LIVRE VII
mande au maire d'autoriser la fermeture des portes de la terrasse des Feuillants. Pétion y consent et se dirige vers la terrasse pour donner lui-même les ordres ; mais il tombe daus un groupe de gardes nationaux où paraît régner une assez grande agitation. Un des soldats-citoyens s'approche de lui, le félicite ironiquement de son zèle pour le salut de la patrie; puis, changeant de ton, lui reproche de se laisser dominer par les factieux, notamment par Santerre, avec lequçl on le voit toujours, et enfin dit avec fermeté : « Monsieur le maire , vous répondez de la tranquillité publique. » Pétion , visiblement embarrassé , balbutie : « Monsieur, qu'est-ce que cela veut dire? Vous oubliez le respect Vous manquez Ah! voyons! entendons-nous »
Mais les autres gardes nationaux blâment leur camarade de sa vivacité et dégagent le magistrat municipal.
Celui-ci, charmé d'échapper à un interrogatoire d'autant plus insultant qu'il est plus mérité, s'éloigne [précipitamment. On l'entraîne vers le Château, on le presse d'y remonter, lorsqu'il est rejoint au bas du grand escalier par un huissier qui, accompagné de gendarmes et de porteurs de torches, lui notifie le décret de l'Assemblée*.
1. Dans le récit qu'il a publié de la nuit du 9 au 40 août, Pétion dit avec une impudence superbe que, « s'il fût monté, il ne serait jamais descendu; qu'il échappa, comme par miracle, à la mort; que, si le peuple eût fait le plus léger mouvement pendant qu'il était aux Tuileries, il n'existerait plus! » Décela donne-t-il une seule preuve? Non. II se contente d'ajouter: « C'est avec raison que le drapeau, suspendu au dôme du Château, pendant quelque temps portait : Ici le maire de Paris a manqué d'être assassiné dans la nuit du 9 au 4 0. »
Pétion s'empresse d'obéir au message qu'il attendait depuis si longtemps. Il paraît à la barre, entouré d'ofBciers municipaux. On l'invite « à faire connaître si les inquiétudes qu'on a eues sur son compte étaient fondées. »
« Occupé tout entier de la chose publique, répond avec sa modestie et sa solennité ordinaires le premier magistral de Paris, j'oublie facilement ce qui m'est personnel. Il est vrai que, lorsque j'ai été au Château, on m'a assez mal accueilli ; j'ai entendu proférer contre moi les propos les plus violents. Ils auraient pu déconcerter un homme qui aurait cru ne pas avoir d'ennemis; mais moi, qui sais bien que mon amour pour le bien public m'en mérite un grand nombre, je n'en ai point été effrayé. »
Puis, sans entrer dans plus de détails, il annonce que toutes les précautions exigées par les circonstances ont été prises. « Il y a dans le Château, ajoute-t-il, un corps nombreux de gardes nationaux. Le commandant assure qu'il n'a aucune inquiétude pour la sûreté du domicile du roi ; autant qu'on peut le prévoir. Tordre et la tranquillité publique pourront être maintenus *. »
Le président, Vergniaud^, invite Pétion aux honneurs de la séance, « si l'exercice de ses fonctions peut le lui permettre. » « Mais le maire, lisons-nous au procèsverbal de l'Assemblée, traverse seulement la salle, et, sentinelle vigilante, retourne à son poste. » C'est-à-dire
1. Voir le procès-verbal officiel de la séance, le Logographe elle Journal des Débats et Décrets.
2. Il venait de prendre le fauteuil à la place de Pasloret; le président en titre, Merlet, n'avait pas encore paru. — Logographe, p. 6.
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qu'il se hâte de rejoindre ses amis, qui l'attendent pour le consigner.
Pétion sorti, l'Assemblée, toujours très-peu nombreuse*, recueille les nouvelles qui lui sont apportées par quelques-uns de ses' membres, accepte des dons patriotiques, entend des rapports sur une nouvelle banque à fonder, sur les brevets d'invention, sur la suppression de la prime accordée pour la traite des nègres; reçoit des dénonciations contre le maire de nous ne savons quelle bourgade, accusé d'être en correspondance avec les émigrés; écoute de longues adresses, que lui envoient des sociétés patriotiques allemandes qui l'adjurent de s'unir pour sauver la France 2. Certes, rien ne pouvait venir plus à propos, mais l'Assemblée ne comprend, ni les avertissements qui lui arrivent de loin, ni ceux qui lui sont transrais par les autorités qui siègent à sa porte. En effet, la lettre suivante venait d'être apportée au président :
« Paris, le 40 août 1792, 3 heures du malin.
« Monsieur le président, « La section des Tuileries, assemblée en armes, a
1. ce UxVssemblée Q*est pas composée de plus, do cenl cinquante membres, » dit le rapport de Blondel , daté de trois heures quarante minutes, inséré dans la Revue rétrospective, p. 356,
2. Nous puisons ces détails et ceux qui suivent dans le compte rendu du Journal des Débats et Décrets, p. 14i, n° 320, et dans le Logographe, p. 9, 40, 14. — Ces détails, en réalité insigniDants, donnent aux délibérations de l'Assemblée législative, durant la nuit du 9 au 40 août, uneétrangeté que l'historien ne doit pas oublier de signaler.
l'honneur de vous informer qu'elle a autorisé M. de La
Roche à ne plus reconnaître l'état-inajor, mais qu elle
veille à la sûreté de l'Assemblée nationale et que ses
canons ne peuvent être mieux placés que dans la cour
des Feuillants, qui est une des issues de l'Assemblée
nationale.
« Le président de la section des Tuileries,
« BONJOLR*. »
Peu de temps après, le ministre de la justice parait à la barre et annonce officiellement à l'Assemblée, au nom du pouvoir exécutif, les événements qui sem-
1. Ce Bonjour était un commis du ministère de la marine, que Bertrand de Molleville avait chassé de ses bureaux. ( Voir les Mémoires de Bertrand de Molleville, t. IX, p. 409.) Il présidait encore le comité de la section des Tuileries lorsque, quelques heures plus tard, les prisonniers qui so trouvaient au corps de garde des Feuillants, et notamment Suleau, furent livrés à ïhéroigne de Méricourt et aux assassins qui raccompagnaient. La section des Tuileries tenait ses séances dans l'église des Feuillants, et son comité dans Tune des salles de ce couvent.
La lettre de Bonjour, que nous venons de citer, concorde parfaitement avec celle que le commandant de bataillon, de La Roche, écrivait au mémo moment à Pétion. Ces deux documents, qui montrent dans quel état de désorganisation étaient tombées les autorités civiles et militaires, même- celles chargées plus spécialement de la sûreté de TÂssemblée, se corroborent ainsi Tun par l'autre.
Monsieur Pélion, maire de Paris.
« Monsieur le maire,
« C'est avec la plus grande confiance que je m'adresse à vous, pour que vous ayez la bonté de m'éclairer sur la conduite que je dois tenir dans la circonstance délicate et désagréable dans laquelle je me trouve.
« La section des Tuileries m'a notifié un arrêté qu'elle a pris dans sa