LIVRE IV
pable d'un crime de lèse-nation. L'Assemblée prend fait et cause pour ses dénonciateurs ; par un décret spécial , elle charge le président de faire subir un véritable interrogatoire à Terrier qui , sur son banc ministériel , semble placé sur la sellette. Bien plus, un membre observe qu'il est inconvenant que le prévenu reste assis pendant que le président lui adresse la parole au nom de la représentation nationale, et le représentant du pouvoir exécutif est obligé de se tenir debout.
« Le président. — L'Assemblée nationale, par le décret qu'elle vient de rendre, me charge de vous demander si vous savez en vertu de quel ordre une seconde édition de l'arrêté du département de la Somme a été imprimé à l'Imprimerie royale.
« Le mimstre de l'intérieur. — Comme l'on y a imprimé plusieurs arrêtés, il peut se faire que celui du département de la Somme ait été du nombre ; je ne me rappelle pas s'il a positivement été donné des ordres pour celui-là en particulier.
« Mailhe. — Puisque monsieur le ministre ne veut pas nous dire la vérité, je demande que l'Imprimeur soit mandé à la barre sur-le-champ. »
L'Assemblée décrète que le directeur de l'Imprimerie royale sera appelé, et l'interrogatoire continue. •
« Le président. — Monsieur le ministre, avez-vous, oui ou non^ envoyé l'arrêté dans les départements?
« Le ministre de l'intérieur. — Cette série de questions me parait dirigée dans le but de me prendre par mes discours ; je demande à répondre par écrit.
(( La galgiie. — A l'ordre! le ministre insulte l'Assemblée.
« La droite. — Le ministre a raison.
« GuADET. — Président, ne souffrez pas que la dignité de l'assemblée soit avilie.
« Le PRisiDENT. — Je demande de nouveau au ministre de l'intérieur s'il a, oui ou non, ordonné l'envoi de l'arrêté.
« Le MINISTRE. — Monsieur, je ne puis répondre par oui ou par non sans avoir consulté ce qui s'est fait dans mes bureaux.
« Gentv, au milieu des murmures de la Montagne. — Je demande que Ton termine cette scène indigne de l'Assemblée.
« Laporte. — Eh bien! qu'une commission aille, séance tenante, dans les bureaux de l'intérieur.
« GuYTON-MoRVEAU. — Si le ministre continue à se taire, son silence doit être pris pour un aveu.
« Daveruoult. — Plusieurs décrets ont décidé que les ministres répondraient par écrit aux questions posées par l'Assemblée.
« Diverses voix. — Que le ministre monte au bureau et signe oui ou non; qu'on aille chercher un commissaire de police pour procéder à l'interrogatoire de monsieur le ministre"! »
En ce moment le tumulte est augmenté par l'entrée d'une personne étrangère qui s'approche de Terrier- Monciel et lui dit quelques mots à l'oreille.
Plusieurs membres de la gauche s'écrient : « Qu'on arrête le valet de chambre qui est venu tirer son maître d'embarras ! »