Fyp. 13 et 44, M. 54, 823 et
été remise au pape, elle s'adressait à toute l'Eglise d'Occident dont le pape était le représentant. Qu'on n'objecte pas non plus que Léon a déclaré nul le brigandage d'Ephèse et qu'il n'a jamais cessé de considérer Flavien comme évêque. 11 a tenu Flavien pour évêque, parce qu'il a constaté la nullité juridique du brigandage d'Ephèse, et il a constaté cette nullité parce qu'elle était un fait palpable. Rien de tout cela n'autorise à conclure que le pape s'est érigé en juge, qu'il a instruit à nouveau le procès de Flavien et qu'il a rétabli cet évêque sur son siège. D'ailleurs, nous lisons dans une des lettres du pape à Théodose : « Nous vous supplions de laisser toutes choses dans l'état où elles étaient avant le jugement [le brigandage d'Ephèse) jusqu'à ce qu'un plus grand nombre d'évêques soient rassemblés de tout l'univers. » On doit donc reconnaître que saint Léon s'est borné à tenir pour non avenues les décisions du brigandage d'Ephèse, et qu'il s'en est remis au concile général du soin déjuger Flavien.
Victime, comme Flavien, du brigandage d'Ephèse, Théodoret écrivit à saint Léon une lettre dans laquelle on lit ce qui suit : « J'attends l'avis de votre siège apostolique; je prie et supplie Votre Sainteté de me prêter secours, à moi qui en appelle à votre jugement juste et droit... Je vous demande avant tout de me dire si je dois acquiescer à l'injuste déposition qui m'a été infligée. » Voilà bien, dira-t-on, l'appel au saint-siège; soit. Mais parcourons les autres lettres de Théodoret. Il écrit au prêtre René : « Je prie Votre Sainteté de persuader à votre très saint et bienheureux archevêque (Léon) d'user de son autorité et de me mander à votre concile. » Il écrit au patrice Anatole : « Je prie Votre Grandeur de m'obtenir de l'auguste empereur la grâce d'aller en Occident pour y être jugé par les évêques chers à Dieu. » Il écrit à l'évêque Florent (d'ailleurs inconnu) de prendre sa défense. Et l'impression qu'on emporte de ces textes, c'est que le vénérable évêque de Cyr avait hâte d'être autorisé par l'empereur à aller en Occident se justifier devant un concile d'évêques de l'Église latine, qu'il attendait sa réhabilitation, non pas du pape seul, mais de l'Occident tout entier.
Dira-t-on que, de fait, Théodoret fut rétabli sur son siège par saint Léon? Ici encore, il ne faut pas être dupe d'appa-
278 LÀ PniMAUTK DE l'ÉvÈQUE de ROME.
rences trompeuses. Sans doute, on lit bien dans une lettre de saint Léon ^ : « Béni soit notre Dieu, dont la vérité invincible a montré que vous étiez pur de toute tache d'hérésie, conformément au jugement du siège apostolique n. Sans doute encore, on lit dans les actes du concile de Chalcédoine que Léon a rendu à Théodoret son épiscopat. Mais, d'autre part, quand les légats du pape prirent la défense de Tévêque de Cyr devant le concile de Chalcédoine, ils ne firent mention d'aucun décret synodal, d'aucune sentence rendue en faveur de la victime de Dioscore, ils se bornèrent à dire que le pape avait maintenu Théodoret dans sa communion. Et le concile de Chalcédoine lui fit subir un examen doctrinal, à la suite duquel il le rétablit sur son siège. On doit donc conclure que Tarrêt du brigandage dEphèse frappant Théodoret fut cassé non à Rome, mais à Chalcédoine.
En résumé personne, pendant les cinq premiers siècles, n'a reconnu au pape le pouvoir de faire la loi aux églises étrangères à sa province ; personne ne lui a reconnu le droit de casser les jugements des conciles provinciaux. Les canons de Sardique eux-mêmes, qui autorisaient Tévêque de Rome non à juger par lui-même les causes contestées, mais à les faire reviser, les canons de Sardique eux-mêmes, ne furent jamais admis en Orient; et l'église d'Afrique, à qui le pape Zosime les fit connaître pour la première fois, cessa de les prendre en considération le jour où elle apprit que l'Orient les ignorait. La législation contentieuse était réglée par le cinquième canon de Xicée qui — conformément à un usage déjà ancien — faisait du concile provincial un tribunal sans appel. Et l'afTaire d'Apiarius confirme puissamment cette assertion.
On devine que l'école critique s'étend longuement sur laffaire d'Apiarius dont on vient de faire mention ', Elle se plaît à observer que le concile de Carthage de 419 respecta les prétendus canons de Nicée que Rome venait de leur envoyer et accorda provisoirement au pape le droit de recevoir les appels des évêques ; mais que le concile do 426, édifié sur la valeur des