LIVRE XXrV
en dix-sept questions, paraît trop compliquée. Cette raison la fait écarter.
Cambacérès, tout en se déclarant convaincu de la culpabilité de Louis, émet des doutes sur le droit que la Convention s'attribue de juger sans appel. Il propose de demander au peuple les pouvoirs nécessaires.
Appuyant vivement le préopinant, Louvet ajoute : « Si Tappel au peuple n'était pas adopté, nulle puissance au monde ne pourrait me forcer à voter; car, dans ce cas, je voterais souverainement, je porterais un jugement qui serait irréparable. »
Un très-long débat s'engage sur la priorité à donner à telle ou telle question. On sentait que cette priorité pouvait exercer une immense influence sur le vote définitif. La Montagne voulait qu'après avoir déclaré Louis coupable , la Convention prononçât la peine et ne discutât qu'en troisième lieu la question de l'appel au peu- " pie. La Gironde soutenait que, si Ton votait d'abord sur la culpabilité, puis sur la peine, on se trouverait trop engagé pour statuer en pleine liberté sur l'appel.
La discussion est aussi confuse qu'animée. Plusieurs fois elle est fermée par un vote formel , et plusieurs fois elle se rouvre par suite de nouveaux incidents.
Couthon, irrité de tant de lenteurs, s'écrie : « Voilà trois heures que nous perdons notre temps pour un roi; sommes-nous des républicains? Non, nous sommes de vils esclaves! Il n'y a personne qui ne soit convaincu que Louis est coupable; donc il n'y a aucun inconvénient à déclarer que la priorité sera accordée à cette première question , et à passer de suite à l'appel nomi-
nal sur les autres. — Et moi, dit Rabaut Saint-Étienne, je demande avant tout que Ton décide si la ratification du peuple aura lieu, oui ou non. — On paraît d'accord, soutient insidieusement Barère, que le fond du procès, c'est-à-dire la question du délit , ne doit pas être soumis à la sanction du peuple; pourquoi ne serait-elle pas soumise la première à la délibération de l'Assemblée? Elle est indépendante des deux autres, et les deux autres dépendent d'elle. 11 est inutile de s'occuper d'un jugement et d'un recours au peuple s'il n'y a pas de coupable. »
Toutes ces propositions contradictoires ne font que jeter l'Assemblée dans une plus grande perplexité. L'agitation est telle que le président est obligé de se couvrir. Lorsque ce moyen suprême a rétabli un instant le calme, Vergniaud fait observer qu'il est étonnant que les auteurs de ces désordres indécents soient ceux-là mêmes qui semblent vouloir hâter le jugement de Louis. "
Mais l'extrême gauche n'en continue pas moins à pousser des exclamations d'impatience, qui empêchent les orateurs de se faire entendre. A la fin , Vergniaud, épuisé de fatigue, cède le fauteuil à Treilhard; celuici, moins mal vu de la Montagne, parvient à calmer le tumulte dont depuis cinq heures la Convention est le théâtre. D'ailleurs, la Gironde, se laissant prendre au piège que lui a tendu Barère, finit par renoncer ellemême à demander la priorité pour la question de l'appel au peuple. Boyer-Fonfrède fait la motion de poser ainsi les trois questions qui doivent être soumises successivement à l'Assemblée :