‹ Histoire de la théologie positive (volume 2)Chapitre 146 sur 371 · In Pentecost. serm., IM. 52. 806 (apocryphe · texte numérisé non relu

In Pentecost. serm., IM. 52. 806 (apocryphe

166 LA PHIMAUïÉ DE JURIDICTION DE SAINT PIERRE.

Quant à Launoi, il commença par nous apprendre que les Pères ont donné quatre sens différents à saper hanc petram et qu'ils ont fait dire au Christ que l'Eglise serait bâtie : a sur saint Pierre; b) sur les apôtres et sur les évêques leurs successeurs: c) sur la foi de saint Pierre; d) sur le Clirist lui-même. La première interprétation se pré«^ente avec dix-sept témoins, à savoir : Tertullien, Origène, saint Cyprien, saint Firmilien, saint Hilaire, saint Basile, saint Ambroise, saint Epiphane, saint Grégoire de Nazianze, saint Jérôme, saint Augustin, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Léon, saint ^laxime de Turin, Psellus, Théophylacte, Euthymius. La seconde compte huit partisans : Origène, saint Cyprien, saint Jérôme, saint Augustin, Théodoret, Ambroise Autbert, Ethérius , Paschase Radbert. La troisième est soutenue par quarante-quatre docteurs dont les principaux sont : saint Hilaire, saint Grégoire de Nysse, saint Ambroise, saint Chrysostome, saint Augustin, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Léon, Théodoret, saint Eucher, saint Grégoire, saint Isidore, Bède, saint Jean Damascène, presque tous les docteurs du neuvième siècle, saint Thomas, Eckius. Enfin la quatrième réunit seize représentants : saint Jérôme, saint Augustin, Théodoret, Bède, saint Anselme, Pierre Lombard, saint Thomas, Pie II, etc. \

Après avoir dressé ces quatre listes, Launoi les justifie et les commente. Avec une joie qui n'a nul souci de se dissimuler, il signale les inexactitudes calculées ou inconscientes de Bellarmin. Il reproche à l'auteur des Controi^erses d'avoir mis sur le compte de saint Athanase et de saint Cyrille - des écrits

1. Ici un mot sur Kicher. Ce théologien fit paraître en 1611 le De ecclesiaslica el polilica potestatc libellus; puis, en 1622, la Dcmonstral'w UbcU'i de ecclesiastira el polilica potestale: enfin il écrit la hej'ensio de ce même livre. Le libellus de 1611 ne contient que des démonstrations sommaires. La Demonstratio est plus riche en témoignages, mais elle a probablement utilisé Marc -Antoine. La Defensio est plus riclie encore, mais elle donne lieu à la même observation que la Demoiulralio. Cette Defensio n'ayant été publiée qu'en 1701 ne semble pas avoir contribué au développement des preuves soit scripturaires, soit patristiques, de la doctrine gallicane Cependant il resterait à savoir si Launoi et Dupin ne l'auraient pas connue à l'état manuscrit. Pour les commentaires patristiques de la petra, \o\y\^ Defensio, \\h., 2, cap. 1, n. 41 et suiv., p. 134.

2. Hcllarmin cite d'Athanase une lettre à Félix, qui n'est rien moins (pi'autluMiti(iue. Voir plus haut. }). 161. note 5.

apocryphes et d'avoir faussé la pensée d'Origène, de saint Chrysostome, de Théodoret, ainsi que des papes Gélase et Grégoire. Mais son attention est plutôt attirée sur un autre point. Il remarque qu'il arrive maintes fois à un même docteur d'avoir des textes sur plusieurs listes. Saint Jérôme, par exemple, qui dit que l'Eglise a été bâtie sur Pierre et que la chaire de Pierre est la pierre sur laquelle l'Eglise est construite, enseigne ailleurs que tous les apôtres servent de fondement à l'Église et l'affermissent. Saint Cyprien, qui identifie parfois la petra avec Pierre, prouve par le même texte que l'Eglise est fondée sur les évêques. Origène nous fait assister à un spectacle analogue, avec cette différence que, selon lui, ce n'est pas seulement sur les évêques, mais sur tous les chrétiens que l'Eglise est établie.

