‹ Histoire de la théologie positive (volume 2)Chapitre 149 sur 371 · De primatu, caTp. 3, p. t · texte numérisé non relu

De primatu, caTp. 3, p. t

tion, deviendra peu à peu la loi. Au dix-neuvième siècle, les recherches patristiques d'Eckius, de Bellarmin, de du Perron, de Schelstrate ne seront utilisées que par une infime minorité. Le gros de Tarmée des théologiens se cantonnera dans Texplication rationnelle de super hanc petram.

On vient de voir l'argument que le futur aedificabo fournit à Eckius en 1520. Cajetan, dans le De romani pontifîcis ins~ titudone qui parut un an plus tard, se l'appropria sans rien ajouter d'appréciable ^ « Augustin, dit-il, laisse au lecteur, dans ses Rétractations, le soin de juger si c'est Pierre ou le Christ qui est la petra. Profitant de la liberté qui nous est donnée, nous disons que c'est Pierre. Si le Christ s'était désigné lui-même, il aurait dit aedifico et non aedificabo. Et puis, pourquoi ce Ta es Petrus, si la suite ne se rapporte pas à Pierre? Jérôme a donc bien commenté ce texte quand il l'a paraphrasé ainsi : Selon la métaphore de la petra, l'Eglise est bâtie sur toi. » Mais avec Pighi la discussion rationnelle de notre texte prit des proportions jusque-là inconnues ^. Cet ardent controversiste entreprit de démontrer que l'on ne pouvait, sans tomber dans l'incohérence, identifier la petra avec la foi de saint Pierre. L'Eglise, dit-il, est un édifice dont les pierres sont des êtres raisonnables et qui, par conséquent, doit avoir un fondement approprié à la nature de ces pierres. Or quel rapport y a-t-il entre la foi et les pierres qui composent l'Eglise? D'ailleurs, toutes les pierres doivent avoir la foi, sous peine d'être exclues de l'édifice de l'Église. Si la foi est nécessaire à toutes les pierres, elle ne saurait donc être le privilège exclusif du fondement. Et puis, il y a longtemps que Pierre n'a plus la foi qu'il a échangée contre la claire vision. Comment donc sa foi serait-elle le fondement de l'Eglise? » Pighi fit encore valoir cette autre considération qui, à ses yeux, avait une importance majeure. « Si la parole du Sauveur avait été rapportée en ces termes : Tu es rocher et sur ce rocher je bâtirai mon Eglise, per-

1. De romani pontifîcis instilutione, 2, dans les Opuscula omnia, tr. 3, Lyon, 1581, p. 50.

2. Hierarchiae ecclesiaslicae assertio, 3, 5, p. 113 et suiv.

sonne n'aurait contesté l'attribution du rocher à saint Pierre. Saint Augustin, en effet, appuie son interprétation sur ce fait que le Christ n'a pas dit à Pierre : Tu es petra, mais bien : Tu es petrus. Or la différence des deux formes petriis et petra est l'affaire du traducteur. Notre-Seigneur n'a employé ni l'un ni l'autre de ces termes ; il a dit — nous le savons par saint .lean : — Tu es cephas. Or le mot cephas veut dire rocher. » Après avoir longuement développé cette pensée, l'auteur de la Hlei^archiae ecclesiasticae assertio conclut que super hanc petram s'applique bien à saint Pierre et que cet apôtre est, de par lautorité du Christ, le fondement de l'Église.

L'observation philologique de Pighi obtint un succès considérable. Presque tous les traités de controverse l'utilisèrent. Presque tous firent remarquer que le Sauveur sétait servi du même mot cephas pour désigner l'apôtre Pierre et le fondement de l'Église ; que la transformation de petrus en petra avait été faite par le traducteur, et que saint Augustin avait été induit en erreur par son ignorance de la langue hébraïque. Il serait superflu de nous livrer ici à une enquête qui ne nous apprendrait rien, h^ coûtons cependant saint François de Sales dont la phrase pittoresque captive toujours Tattention^ «Mais, que dit ici Jésus-Christ?... Il dit que (saint Pierre) était une pierre ou un rocher et que sur ce rocher ou cette pierre, il édifierait son Eglise. Mais nous voici en grande difficulté. Car on accorde sans contestation que Notre-Seigneur a parlé à saint Pierre et de saint Pierre jusqu'ici: et super hanc petram; mais on veut que, par ces paroles suivantes, il ne parle plus de saint Pierre. Mais, je vous prie, quelle apparence y a-t-il que Notre-Seigneur eût fait cette grande préface : Beatus es Simon Bar Jona quia..pour ne rien dire autre chose sinon : quia tu es Petrus. Puis changeant tout à coup et sans liaison de fil du discours, il allât parler d'autres choses qui n'eussent point eu de suite, dans ce qu'il ajoute : Et sur cette pierre... Ne voyez-vous pas qu'il continue à discourir clairement de la même pierre, de laquelle

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