Réplique, 1. 25, p. 117 et suiv
26() LA PRIMAUTÉ DE l'ÉvÊQUE DE ROME.
évêqucs. de tous ces hommes qui, déposés ou condamnés par les conciles de leur pays, avaient eu recours à Rome et en avaient obtenu un appui efficace. « Et pourquoi donc, s'écriat-il, quand ces grands prélats, Athanase, patriarche d'Alexandrie, Paul, évêque de Constantinople, Marcellus, primat d'Ancyre... qui avaient été déposés de leurs sièges par divers conciles de Thrace ou d'Asie, eussent été ouïs à Rome, les auteurs de l'histoire ecclésiastique disent-ils que l'évêque de Rome les restitua, pour ce qu'à lui, à cause de la dignité de son siège, le soin de toutes choses appartenait?... Et pourquoi donc, quand Timpératrice Eudoxia, femme dArcadius,... eut fait déposer saint Chrysostome par un concile d'évêqucs assemblés à Constantinople sous Théophile, patriarche d'Alexandrie, ce divin prélat recourut-il par lettres d'appel au pape? Daignez, dit cette sacrée plume d'or écrivant au pape Innocent premier, mander que ces choses si iniquement faites, et nous absens et ne refusant point d'être jugé, naient point de valeur, comme à la vérité elles n'en ont point... Et pourquoi donc, quand Hilaire, évêque d'Arles, entreprit d'ordonner des prélats en la province de Vienne sans le congé du pape, l'empereur Yalentinien troisième fit-il une loi... par laquelle il défendait que rien ne s'innovât en l'Eglise sans licence du pape ?... Et pourquoi donc, quand Eutychès... prétendit avoir appelé de Flavianus, archevêque de Constantinople, au pape Léon, Flavianus ne disputa-t-il point qu'il n'avait pu appeler, mais qu'il n'avait point appelé?... Et pourquoi donc, quand Théodoret, évêque de Cyr, ville voisine de la Perse, et sujette au patriarche d'Antioche, eut été déposé au faux concile d'Ephèse, en appela-t-il au pape? J'attends, dit Théodoret au pape Léon, la sentence de votre trône apostolique et supplie Votre Sainteté de me secourir, appelant à votre droit et juste jugement, et commander que je me transporte vers vous. Et à cause de quoi, Flavianus, archevêque de Constantinople, ayant été déposé au même concile, en. appela-t-il au même pape?... Car, de dire, comme font les adversaires du pape, que les actes du faux concile d'Ephèse, qui furent relus au concile de Chalcédoine, portaient seulement que Flavianus dit à Dioscorus : « J'appelle de toi », sans dire : « J'appelle de toi au pape », qui ne sait que ces actes-là, comme
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il fut représenté au concile de Chalcédoine, avaient été tous falsifiés par Dioscorus? »
On le voit, pour l'auteur de la Réplique, tous les recours au siège apostolique attestent hautement la primauté du pape. Disons maintenant que cette interprétation de l'histoire rencontra de l'opposition dans le sein même de l'Église. De Marca examina à nouveau quelques-uns des faits étudiés par du Perron et arriva à des conclusions différentes'. Quelques années plus tard, Launoi ^ et Quesnel ^ adoptèrent, non sans les étendre, les vues présentées par de Marca ''. D'un autre côté, Lupus ^ et les frères Ballérini combattirent Quesnel qui fut défendu par Dupin ^ et Tillemont'^. Il y eut donc dans l'Eglise deux écoles qui voyaient les mêmes faits sous deux angles différents et s'accusaient réciproquement de fausser le sens des textes^. Le débat qui, sous la plume de de Marca, avait presque exclusivement pour objet les affaires d'Eutychès, de Flavien, deThéodoret et de saint Chrysostome, s'élargit de bonne heure et engloba tous les appels à Rome. Ecoutons d'abord le plaidoyer de l'école critique; nous entendrons ensuite la réponse des théologiens dévoués au saint-siège.
Le premier jugement dont l'histoire ait gardé le souvenir fut prononcé contre Marcion^. Cet homme, condamné par son père, qui était évêque en Asie, se réfugia à Rome. Bellarmin a vu ici le plus ancien exemple d'appel au pape. Il se
1. De concordia sacerdoiii eùimperii, lib. 7, Paris, 1701, p. lOôOetsuiv.