LIVRE IV
L'arrestation est immédiatement effectuée par les soins du député Galon ; mais, aux acclamations de la droite, le président ordonne la mise en liberté de l'employé ministériel. La gauche accuse le président d'avoir violé le règlement; le président échappe à une explication en recommençant pour la troisième fois l'interrogatoire du ministre de l'intérieur.
« Le ministre. — Quand j'ai demandé à l'Assemblée nationale la permission de lui répondre par écrit, mon intention n'a pas été d'éluder ni la question, ni la responsabilité, mais de lui donner une réponse claire, positive et avec connaissance de cause... Si l'Assemblée a de la méfiance, je lui demanderai de nommer des commissaires pour venir eux-mêmes dans mes bureaux; je leur ferai voir ma correspondance, car, si j'ai donné des ordres, ils sont par écrit. Mon intention n'est point de cacher la vérité, mais de la montrer telle qu'elle est.
« Isnâbd. — Tout ceci n'est qu'un subterfuge coupable... C'est trop se jouer des décrets du Corps législatif. On demande des preuves de la mauvaise foi des ministres, eh bien! en voilà une... C'est le silence de celui-ci... On demande où sont les traîtres, eh bien! en voilà un. » Et il désigne du geste Terrier-Monciel.
Cette sortie soulève de la part de la droite les plus vives réclamations. Le président n'y peut mettre fin qu'en rappelant Isnard à l'ordre. La gauche se venge en accablant de récriminations le pr^^sident lui-même. Le ministre de l'intérieur se lève pour sortir. Des députés courent lui barrer le chemin, l'interpellant violemment sur ce qu'il n'a pas encore répondu aux questions qui
lui ont été adressées. Mais le président, appuyé de la majorité de TAssembiée, lasse d'un si loog scandale, envoie un huissier pour lui ouvrir un passage^.
On se rappelle que le roi avait refusé de sanctionner le décret rendu le 8 juin sur la proposition inconstitutionnelle de Servan, pour la création d'un camp sous Paris, mais qu'il avait cru devoir proposer lui-même la levée de quarante-deux nouveaux bataillons et leur réunion à Soissons.
Cependant quelques municipalités n'avaient tenu aucun
Y . Nous nous sommes servi des comptes rendus du Moniteur, du Jourfial des Débats et Décrets et du Logographe, Ce dernier journal est sans contredit le plus complet sur cet épisode que la plupart de nos devanciers n'ont pas môme mentionné.
Le soir môme le ministre de l'intérieur écrivait au président de l'Assemblée une lettre qui Jterraina l'incident.
« Paris, le 2 juillet 1792, l'an iv de la liberté.
« Monsieur le président,
(( J'ai vériQé les faits sur lesquels j'ai été interrogé ce matin par l'Assemblée nationale, et j'ai reconnu : !<" que l'arrêté départemental de la Somme est compris parmi les pièces relatives à la journée du 20 juin dont j'ai ordonné l'impression; 2* que je n'ai point donné l'ordre pour l'envoi de l'arrêté de la Somme aux quatre-vingt-deux départements, et qu'il n'a point été envoyé par mes bureaux.
« Je suis, avec respect, monsieur le président, votre très-humble et
très-obéissant serviteur,
Terrieb, ministre de l'intérieur. i>