‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 163 sur 267 · LIVRE Vil · texte numérisé non relu

LIVRE Vil

Un homme se détache des groupes, descend précipitamment l'escalier et aborde Louis XVI :

« Donnez-moi la main , lui dit-il, soyez sûr que vous tenez celle d'un honnête homme et non d'un assassin. Malgré tous vos torts , je réponds de la sûreté de vos jours, je vais vous conduire à l'Assemblée nationale; mais, pour votre femme, elle n'entrera pas; c'est elle qui a fait le malheur des Français ! »

Le procureur-général-syndic voit qu'il faut au plus tôt mettre fin à un état de choses qui, en se prolongeant, ne peut que s'aggraver. Il obtient donc de la députalion parlementaire l'autorisation de laisser franchir les degrés de l'escalier par une partie des gardes nationaux qui accompagnent le roi. Il parvient à dégager ainsi les premières marches; il y monte, et, de là, s'adressant à la foule qui rugit autour de lui : « De par la loi, peuple français, peuple libre, crie-t-il, l'Assemblée nationale a rendu un décret par lequel elle appelle dans son sein le roi, le prince royal, la reine, la fille du roi, la sœur du roi , la famille entière du roi ; vous devez, aux termes de la loi et de la liberté , ne point vous opposer à son passage. » — « Nous attestons que ce décret existe, » ajoute un député.

La foule paraît ébranlée; Rœderer en profite pour faire ouvrir un passage à Louis XVI et à la reine. Ils peuvent pénétrer sur la terrasse et la traverser au milieu d'une foule frémissante, à peine contenue par les gardes nationaux, qui ont réussi à former la haie. Ils franchissent la porte du passage des Feuillants ; là, ils sont entourés par d'autres gardes nationaux faisant partie de la

gartle de l'Assemblée ; un d'eux , qui marchait à côté du roi, lui dit : « Sire, n'ayez pas peur, nous sommes de bonnes gens, mais nous ne voulons point qu'on nous trahisse davantage; soye2 un bon citoyen, sire, et n'oubliez pas de chasser vos calotins du Château. »

Mais , à mesure que l'on approche de la salle , la marche du cortège royal devient difficile , périlleuse. La garde nationale ne peut légalement franchir le seuil de la salle des séances, elle ne peut pas non plus reculer et livrer passage aux personnes royales qu'elle vient d'accompagner : l'entrée est trop étroite et trop encombrée, des cris de détresse se font entendre de toutes parts*; il faut que Rœderer déj)loie des efforts inouïs pour pém^ trer jusqu'à la barre. Il adjure les représentants d'enfreindre un instant leur règlement et d'autoriser l'entn'^e de quelques gardes nationaux. Mais cette demande est accueillie par les refus obstinés de la Montagne, qui feint de n'y voir que le résultat d'une conspiration, que le prélude d'une invasion à main armée de la salle de l'Assemblée. Cambon s'écrie : « Monsieur Rœderer, nous vous rendons responsable de tout attentat qui se pourrait commettre sur les représentants du peuple. »

Au lieu de répondre, Rœderer suppose accordée l'autorisation qu'il vient de demander, et fait entrer cinq à six gardes nationaux sans armes. Grâce à leur concours, le passage est débarrassé; un grenadier enlève dans ses bras le prince royal , traverse la foule et va

Page 1