De roiiKino pontifire
cile de Chalcédoine a appelé Pierre le fondement de TÉglise et que ce vers extrait d'une des hymnes du bréviaire : Hoc ipsa petra Ecclesiae canente culpam diluit a pour auteur saint Ambroise. Il apporte ensuite les témoignages patristiques qui identifient \^ petra avec saint Pierre; à savoir : Origène, Athanase, Basile, Grégoire de Nazianze, Epipliane, Chrysostome, Cyrille, Psellus, parmi les Grecs; Tertullien, Cyprien, Hilaire, Jérôme, Augustin, Maxime, Léon, Grégoire, parmi les Latins. Passant alors à Augustin, il reconnaît que l'évêque d'Hippone a dit : super hancpetrarriy quam confessas es aedificabo Ecclesiam meam. Mais il a soin de noter que, dans ses Rétractations, le saint docteur nous laisse libres d'appliquer le super hanc petram au Christ ou à Pierre, selon que nous le préférons. Il ajoute qu'Augustin aurait certainement identifié Petrus avec petra^ s'il avait su que le mot hébreu céphas désigne une pierre, un rocher, et qu'il a été amené à séparer Petrus de petra par suite de son ignorance de la langue hébraïque. Il fait aussi observer que la foi, prise en elle-même et abstraction faite de Pierre, ne saurait être le fondement de l'Eglise; mais qu'elle joue le rôle de fondement, si on la considère en saint Pierre qui a mérité par sa foi d'être la base de l'Église et d'affermir ses frères dans la foi. 11 termine en déclarant que les Pères qui ont identifié Idi petra avec la foi, ont eu en vue la foi de saint Pierre et non la foi considérée en ellemême.
Donc si Augustin a appliqué parfois le super hanc petram au Christ, c'est, ou bien à cause de son ignorance de l'hébreu, ou bien pour des raisons de polémique fortifiées par son penchant pour les sens mystiques. Et si plusieurs Pères ont appliqué cette même formule à la foi, c'est parce qu'ils avaient en vue la foi de Pierre. Voilà ce que nous ont appris Stapleton et Bellarmin. Ces explications restèrent acquises à la théoloo-ie. Nous les retrouvons, dès les premières années du dix-septième siècle, sous la plume de du Perron. Dans sa Réplique au roi d'Angleterre, le célèbre cardinal rencontra sur son chemin les attestations patristiques qui identifiaient la petra avec la foi et qui, par là même, semblaient enlever à la primauté de Pierre l'appui du texte super hanc petram. Voici comment il résolut
cette difficulté \ On reconnaîtra sans peine qu'il a lu Bellarmin : « Ce que tantôt les Pères exposent ces paroles : Sur cette pierre je bâtirai mon Église, de la foi de saint Pierre et disent que TÉglise a été fondée sur la confession de Pierre; et ce que tantôt ils les exposent de la personne de Pierre et disent que l'Eglise a été fondée sur la personne de Pierre, ne sont point expositions contraires et exclusives l'une de l'autre, mais conjointes et inclusives l'une de l'autre. Car ils entendent que l'Église, pour parler le langage de l'école, est fondée causalement sur la confession de Pierre et formellement sur le ministère de la personne de Pierre ; c'est-à-dire que la confession de Pierre a été la cause pour laquelle le Christ l'a choisi, afin de le constituer fondement du ministère de son Eglise... De manière que dire que l'Eglise est fondée sur la confession de Pierre, n'est pas nier qu'elle soit fondée sur la personne de Pierre, mais est exprimer la cause pour laquelle elle y est fondée. Non plus que dire avec saint Jérôme que « Pierre ne marcha pas sur les eaux, mais la foi », n'est pas nier que saint Pierre ait marché vraiment, proprement et formellement sur l'eau, mais est dire que la cause qui fit qu'il y marcha ne fut pas l'agilité ou vertu naturelle de sa personne, mais la foi qu'il avait déférée aux paroles du Christ. »
D'autre part, on reconnaîtra l'inspiration de Stapleton dans l'observation suivante : « Avant que les ariens se fussent élevés, c'est-à-dire avant le siècle de Constantin et le concile de Nicée, l'interprétation qui avait cours en l'Église était celle, non de la confession de Pierre, mais de la personne de Pierre... Mais, depuis l'avènement de Constantin, comme les ariens se furent élevés contre la divinité du Christ, les Pères ne trouvant point de passage en l'Écriture plus exprès pour leur prouver que Jésus-Christ était Fils de Dieu... que cette confession de saint Pierre : Tues le Christ, le Fils de Dieu vivant... eurent soin d'exalter le plus qu'il leur fut possible la dignité de cette confession. Et pour ce qu'en faveur d'elle... saint Pierre avait été constitué fondement de l'Église, se licencièrent de l'appeler
1. Réplique à la )csponse dusérênissime roy de la Grand Bretagne, 1.56 Paris, 1020, p. 522.
TEXTE « SUPER HANC PETllAM ». 165
elle-même par métonymie, c'est-à-dire par translation du nom de reflet à la cause, le fondement de l'Église. »
On en était là quand parurent le De repuhlica ecclesiastica de Marc-Antoine de Dominis ^ et la Lettre à Voël de Launoi 2, suivie elle-même d'une dissertation de Dupin^ sur la primauté du pape. Le premier de ces écrits qui s'efforçait d'ébranler avec ses deux in-folios toutes les preuves de la monarchie de l'Eglise, accordait, comme on le pense bien, une large place à la preuve de la petra. Le second donnait, en quelque sorte, le procès-verbal des commentaires du super hanc petram. Chacun était un formidable réquisitoire patristique contre l'interprétation usuelle du texte : Tu es Petrus. L'archevêque apostat de Spalatro, après avoir rappelé la théorie chère à saint Augustin et signalé une vingtaine de textes où le rôle de la petra était attribué à la foi, s'efforça de réfuter les observations présentées à ce sujet par les apologistes^. « J'ai cité, dit-il, des textes qui relient à peine la foi ou la profession de foi à Pierre... Ils ne mentionnent pas Pierre, et donc on doit les entendre de la foi ou de la profession de foi considérées en elles-mêmes et indépendamment de tout rapport avec la personne de Pierre... Voici, par exemple, un texte d'Ambroise qui s'oppose à tout subterfuge. Il dit : « La foi est le fondement de l'Église; car ce « nest pas de la chair de Pierre, mais de la foi qu'il a été dit « que les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle^. « Tu le vois, lecteur, Ambroise déclare expressément que la petra n'est pas la personne de Pierre... De son côté, Chrysostome parle ainsi : « Il ne dit pas que l'Église est bâtie sur Pierre; « car ce n'est pas sur un homme, mais sur la foi qu'il a bâti son « Église... ^ «
1. De republica ecclesiastica, 1. 6, n. 10 et suiv., Londres, 1617, t. 1, p. 46.
2. Epist. ad Voellum, 5. 7, Genève, 1730, t. b, pars 2, p. 99.,
3. De antiqua Ecclesiae disciplina, clissert. 4, % 1, Cologne, 1691, p. 304.
4. licite exactement vingt et un docteurs qui ont appliqué \?ipetra à la foi ou à la confession de foi, treize qui l'ont identifiée avec le Christ...
5. Ce texte est tiré du De incarnationis dominicae sacramento, 34, M. 16. 827.