement dans les assemblées primaires. »

En même temps que le comté de Nice et le duché de Savoie, nombre de petites provinces allemandes des bords du Rhin demandaient Y annexion. Rulh ayant lu, le 15 novembre, une adresse rédigée en ce sens et émanée de huit communautés de Nassau-Saarbruck, Grégoire dit : « Le comité diplomatique s'occupe à résoudre ce problème : Jusqu'à quel point un État peut-il s* étendre sans compromettre sa liberté? » Nul ne se sentit capable de déclarer la question résolue.1.

Un autre petit pays allemand, le bailliage de Bergzabern, dans le duché de Deux-Ponts, s'était déclaré libre, et avait usé de sa souveraineté en votant sa réunion à la France. La Convention hésita encore à prendre une décision; mais elle décréta que, dans le courant de la semaine, elle s'occuperait du projet sur la conduite à tracer aux généraux hors des frontières, et examinerait la question de savoir si la République s'engagerait à prendre la défense de tous les peuples devenus libres 2.

Cependant l'heure était venue de se prononcer. La Convention nationale des Savoisiens s'était réunie à

4. Séance du 45 novembre, Journal des Débats et Décrets, n° 246.

2. Moniteur et Journal des Débats et Décrets, séance du 48 novembre.

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