LIVRE XXin
suite, frappé, s'il ose, dans sa section, élever la voix contre les dominateurs. »
« Si de tels désordres existent, crie Cou thon, prenez des mesures pour les faire cesser; décrétez même rétablissement d'une force armée; mais ne permettez pas aux départements de la décréter eux-mêmes. »
Sans se laisser émouvoir, le jeune girondin poursuit son éloquente apologie du soulèvement des départements contre l'anarchie de la capitale : « S'il est vrai que les assemblées permanentes des sections de Paris sont composées d'un petit nombre d'hommes qui en ont éloigné le reste des citoyens , si c'est par ce petit nombre d'hommes que la Convention nationale est obsédée ; si ces mêmes hommes viennent nous insulter jusqu'aux portes de ce sanctuaire, s'ils nous menacent de leurs poignards... »
L'extrême gauche semble vouloir protester contre ces assertions. « Eh bien! j'en atteste mes collègues! » dit Buzot, et aussitôt deux cents membres se lèvent à la fois et répondent : « Oui ! oui ! c'est vrai ! »
L'orateur reprend : « Quand trente ou quarante hommes au plus, flétris ou ruinés, qui ont besoin de troubles pour vivre, qui se rassasient de crimes, composent ou dirigent dans chaque section des assemblées permanentes; quand ces assemblées suffisent pour remuer tout Paris; quand nous sommes environnés sans cesse de ces coquins , peut-on croire à notre liberté? »
A ce mot de coquins appliqué si heureusement aux affidés de la Commune, les Montagnards se récrient : « Vous calomniez Paris! — Vous prêchez la guerre
civile! — Vous n'êtes qu'un factieux...! » — « Oui, continue Buzot, quand on sait que certaines sections se sont déclarées en insurrection , quand on sait qu'il nous faut une force départementale même pour pouvoir librement en décréter l'institution... »
A ce nouvel aveu du projet secret de la Gironde, nouveaux cris, nouveau tumulte.
« Je dis qu'en présence des faits que je viens de rappeler, il est impossible aux départements de résister à l'impulsion du civisme qui fait marcher aujourd'hui une partie de leurs citoyens à la défense de l'Assemblée nationale. Et pourquoi les départements n'auraient- ils pas une volonté à eux? pourquoi la Convention, lorsqu'elle n'a pas encore réprimé les sections de Paris qui se sont déclarées en insurrection , lorsqu'elle a permis au procureur de la Commune de Paris de l'insulter au milieu du corps municipal , lorsqu'elle ne l'a pas poursuivi pour avoir attenté à l'inviolabilité d'un de ses membres, pourquoi se montrerait-elle rigoureuse seulement envers les citoyens des départements plus éloignés qui quittent leurs foyers par cela seul qu'ils ont des inquiétudes sur la liberté de leurs représentants? Quels seraient donc les motifs de cette faveur particulière pour Paris? Chez nous les lois sont observées , les autorités respectées, les impôts payés; ici les lois sont ouvertement violées, les autorités méconnues, les contributions ne se payent point. Sont-ce là, sectionnaires de Paris, vos titres à l'insurrection? »
Buzot est encore arrêté par les vociférations de l'extrême gauche, mais il n'en tient pas compte. Se tour-