ARTICLE II. LE SEJOUR ET L EPISCOPAT DE SAIXT PIERRE A ROME
De bonne heure, certains érudits protestants travaillèrent à reléguer au rang des légendes la venue de saint Pierre à Rome. Ils empruntèrent leurs objections à deux sources principales : d'une part, aux données historiques fournies, soit par le livre des Actes, soit par l'épître aux Galates; d'autre part, au silence de saint Luc et de saint Paul. Les Actes nous apprennent que le prince des apôtres assista au concile de Jérusalem qui eut lieu dix-huit ans après la passion du Sauveur ; saint Paul, de son coté, atteste avoir rencontré Pierre à Antioche quelque temps après le susdit concile et lui avoir résisté. Comment adapter à ce cadre historique le séjour à Rome? Ce n'est pas tout. Saint Paul mentionne dans l'épitre aux Romains plusieurs membres de la communauté romaine et les salue. Il ne dit rien de saint Pierre. Ne doit-on pas conclure que Pierre n'était pas à Rome au moment où cette lettre fut écrite, c'est-à-dire, vers l'an 56? Et, puisque le même silence apparaît dans les épîtres écrites à Rome par l'illustre apôtre pendant sa captivité, ne doit-on pas conclure que, vers Tan 62, saint Pierre n'avait pas encore fixé sa demeure dans la future capitale du monde chrétien? D'ailleurs si Pierre était venu à Rome, saint Luc ne l'aurait-il pas dit dans le livre des Actes? Telles étaient les objections que les protestants opposèrent, dès le milieu du seizième siècle, à la croyance générale.
Pendant quelque temps, les réponses des théologiens ne furent pas exemptes de tâtonnements. Eckius se borna à apporter quelques textes de saint Optât et de saint Augustin ^ Pighi^ s'appuya surtout sur les fausses décrétales. Avec Sander ^ la théologie trouva, sur la question de la venue de saint Pierre à Rome, sa voie définitive. Les textes auxquels fît appel le savant apologiste anglais sont, à part quelques