LIVRE IV
Le lendemain, à l'occasion d'une protestation de citoyens d'Amiens contre le fameux arrêté du département de la Sommé, Saladin demande que les deux administrateurs, qui avaient été délégués auprès du roi, soient immédiatement renvoyés à leurs fonctions par le pouvoir exécutif, et que, s'ils tardent à obéir, ils soient déclarés indignes de la confiance de la nation.
La droite combat cette proposition en récriminant contre les excès des sociétés populaires. Les corps administratifs, prétend la gauche , « ne sont pas autre chose que des clubs, lorsqu'ils s'écartent de leurs attributions et font des pétitions sur des objets qui ne les concernent pas. » Par conséquent , ajoute-t-elle , leurs séances doivent être publiques comme celles des réunions de patriotes qui viennent d'être attaquées !
« Il y a urgence de s'occuper de^ clubs, répond Juéry ; on prépare aux Jacobins une insurrection nouvelle ; seulement on y déclare qu'il ne faut plus d'insurrection partielle, mais bien une insurrection générale. — Vous calomniez les Jacobins ! s'écrie-t-on à gauche. — Que l'Assemblée s'occupe de ce qui la regarde et non des sociétés populaires, ajoute Thuriot. »
Ce jour--là et à cette heure, l'Assemblée était trèspeu nombreuse; c'était un dimanche, et la séance ne devait être consacrée qu'à la réception des pétitionnaires. La gauche, espérant emporter de haute lutte une décision qui lui tient à cœur, insiste pour que le principe de la publicité des séances des corps administratifs soit immédiatement décrété.
Une question aussi grave, aussi controversable, méri-
tdit bien une discussion approfondie. Mais l'Assemblée, prise à Timproviste, décrète étourdiment que « la publi- « cité étant la sauvegarde des intérêts du peuple, les <( séances des corps administratifs seront désormais pu- « bliques. » Puis, croyant se montrer impartiale , elle décrète en même temps :
l^Que le ministre de l'intérieur viendra à la barre rendre compte de ce qu'il a fait pour l'exécution de la loi qui défend aux administrations locales d'entretenir des agents auprès du Corps législatif et du roi ;
2^ Qu'il rendra également compte de l'exécution de la loi du 29 septembre 1791 sur les clubs et des infractions qui ont pu y être commises par les sociétés populaires.
A peine l'Assemblée a-t-elle pris ces dernières décisions que paraît à la barre la députation chargée de lui présenter la pétition dite des vingt mille ; elle est conduite par Dupont (de Nemours) et Guillaume*, les deux
4. Guillaume était avocat et avait été député du tiera état de Paris aux États généraux. Il avait écrit une lettre circulaire à tous ses anciens collègues de TÀssemblée constituante pour les engager à appuyer, dans leurs départements, le pétitionnement qu'il avait organisé à Paris. (Cette lettre se trouve au Moniteur du S6 juillet 479Î, p. 874). Guillaume fut dénoncé par plusieurs des correspondants auxquels il s'était adressé, et notamment par Guyot de Saint-Florent, avocat à Arnayle-Duc, qui reparut plus tard à la Convention sous le nom de FIorent-Guyot, ayant ainsi retourné son nom et supprimé le naint pour se mettre à la mode du temps. Les documents officiels de cette