PREUVES SCRIPTURAIRES
Pour le regard des autres apôtres, ils n'observent point d'ordre si précis, ni toujours de même... Mais outre cela, bien souvent, quand les évangélistes parlent de la compagnie apostolique, ils ne nomment que Pierre et mettent les autres en compte, par accessoire et hors de suite... Notre-Seigneur estil monté au ciel, toute la troupe apostolique se retire chez saint Pierre... Le même saint Pierre se lève au milieu d'eux et parle le premier... C'est lui qui, le premier, propose de faire un apôtre... C'est le premier catéchiste de l'Eglise de Dieu, qui prêche avec grand zèle la pénitence. Les autres sont vraiment avec lui et on les interroge tous; mais saint Pierre seul répond pour tous, comme le chef de tous. S'il faut mettre la main au trésor des miracles concédés à l'Eglise, quoique saint Jean y soit et soit même invoqué, saint Pierre seul y met la main tout le premier. Faut-il donner commencement à l'usage du glaive spirituel de l'Eglise de Jésus-Christ, pour y châtier le mensonge, c'est saint Pierre qui lance le premier coup contre Ananie et Saphire sa femme... C'est le premier qui a ressuscité les morts, quand il prie pour la dévote Thabite. Quand il fut temps de mettre la main et la serpe à la moisson pour défricher le paganisme, c'est saint Pierre à qui s'en adresse la révélation... Si les apôtres se rencontrent en un concile général, saint Pierre, comme président, ouvre la porte au jugement et à la définition. Sa sentence est suivie des autres et sa particulière révélation y sert de loi. Saint Paul confesse qu'il est venu exprès en Jérusalem pour y voir saint Pierre et qu'il demeura quinze jours avec lui pour le consulter. Jl y vit saint Jacques ; mais il n'était pas venu pour le voir, mais seulement pour visiter saint Pierre... »
Cependant l'Écriture, qui d'ordinaire proclamait si hautement la prééminence de saint Pierre, semblait parfois la nier. Ne lisait-on pas dans les Actes que Pierre avait été envoyé par les apôtres à Samarie? Saint Paul ne déclarait-il pas n'avoir fait aucune concession à Pierre, à Jacques et à Jean ? N'allait-il pas même jusqu'à dire qu'il avait résisté à Céphas et qu'il lui avait reproché ses complaisances à l'égard des Juifs ? Et puis, dans telle de ses épîtres, le même apôtre décrivait la hiérarchie ecclésiastique sans mentionner aucune autorité suprême ;
dans telle autre, il déclarait avoir reçu en partage « l'évangile du prépuce » pendant que « l'évangile de la circoncision » était confié à Pierre, laissant ainsi entendre que la juridiction ecclésiastique avait été démembrée entre deux dépositaires. Enfin, si saint Pierre était vraiment à la tête du collège apostolique, comment expliquer que, dans les derniers jours de la vie mortelle du Sauveur, les apôtres aient tous convoité la première place? Comment expliquer surtout que, pour faire cesser la dispute, Notre-Seigneur n'ait pas rappelé ses paroles : Super haiic petrain... tihi daho claves?
Sander ^ et Stapleton ^ discutèrent la plupart de ces objections. Bellarmin les affronta toutes et donna des solutions dont plusieurs, il est vrai, lui furent fournies par ces deux apologistes anglais ^. Il expliqua qu'une mission peut être donnée par un ordre exprès, mais qu'elle peut aussi être simplement proposée sous forme de conseil, et que, si, dans le premier cas, elle est un acte d'autorité, elle peut, sous la seconde forme, émaner de personnes égales ou même inférieures. Il conclut que les apôtres s'étaient simplement bornés à mettre sous les yeux de saint Pierre les motifs graves qui demandaient sa présence à Samarie. Pour justifier l'attitude de saint Paul à l'égard du collège apostolique, il lui suffit de faire observer que l'affaire en litige était, non pas une question d'administration ou de gouvernement, mais une question de doctrine, et que Paul, qui tenait son évangile du Christ lui-même, était sous le rapport doctrinal l'égal des apôtres, y compris Pierre. Quant au célèbre texte : « Je lui ai résisté en face », l'auteur des Controverses avait devant lui trois explications. La première, patronnée par Clément d'Alexandrie '', disait que le Céphas auquel Paul avait résisté était un disciple distinct du prince des apôtres; la seconde qui était appuyée par Origène ^, saint Chrysostome ^