Quand on compare la première liste avec les deux dernières, on s'aperçoit que la plupart des noms inscrits sur l'une sont aussi inscrits sur les autres. Et l'on fait la même constatation quand on compare les deux dernières listes entre elles. Doit-on conclure de là que les Pères se sont contredits? Launoi repousse cette hypothèse et cherche ailleurs la solution du problème. Selon lui, la troisième et la quatrième interprétation, celle qui met le fondement de l'Église dans la profession de foi de saint Pierre et celle qui le place dans le Christ, ne diffèrent que par les termes et sont d'accord pour le fond. Que disentelles, en effet, sinon que l'Église a pour base le dogme de la divinité du Christ proclamé par saint Pierre? Or ces deux interprétations réunissent plus de cinquante témoins. Que sont, auprès de ce chiffre, les dix-sept partisans de la première interprétation? D'ailleurs, parmi ceux qui paraissent identifier la petra avec Pierre, plusieurs, comme Origène et saint Cyprien, adoptent en réalité la seconde interprétation et croient que l'Église a été fondée par le Christ, soit sur l'épiscopat (Cyprien), soit sur les fidèles (Origène); d'autres, au contraire, comme saint Ililaire, sont pour la troisième interprétation et identifient la petra avec le dogme de la divinité du Christ. Quant à saint Augustin, il nous apprend lui-même qu'il ne lui est arrivé qu'une fois, dans un écrit de jeunesse, de présenter saint Pierre comme le fondement de l'Eglise; mais

que, plus tard, dans nombre de circonstances ipostea saepissime), il a cru devoir mettre le Christà laplacede saint Pierre.

En somme, Launoi estime que la première opinion, celle d'après laquelle la petra est saint Pierre, et qui semble posséder dix-sept attestations, en a en réalité beaucoup moins. 11 conclut que la véritable interprétation traditionnelle du texte super hanc petram est celle qui identifie la petra avec le dogme de la divinité du Christ. Se retournant alors contre Bellarmin, il l'accuse de s'être mis en opposition avec le décret du concile de Trente, qui prescrit de suivre, dans l'interprétation de l'Écriture, le consentement des Pères ^

Becan - et Coeffeteau ^ répondirent à Marc- Antoine ; Launoi fut réfuté par Schelstrate. Après avoir rapporté les attestations patristiques dans lesquelles la petra est identifiée avec Pierre, le docte jésuite prit la parole en ces termes : « Les autorités qui précèdent prouvent que Pierre est le fondement de l'Église, qu'il est la pierre solide et inébranlable sur laquelle l'Église du Christ a été établie. Tu objectes que d'autres Pères entendent par Isl petra, non pas Pierre, mais la foi ou la confession de Pierre. Je réponds qu'ils entendent tout ensemble Pierre et sa confession de foi. Quand ils disent que l'Église est bâtie sur la foi et la confession de Pierre, ils veulent dire qu'elle est bâtie sur Pierre, à cause de sa foi et de sa confession... Il nous arrive fréquemment de dire que la république est établie sur la prudence et la fidélité d'un homme, pour dire qu'elle est établie sur un homme, à cause de sa prudence et de sa fidélité. Tu objectes encore que cette explication n'est pas conforme à la pensée des Pères, lesquels parlent de la foi, abstraction faite de la personne de Pierre... Ton assertion est démentie par plusieurs Pères qui déclarent nette-

1. Dupin utilise les travaux précédents sans rion ajouter. Sa dissertation n'a aucun titre à nous arrêter.

2. De republica ecclesiastica conlra Marcum Anloniuin de Dominis, 2. (>, 29. Paris, 1»)42, p. 906.

3. Pro sciera monarchia Ecclesiae cathoHcae, apostoUcae et romanae adversm RempubUcam Marri Antonii de Dominis, 1. O, Paris, 1623, p. 100 etsuiv. Duval opposa à Riclier son Desupre/nn romani ponlificis in Ecclesia poteslate, Paris, 161-1. La dissertation <iu on y trouve sur la petra, cap. 3, 9. 108, est laite à l'aide de Uellaruiin.

ment que Pierre a été établi fondement de l'Eglise, à cause de sa confession de foi. Quant aux autres, tu ne les as pas compris... »

