ARTICLE II. DISCUSSION RATIONNELLE DU TEXTE
Dans la Conférence de Leipzig^ le débat qui se déroula autour de notre texte ne franchit pas les bornes du domaine patristique. Mais, dès Tannée suivante, il fut élargi. Dans le De primatu Pétri, Eckius fit précéder ses recherches patristiques sur super hanc petram de cette considération : « C'est bien à Pierre que le Christ parle ici. Sans doute le Sauveur Jésus est lui-même le fondement principal, la pierre angulaire de TEglise. Mais s'il avait voulu se désigner, il aurait dit, non pas : « Je bâtirai mon Kglise », mais : Mon Eglise est bâtie. Et puis, à quoi bon lui révéler que TÉglise avait été bâtie sur le Christ, à lui qui avait reçu les révélations du Père? On doit donc prendre ces paroles à la lettre et dire que le Christ a fait une promesse à saint Pierre pour le remercier de sa profession de foi ^ » Par là, le professeur d'Ingolstadt transportait sur le terrain rationnel l'enquête jusque-là confinée dans l'ordre patristique et ouvrait une nouvelle source d'informations. Son initiative fut suivie. Désormais, à l'explication traditionnelle de super hanc petram on associera l'explication rationnelle ou, si l'on veut, grammaticale. Celle-ci empiétera même sur celle-là et la reléguera au second plan. Sans doute, il y aura toujours des controversistes qui se feront un point d'honneur de ne pas laisser sans réponse les objections des protestants, de Marc-Antoine, de Dupin, de Launoi et de Fébronius. Mais tous ceux dont l'objectif sera d'affermir la foi des catholiques, plutôt que de convaincre les adversaires, tous ceux qui s'adresseront à la masse plutôt qu'à une élite, tous ceux-là éviteront de s'enfoncer dans les broussailles de la tradition, où la marche est entravée par tant d'obstacles, et se borneront à faire appel au raisonnement qui, à moins de frais, leur donnera des solutions à la portée de tous les esprits. Déjà, au seizième siècle, Cajetan et saint François de Sales cultiveront exclusivement ou à peu près l'argument rationnel. Ce qui, de leur temps, sera une excep-