‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 32 sur 279 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

d'accord avec les administrateurs, en établiront sur les riches. Tous les peuples qui voudront conserver des classes privilégiées seront traités en ennemis; les autres seront garantis par la promesse que la France ne traitera jamais avec leurs tyrans; dès qu'ils auront organisé une forme de gouvernement libre et populaire, les pouvoirs des commissaires et de l'administration provisoire cesseront. A la fin de la guerre, vous aurez des comptes à régler, vous compterez avec les représentants de chaque peuple et des dépenses que vous aurez faites et des approvisionnements qu'on vous aura fournis. Si l'on vous doit, vous prendrez des arrangements comme vous en avez pris avec les États-Unis d'Amérique; vous vous prêterez à tout ce qui pourra soutenir la liberté de vos voisins* Si, au contraire, vous êtes redevables, vous payerez comptant, car la République française n'a pas besoin de crédit. »

Tous les articles proposés par les trois comités conformément à ces principes, furent adoptés sans discussion, sauf un seul, le troisième : celui qui déclarait privé des droits d'élire et d'être élu quiconque n'aurait pas juré préalablement fidélité à la liberté et à l'égalité, et renoncé à tous privilèges. Buzot demanda qu'on étendît cette exclusion à tous ceux qui avaient occupé une fonction quelconque dans les anciennes administrations, à tous les nobles et à tous les privilégiés. Fonfrède alla plus loin et voulait qu'on frappât de la même suspicion « les banquiers, les hommes à argent, tous ennemis de la liberté. » Chose étrange! ce furent les montagnards Merlin et Camille Desmoulins qui prirent la défense des nobles

belges, « lesquels, dirent-ils, ont fait la révolution» » Bazire parla dans le même sens; la motion de Buzot n'était, selon lui, « ni politique, ni conforme aux principes, et devait avoir pour inévitable effet d'aigrir les esprits et de priver le peuple de beaucoup d'hommes qui, quoique employés dans l'ancienne administration, pouvaient être patriotes. »

L'article présenté par les deux girondins ayant obtenu la majorité, Desmoulins s'écriait le soir même au club des Jacobins : « La Convention a aujourd'hui eu la séance la plus orageuse qui ait existé depuis la révolution. La perfidie des Duport, des Barnave et des Dandré était sottise toute pure auprès de la tactique des Brissotins... Us ont rendu, par leur décret, les prêtres, les nobles et les privilégiés de la Belgique , ennemis nécessaires de la liberté; il y a là de quoi bouleverser l'Europe1. »

Le décret du 15 décembre peut se résumer ainsi : La Convention nationale, fidèle au principe de la souveraineté du peuple qui ne lui permet pas de reconnaître aucune institution qui y porte atteinte, décrète: 1° Dans les pays occupés par les armées françaises, les généraux de la République devront proclamer sur-le-champ l'abolition des impôts existants, de la dîme, des droits féodaux, de la servitude , de la noblesse et généralement de tous les privilèges; déclarer au peuple qu'ils lui apportent paix, secours, fraternité, liberté et égalité. 2° Ils procla-

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