Becan s'était contenté d'opposer à Marc- Antoine des considérations générales. Coeffeteau examina un à un les textes objectés par l'archevêque et il s'efforça de leur donner un bon sens. « Hilaire, dit-il, a sans doute écrit que l'Église est bâtie sur la pierre de la confession, que cette foi a lés clefs du royaume des cieux... mais il a écrit aussi : « La confession de Pierre lui valut une récompense admirable... O heureux fondement de l'Eglise ! .. . Cyrille a bien écrit que la petra était, à son avis, la foi inébranlable du disciple, mais il a écrit aussi que le Christ a donné à Simon le nom de Pierre, pour montrer qu'il bâtirait son F^glise sur lui comme sur une pierre inébranlable... Augustin a bien écrit que les mots super hanc petram désignaient la foi à la divinité du Christ... mais il a écrit aussi que, lors de sa confession de foi, Pierre fut appelé petra.,. » Coeffeteau continua ces rapprochements de textes. Puis, au moyen de copieux emprunts à Stapleton et à du Perron, il expliqua comment saint Augustin avait été amené à appliquer le super hanc petram au Christ; comment, de leur côté, les Pères avaient été conduits par la controverse ar,ienne à identifier la petra avec la foi à la divinité du Christ.

Quand il eut à répondre à Launoi, Schelstrate ^ utilisa, lui aussi, du Perron. Il attribua aux nécessités de la controverse arienne la préférence que les Pères semblaient avoir eue pour l'application du super hanc petram à la foi à la divinité du Christ. Il ajouta que cette interprétation avait un bon sens, quand on ne considérait pas la foi abstraction faite de la personne de Pierre. Toutefois, reconnaissant que l'autre interprétation, celle qui identifiait la petra avec saint Pierre lui-même, répondait seule à la lettre du texte évangélique, il s'efforça de prouver qu'elle avait toujours été en honneur, dans l'Eglise. Il dressa donc à nouveau la liste de ses partisans. Launoi avait inscrit dix-sept noms sur cette liste. Schelstrate, après

1. Antiquilas Ecclesiae, tome 2, diss. 2, cap. 0. art. 1, n° 4 et suiv. Rome, 1692.

avoir recueilli ces noms, fit observer que, dans les deux conciles d'Eplièse et de Clialcédoine, les légats du pape avaient pu, sans soulever de protestation, appliquer à saint Pierre le texte super hanc petram. Puis il tira la conclusion suivante : « Quoi de plus clair! Quoi de plus net! Les conciles qui ont consigné ces paroles dans leurs actes représentaient tout rOrient. Ils comprenaient, outre les légats du pape, plus de huit cents évêques. On doit donc reconnaître que l'Église a été bâtie sur Pierre, ou bien il faudra révoquer en doute l'autorité de l'Ecriture et la tradition manifeste de l'Eglise. »

Au siècle suivant, une nouvelle controverse surgit autour de notre texte. L'interprétation catholique de la petra fut attaquée, sur le terrain patristique, par Fébronius ^ ; elle fut défendue par Zaccaria ^. Mais Fébronius se borna à résumer Launoi ou peut-être môme Dupin. Zaccaria, de son côté, met simplement à contribution les disciples de Bellarmin.

On pourrait dire que, depuis Schelstrate, l'étude patristique du texte super hanc petram n'a donné aucun résultat nouveau, n'était le livre d'un savant italien qui mérite une mention spéciale.

En 1766, parut le De wi ac ratione primatus romanorum pojitifîcuin. Son auteur, Jérôme Ballérini, joignait à un ardent amour du Saint-Siège une rare érudition. Il lut la Lettre à Voël, se convainquit que les documents entassés dans ce recueil étaient exactement rapportés, et cette constatation ne laissa pas que de l'impressionner. Pouvait-on nier que la très grande majorité des Pères n'eût appliqué la petra à la profession de foi de saint Pierre? Et, ce point accordé, pouvaiton négliger la loi du concile de Trente qui déclare que l'interprétation traditionnelle des textes scripturaires doit être considérée comme la vraie? Ballérini ne le crut pas. Il transcrivit donc la troisième liste de Launoi, en effaçant quelques noms.

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