Mahca, cap. 1, 3, p
hommes, dont l'un au moins, Fortunat, était évêque, après avoir été excommuniés par saint Cyprien pour leur doctrine, cherchèrent à Rome une défense ; mais ils ne purent obtenir satisfaction, attendu que le pape Corneille refusa de les entendre. Saint Cyprien, de son côté, flétrit leur tentative par ce principe : '( 11 a été décidé par nous tous, conformément à la justice et à l'équité, que la cause sera jugée là où le crime a été commis. D'ailleurs chaque pasteur a reçu une portion du troupeau qu'il doit gouverner, en se rappelant qu'il aura à rendre compte à Dieu de son gouvernement. Nos subordonnés ne doivent donc pas courir ici et là pour semer la discorde parmi les évêques... à moins que les évèques d'Afrique n'aient pas une autorité suffisante pour ces esprits égarés... » Voilà le langage de saint Cyprien. Aurait-il pu le tenir, s'il avait reconnu à Rome le droit de reviser les décisions des conciles provinciaux? Et qu'on ne dise pas que saint Cyprien interdit les appels aux prêtres seuls et non aux évêques. D'abord la formule dont il se sert ne fait aucune distinction. D'ailleurs si Félicissime n'était peut-être que prêtre, Fortunat à coup sûr était évêque. Qu'on ne dise pas non plus que Fortunat n'est pas allé à Rome, car s'il n'y est pas allé en personne, il a au moins chargé des délégués de l'y représenter.
Passons à l'affaire de Marcien d'Arles '. Saint Cyprien a-t-il demandé à Etienne de déposer cet évêque et d'en nommer un autre à sa place? Non. Il a dit que Marcien, grâce à son attachement avéré aux doctrines novatiennes, s'était mis luimême hors de l'Église. Dans sa pensée, le rôle d'Etienne se bornait à faire connaître cet état de choses aux évêques gaulois et au peuple d'Arles. L'évêque de Lyon Faustin et ses collègues du midi de la Gaule souffraient avec peine de voir l'église d'Arles gouvernée par un hérétique. Seulement ils n'osaient procéder contre lui sans être sûrs d'avoir l'appui des sièges les plus importants comme Rome et Carthage. Ils avaient donc dans ce but écrit à Etienne et à Cyprien. Ce dernier presse Etienne de rassurer les évêques gaulois et de les
1. Makca, cap. 1. 5, p. 1001 (voiraussi I, 10); Quesnel, disserL 5, pars. 1, cap. 14, p. 481 ; Dupix, p. 148.
270 LA PRIMAUTÉ DE l'ÉvÊQUE DE ROME.
pousser à agir. Ce sont eux qui doivent déposer Marcien et lui donner un successeur. L'intervention du pape, telle que la conçoit saint Cyprien, se réduit à leur faire savoir que le moment est, en effet, venu pour eux de prendre une mesure énergique et que Thérétique Marcien ne rencontrera d'appui ni à Rome ni à Carthage.
Nous retrouvons la même doctrine dans l'affaire de Basilides et de Martial '. Ces deux éveques espagnols ont été déposés par leurs collègues pour crime d'hérésie, et .des successeurs ont été nommés àleurplace. L'un d'eux, Basilides, s'est rendu à Rome, a trompé Etienne qui lui a donné des lettres de communion; puis, fort de ces lettres, il est revenu dans sa ville épiscopale pour y reprendre son siège. Les Espagnols embarrassés consultent Cyprien. Celui-ci leur répond que Basilides a été justement déposé, qu'il s'est rendu coupable d'un nouveau crime en extorquant à i^^tienne des lettres de communion, et qu'on ne doit tenir aucun compte de l'acte d'Etienne. Le saint évêque de Carthage aurait-il pu donner une pareille réponse, s'il avait reconnu à Rome le droit de reviser les jugements des conciles provinciaux? On dira peut-être qu'il a rejeté la sentence d'Etienne parce qu'elle lui paraissait viciée par une erreur de fait. Mais cette réponse ne supprime pas la difficulté. Quand un juge s'est trompé, on a le droit de l'éclairer, mais on doit provisoirement lui obéir : toute sentence même injuste a, au moins, un effet suspensif. L'attitude de saint Cyprien prouve qu'il ne reconnaissait à la décision d'Etienne aucune valeur juridique. Et les Espagnols ne pensaient pas différemment; autrement, ils auraient interjeté appel auprès du pape P^tienne lui-même, ils ne se seraient pas adressés à saint Cyprien.
Vers le milieu du troisième siècle ^, Denys d'Alexandrie fut accusé à Rome de reléguer le Fils au rang des créatures, mais il se justifia de cette accusation et écrivit un livre pour sa défense. On a cru voir dans ce fait la preuve que les évêques
1. Makca, cap. 1, 4, p. 1060; Qlesnei., diss. 5, pars. 1, cai>. 15. p. 185: DuiMN, p. 152.