‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 101 sur 267 · Moniteur^ séance du S8 juillet au soir · texte numérisé non relu

Moniteur^ séance du S8 juillet au soir

<( Les assemblées des quarante-huit sections sont per-

« manentes. » ^

Pjétion, maire;

RoYER , secrétaire-greflSer.

Cette permanence devait être et fut effectivement le signal de la plus affreuse anarchie.

Les séances des sections se tenaient d'ordinaire le soir, et souvent se prolongeaient fort avant dans la nuit. Les afïidés des Jacobins , en jetant à travers chaque discussion une multitude de motions incidentes, éloignaient les citoyens paisibles par l'ennui, le dégoût et même la terreur. On craignait de s'attarder dans les rues, qui étaient peu sûres, on ne voulait pas inquiéter sa famille; car, à cette époque déjà, les soupçons, les défiances, les rixes ménagées d'avance, occasionnaient de fréquentes arrestations; si l'on se rendait à sa section, l'on n'y venait qu'un instant faire acte de présence. De là nulle en tenter point de cohésion, ni de force de résistance parmi les gens paisibles ; les agitateurs, seuls assidus et toujours organisés, avaient beau jeu pour enlever le vote des motions les plus extravagantes.

Ce fut bien pis encore loi*s(|ue les salles de délibération restèrent légalement ouvertes jour et nuit. Les démagogues trouvaient sans peine, même lorsqu'ils étaient réellement en infime minorité , l'heure favorable pour compromettre la section entière par l'adoption de propositions que la majorité eût certainement repoussées. Souvent même il ne restait aucune trace des débats dans le registre des procès-verbaux, et les nominations des commissaires étaient simplement certifiées sur des feuilles

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volantes, revêtues de la signature d'un président ou d'un secrétaire improvisés.

La loi qui réglait la tenue des assemblées de section n'en avait pas autorisé la publicité , mais celles des sections parisiennes qui s'étaient jetées dans le mouvement révolutionnaire, l'avaient décrétée de leur pleine autorité. Nous avons vu CoUot-d'Herbois venir , à la barre de TAssemblée, vanter cette mesure qu'on aspirait à imposer à toutes les sections pour les dominer toutes. Il avait fait un tableau touchant de l'aspect des tribunes délibérant avec les citoyens actifs, et avait déclaré que : (« si depuis plusieurs jours, des assemblées de section avaient été le théâtre d'horribles désordres^ ces désordres avaient éclaté précisément dans celles qui n'avaient pas consenti à rendre leurs séances publiques. »

Il n'en pouvait être autrement : les sections oii la majorité se refusait à admettre les spectateurs, étaient nécessairement troublées par les réclamations incessantes d'une minorité factieuse au dedans de la salle , et par les vociférations des émeutiers attroupés au dehors; dans celles où l'on avait obéi au mot d'ordre parti des Jacobins, tous les hommes modérés s'abstenaient, et les autres citoyens, indifférents, silencieux ou résignés, adoptaient les motions qu'il plaisait aux agitateurs de faire voter.

Chaque soir, des hommes sans feu ni lieu, à la solde permanente des jacobins, des femmes et jusqu'à des enfeints, envahissaient les tribunes des sections qui, sans attendre la décision de l'Assemblée nationale, en avaient fait établir, ou assiégeaient les portes de celles qui résistaient encore à cette dangereuse innovation. Le même

personnel d'éraeutiers se transportait, sur l'ordre secret des chefs » tantôt dans un quartier , tantôt dans un autre, suivant qu'il s'agissait d'enlever , dans telle ou telle section • un vote qui vînt la mettre au pas, suivant l'expression du temps.

Ce dont on peut à bon droit s'étonner, c'est que quelques sections aient pu, à certains jours, se dégager de l'effroyable pression exercée sur elles, et faire un instant acte de vigueur et de courage. Et, qu'on le remarque bien, les protestations contre des décisions arrachées par la ruse ou par la violence, n'émanaient pas toujours des quartiers dont les habitants pouvaient être suspects d'aristocratie et de feuillantisme. Les plus courageuses furent adoptées, dans les quatre ou cinq derniers jours qui précédèrent le 10 août, par les sections de l'Arsenal, du Roi -de -Sicile, du Jardin des Plantes et des Thermes de Julien, si voisines cependant des foyers permanents de l'insurrection : les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marcel. Ce fait seul ne démontre-t-il pas avec la dernière évidence que les plébiscites, apportés à la barre de la représentation nationale au nom de la population parisienne, n'étaient qu'une vaine fantasmagorie, préparée par d'habiles et audacieux metteurs en scène* !

4. Nous avons réuni à la fin de ce volume plusieurs délibérations importantes émanées des sections, pendant les premiers jours d'août; c'est en consultant les registres des délibérations des quarante-huil sections que l'on peut se faire une idée, encore bien imparfaite, de l'anarchie qui régnait alors dans Paris. Le recueil de ces registres, que nous avons maniés et remaniés cent fois, n'est pas complet. Quelquesuns manquent, d'autres portent la marque des altérations qu'ils ont

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