‹ Histoire de la théologie positive (volume 2)Chapitre 237 sur 371 · FiŒi'PEi., les Pères apostoliques, sixième loroii · texte numérisé non relu

FiŒi'PEi., les Pères apostoliques, sixième loroii

physique de ce concours. La première partie de son texte devait donc être traduite ainsi : « Les fidèles du monde entier sont obligés (physiquement) de se rendre à cette église à cause de sa puissance prépondérante ». Or cette puissance prépondérante, ce propter potiorem principalitatem s'appliquait à la Rome impériale. Irénée avait voulu simplement dire que Rome, en sa qualité de siège de l'empire, était le lieu où se traitaient toutes les affaires et que, de tous les points du monde, les fidèles étaient fréquemment obligés de s'y rendre pour y défendre les intérêts de leur foi auprès des empereurs. Mais alors que devenait la seconde partie du texte? Que voulaient dire les mots : in qua semper ah his qui sunt undique conservata est... traditio? Ils signifiaient que le concours incessant des fidèles à Rome entretenait dans l'Eglise romaine la tradition apostolique et que Rome conservait la pureté de la foi, mais qu'elle était redevable de cette pureté aux fidèles qui, de tous les points du monde, accouraient à elle [ab his qui sunt undique conservata). L'interprétation de Grabe fit fortune. Les protestants l'adoptèrent avec enthousiasme. Certains érudits qui, sans être protestants, éprouvaient peu de sympathie pour Rome, crurent également y voir l'expression delà vérité. Et, à la veille du concile du Vatican, Doellinger^ la défendit en ces termes : « Saint Irénée dit en substance : la doctrine ou la tradition de l'Eglise romaine est si propre à réfuter les hérétiques parce que les chrétiens qui, de tous les côtés, se rencontrent dans ce centre du monde civilisé, en y apportant chacun la foi telle qu'elle lui a été enseignée dans son pays natal, contribuent tous à y conserver pure et intacte la doctrine de la foi; étant impossible qu'il s'y glisse insensiblement quelque erreur, l'enseignement ecclésiastique y étant sans cesse comparé et mis en parallèle avec la tradition sacrée des églises de l'Asie Mineure, de l'Egypte, de la Palestine, etc. Saint Irénée ne parle nullement d'un contenir e cum Ecclesia, mais d'un convenir e ad Ecclesiam. »

Cependant les théologiens ne restèrent pas sans défense. Le

1. Mémoire adressé aux évoques dans Cecconi, Hisloire du concile du Vatican, tracl. fr., 3. 396.

262 LA PRIMAUTÉ DE LÉvÈQUE DE ROME.

savant éditeur de saint Irénée. dom Massuet, se fit leur interprète et réfuta la théorie de Grabe '. ]1 s'attacha d'abord à démontrer que les chrétiens du second siècle n'allaient pas trouver les empereurs à Rome, pour plaider devant eux la cause delà religion chrétienne. Quand il eut exposé ce premier argument, il ajouta : « Irénée parle de lEglise de Rome et non de la ville. De quel droit Grabe fait-il violence à son texte et confond-il la ville avec 1" Eglise? Il dit que les fidèles de toutes les églises étaient obligés de se rendre dans la ville de Rome et par conséquent dans féglise de ce nom. Comme si l'église était identique à la ville! Comme si l'on ne pouvait voir celle-ci sans voir celle-là. Irénée ne dit pas un mot de la ville de Rome pas plus que de la cour des empereurs, il ne parle que de l'Eglise. Et pourtant, à en croire Grabe, la potentiorem principalilatem s'applique, non à l'F^glise dont parle le saint évêque, mais à la ville, à la cour, aux empereurs dont il ne parle pas. Qui pourra digérer une pareille absurdité? Qui ne voit (\\xe\d. potentiorem principalilatem appartient à l'Eglise, avec laquelle tous les fidèles doivent s'accorder, et que c'est elle qui motive l'accord? Enfin Grabe ne peut ni n'ose nier que le butd'Irénée, dans tout ce chapitre, est de prouver l'unité et l'identité de la foi dans toute l'Église... et qu'il suffit d'interroger... l'église romaine... parce que la foi et la tradition de toutes les autres églises est identique à la foi et à la tradition de Rome... Quant à la preuve de cette identité, Irénée la tire de ce fait que toutes les églises doivent nécessairement ad (romanaml ecclesiam pr opter potioretn principalitatem convenire. Si l'on accepte l'explication de Grabe, Irénée aurait argumenté ainsi : Il y a identité de foi entre Rome et les églises, dont les membres doivent aller à Rome, défendre la religion chrétienne devant les empereurs qui possèdent la potiorem principalitatemy c'est-à-dire le pouvoir suprême. Or, toutes les églises sont dans ce cas. Donc, toutes les églises ont la même foi que l'église romaine. Je le demande à Grabe luimême, ne faut-il pas être fou pour raisonner ainsi? Supposons, au contraire... largument suivant : Il y a identité de foi entre

1. Disserlationes praeviae in Irenaci Ubros. o. \M. M. 7. 281. Se rappeler (lu'on lit Vàwiùl potiorem, tantôt potentiurem.

Rome et les églises qui doivent conformer leur foi à celle de l'église romaine, leur tête... Or toutes les églises, c'est-à-dire tous les fidèles, à quelque pays qu'ils appartiennent, doivent s'accorder dans lafoi avec l'église romaine... Donc toutes les églises ont la même foi que Rome... Que l'on compare ce dernier argument... avec celui queGrabe a imaginé, et, à moins de s'aveugler volontairement, on devra reconnaître que notre adversaire met dans la bouche de saint Irénée un raisonnement qui répugne, tandis que les catholiques attribuent au saint martyr le langage qui convenait à son but. »

La dissertation de Massuet fut utilisée parles controversistes catholiques. Ballérini^ la résuma. Plus tard, Freppel répandit sur elle les fleurs de la rhétorique. Et, quand on eut à combattre Doellinger, ce fut à Massuet que l'on demanda des armes.

Les polémiques soulevées par le texte de saint Irénée n'égalèrent pas en importance celles qui se livrèrent autour du sixième canon de Nicée. La version de Rufin qui, comme on l'a vu, semblait restreindre la juridiction de l'évêque de Rome aux églises suburbicaires, fut habilement exploitée par les ennemis du saint-siège. Leur joie fut encore accrue, quand parut, grâce aux soins du jésuite Turrianus, la version arabe des canons de Nicée dans laquelle on lisait : « Il a été décidé que l'évêque de l'Egypte... étendrait son pouvoir sur toute l'Egypte... car l'évêque de Rome, c'est-à-dire le successeur de l'apôtre Pierre, exerce son autorité sur les villes et les territoires qui sont autour de Rome. » Ils prétendirent qu'à l'époque du concile de Nicée, les évêques de Rome étaient de simples métropolitains dont la juridiction était renfermée dans un rayon de cent mille pas (environ trente lieues) autour de la ville impériale. « Après mille écrits qu'ils ont publiés sur ce sujet, disait du Perron en 1611 ^, ils ont encore, l'année dernière, fait imprimer une carte topographique de l'ancien patriarchat du pape et l'ont accompagné d'un discours intitulé :

1 . De vi ac ratione primatus romanorum ponliftcum, 13. 1 ot appendix, g 3 dans le Theologiae cursus complétas de Migne, 3. 1017 et 1235.

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