Ep. ad episcopos Dardaniae, 13; M
3. De romono pontifice, 2, 21. Au commencomont du dix-soptièmc siècle, on attribuait au concile do Milève les canons du concile de Carthage de 418. Bellarmin, suivant l'orreur de son temps, ne parle ici (jue du concile do Milève. J'ai corrigé son texte. Voir Tili.emont. xni. note 72, p. 101(>.
sition aux prérogatives du siège apostolique '. On voit par là combien grande est l'ignorance et l'étourderie de Calvin qui prétend que Zosime s'efforça de faire casser la décision du concile de Cartilage. » Il reste, il est vrai, à expliquer pourquoi le pape Zosime a accueilli la plainte d'Apiarius, alors que les simples prêtres n'étaient pas autorisés à appeler à Rome. Mais Bellarmin dissipe ce léger nuage par cette remarque que si les prêtres n'étaient pas autorisés à porter leurs griefs hors de leur province, rien n'empêchait cependant les papes de les recevoir à leur tribunal. 11 ajoute, d'ailleurs, que Zosime n'a pas répondu à l'appel d'Apiarius par un acte judiciaire, mais qu'il s'est simplement contenté d'écouter ses plaintes.
Toutefois, là ne s'arrêtent pas les difficultés soulevées par le célèbre canon de Carthage. Quand Zosime eut connaissance du mauvais accueil qu'avait rencontrée en Afrique sa décision dans l'affaire d'Apiarius, il envoya à Carthage trois légats avec ordre d'excommunier l'évêque de Sicca, s'il refusait de se soumettre, et de faire savoir à l'épiscopat africain que le concile de Nicée autorisait d'une part les évêques à appeler à Rome, d'autre part les prêtres à recourir au tribunal d'une province voisine. Les légats pontificaux s'acquittèrent fidèlement de leur mission et, en présence des évêques d'Afrique réunis au nombre de deux cent dix-sept à Carthage (419)? ils lurent les deux prétendus canons de Nicée qui réglaient la question des appels. Cette lecture jeta l'assemblée entière dans un étonnement profond. On se trouvait en face d'une législation dont personne n'avait jusqu'ici ouï parler. Immédiatement l'évêque de Carthage envoya chercher dans les archives les actes du concile de Nicée. Ils ne contenaient aucune prescription relative aux appels.
On résolut de consulter les églises d'Alexandrie ainsi que de Constantinople, et en attendant la réponse, on accepta provisoirement la loi dont les envoyés romains venaient de révéler l'existence ^. On ne tarda pas à apprendre que ni
1. Erreur causée par la contusion signalée plus haut. EnllS, Innocent était mort.
2. Voir la lettre du concile de Carthage de 419 à Boniface, parmi les lettres de ce pape. Ejo. i. 4 et 5, M. 20. 755. ïillemont, xui, art. 293 et 295.
252 LA PRIMAUTÉ DE l'ÉVÊQUE DE ROME.
Alexandrie ni (^onstantinople ne possédaient dans leurs exemplaires des canons de Nicée les deux ordonnances relatives aux appels. Aussi, quelques années plus tard (426 , se trouvant de nouveau aux prises avec l'affaire d'Apiarius, ils prièrent le souverain pontife Célestin de ne plus écouter à l'avenir aussi facilement les prêtres qui viendraient d'Afrique se plaindre à eux et de ne plus recevoir à la communion les ecclésiastiques que leurs évêques auraient excommuniés'.
On devine les commentaires peu sympathiques pour Rome que cette histoire suggérait aux protestants -. Ils accusaient les papes d'avoir falsifié les actes du concile de Nicée et, en même temps qu'ils les traitaient de faussaires, ils signalaient l'empressement des pontifes du cinquième siècle à appuyer sur des titres humains une autorité que leurs successeurs prétendaient être de droit divin. Bellarmin a donc à expliquer, d'une part, pourquoi Zosime a cherché à établir son droit d'appel sur l'autorité du concile de Nicée et non sur Tautorité des évangiles; d'autre part, il doit laver les papes du crime de falsification^. Pour résoudre le premier problème, il fait observer que, dans l'affaire d'Apiarius, le différend entre Rome et Cartilage ne portait pas sur l'existence du droit d'appel, mais sur l'opportunité de l'exercice de ce droit. Les Pères du concile de Carthage, selon lui, ne contestaient pas au siège apostolique son titre de tribunal suprême, ils estimaient seulement que le recours à Rome des prêtres condamnés par leurs évêques était de nature à troubler l'ordre des églises. 11 n'eût donc servi de rien de leur mettre sous les yeux le droit divin ; au contraire, un texte du concile de Nicée était de nature à
1. Lettre (lu concile de Carthage de 1-2G à Célestin, i)arnii les lettres de ce pape. Ejj. 2, M. 50. 422.
2. On lit dans Calvin (4. 7. 9, p. 520) : « Ainsi !(» discret qui avait cassé la juridiction souveraine de l'évesque romain demeura en son entier. Et en cela lut découverte une impudence vilaine de l'évesque romain : car comme aussi soit qu'il eust par fraude suppose' le concile de Sardice pour celuy de Nice, il fust surprins en fausseti' manifeste,... Voilà les beaux monumens antiques sur lesquels est fondée la majesti' du siège romain : (;'est que sous couverture de l'ancienneté ils font des l)a(linages tant pui'riles (}ue les aveugles pourroyent toucluM" leur sottise à la main. »