LIVRE MIL
n'y restait plus que quelques détachements de Suisses et de gendarmes, un petit nombre de gardes nationaux, des plus attachés à la cause royale, et lès canonniers qui n'avaient pu abandonner leurs pièces, mais qui étaient, comme nous l'avons déjà dit, fort mal disposés.
Les généraux qui commandaient au Château, MM. de Boissieu et de Menou, ainsi que le colonel des Suisses, Maillardoz, reconnaissant qu'il était difficile de se maintenir dans les cours, venaient de donner aux Suisses , aux gardes nationaux et aux gendarmes l'ordre d'abandonner la première ligne de défense et de se retirer dans les appartements.
mais Lofranc échappa à travers mille dangers, tomba entre les mains des Anglais, resta un an ou deux captif sur les fameux pontons de la Tamise, et revint en Fr.ince grâce k un échange do prisonniers. Pendant tout le reste de l'Empire, il fut interné et placé sous la surveillance de la haute police. En 1846, peu de temps après le retour des Bourbons, il fut impliqué dans une conspiration dite de V épingle noire ^ condamné à la déportation par arrêt de la cour d'assises de la Seine et transféré, le 19 novembre suivant, au'mont S;unt-3iichol ; il fut gracié en septembre 1819. Ici nous perdons les traces de ce conspirateur émérite, qui était alors âgé de soixante ans. Il est mort dans la plus complète obscurité. Toute cette biographie de l'arcliitecle Lefranc pourrait être taxée de fable romanesque si nous n'avions pas entre les mains :
4* L'histoire des individus déportés en vertu du sénatus-consulte du 45 nivôse an ix, publié par Fescourt (1819), appuyée sur les témoignages des capitaines des bâtiments de l'État, La Flèche et La Chiffonne, qui transportèrent les déportés aux îles Séchelles ;
1s* De nombreux rapports faits, sous T Empire, sur Lefranc et les autres déportés ;
3° Les écrous de Lefranc dans les diverses prisons de Paris et au mont Saint-Michel.
Gel ordre est exécuté si précipitamment que les Suisses n'enclouent môme pas les pièces qu'ils avaient amenées.
Le mouvement intérieur qui vient de s'opérer est à l'instant même signalé à l'avant-gardé de l'insurrection par les individus qui, depuis une heure, se tenaient à cheval sur la crête du mur enti*e les cours et la place du Carrousel. Les émeutiers, aussitôt qu'ils sont assurés de ne pas trouver de résistance, frappent à coups redoublés contre les portes et menacent de les enfoncer. Les concierges royaux, cédant aux injonctions des canonniers restés seuls dans les cours, et craignant d'être égorgés par les soi-disant défenseurs qui se trouvent avec eux, ou par les envahisseurs du dehors, se décident à ouvrir, tirent les verrous, lèvent les battants et se sauvent.
Les insurgés entrent, se jettent dans les bras des canonniers de la garde nationale, qui fraternisent avec eux. Aidés par ces auxiliaires improvisés, les canonnière se hâtent de faire sortir leurs pièces et les rangent en batterie contre le Château, qu'un instant auparavant ils étaient chargés de protéger. La défection de Tartillerie en détermine une autre : les gendarnoes qui avaient suivi les Suisses, ressortent du vestibule, mettent leurs chapeaux au bout de leurs baïonnettes et se mêlent a la foule qui les reçoit avec les plus vives acclamations. Bientôt, gendarmes, canonniers, Marseillais, fédérés, hommes à piques, fraternellement réunis, se groupent au-dessous des fenêtres des grands appartements, font signe aux Suisses de venir les rejoindre et leur prodiguent des démonstrations de paix et d'amitié.
Les Suisses, qui ne demandent pas mieux que de ne