‹ Histoire de la théologie positive (volume 2)Chapitre 264 sur 371 · Ephl. ad Voellum · texte numérisé non relu

Ephl. ad Voellum

pontife romain lui-même. Or TEglise romaine ne doit pas être identifiée avec le pontife romain ; et la preuve, c'est que l'Église romaine ne meurt pas quand le pape meurt. Bellarmin apporte le texte de Théodoret, comme s'il était un commentaire de super hanc petram. Il trompe ou il se trompe. Quand Théodoret commente la promesse de la petra^ il identifie la petra^ tantôt avec les apôtres, tantôt avec la confession de Pierre, tantôt avec le Christ. Dans l'endroit en question, il ne commente rien. Il parle, non pas du pape, mais du siège de Rome. Il dit que ce siège s'est maintenu dans le passé à l'abri des hérésies. C'est simplement un fait qu'il constate, et Bellarmin transforme indûment le fait en droit, en faisant dire à Théodoret que le siège romain ne peut pas errer. Ajoutons que, d'après la traduction de Sirmond, Théodoret n'a pas dit : « Le siège de Rome régit les églises de tout l'univers » ; mais qu'il est le premier de tous les sièges. Or on ne doit pas confondre la préséance avec le gouvernement. Bellarmin a tort de nous présenter saint Jérôme comme un défenseur de l'infaillibilité pontificale. 11 oublie ce que ce saint docteur a dit dans sa Chronique et dans son De viris de la chute du pape Libère. Quant à saint Augustin, ce qu'il appelle la pierre contre laquelle l'enfer ne doit pas prévaloir, c'est le siège romain et non le pape. Le texte de Gélase est en dehors de la question pour deux raisons : d'abord, parce qu'il n'est pas destiné à commenter \di petra de l'évangile ; ensuite parce qu'il n'y est pas question d'enseignement ni d'infaillibilité. Du reste, lui aussi parle du siège apostolique et non du pape. De même les textes de saint Grégoire ne parlent pas du pape, et l'un d'eux ne commente pas le super hanc petram. »

Fallait-il donc renoncer à prouver l'infaillibilité pontificale par le texte super hanc petram P Les théologiens ne le pensèrent pas. Les objections accumulées par Launoi étaient confinées, en tout état de cause, sur le terrain patristique. A supposer que les révélations du farouche docteur gallican eussent enlevé toute valeur aux efforts tentés pour tirer à- l'aide des Pères l'infaillibilité pontificale du célèbre texte de saint Matthieu, la discussion rationnelle de la petra gardait, elle au

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moins, toute sa force. On continua donc d'expliquer, à la suite de Bellarmin, que les portes de l'enfer qui, selon les promesses du Sauveur, ne doivent jamais prévaloir contre l'Eglise, ne pourront non plus jamais prévaloir contre son fondement qui est Pierre, c'est-à-dire le pape, et que, par conséquent, le pape doit être infaillible '. Bien plus, la discussion patristique ellemême delà petra résista aux coups que Launoi lui avait portés. Nous retrouvons chez les théologiens infaillibilistes des dixhuitième et dix-neuvième siècles les références patristiques signalées par l'auteur des Controverses^ notamment le texte de saint Augustin "qui dit, en parlant du siège apostolique : Ipsa est petra quam non vincunt superhae inferoi^um portae. Nous retrouvons même chez eux le texte d'Origène que Bellarmin n'a pas inventé, comme l'en accusait Launoi, mais qu'il a seulement modifié ^.

Un mot encore sur l'interprétation rationnelle du super hanc petram. On a pu remarquer que l'argumentation de Bellarmin a pour point de départ l'identité de X^petra avec l'apôtre saint Pierre et, par voie de conséquence, avec les successeurs de cet apôtre. Or, Ballérini, on s'en souvient, rejetait cette identité et estimait que le super hanc petram devait s'entendre de la confession ou, si l'on veut, de la foi de saint Pierre. Cette interprétation ne permettait pas d'utiliser l'argument de Bellarmin. Ballérini le remplaça par l'argument suivant : « Le Christ ayant voulu construire son Eglise sur la foi de Pierre, dont il abandonna le dépôt au siège de Rome et qu'il transmit à ses successeurs, le Christ, dis-je, donna à cette foi la solidité d'un roc contre lequel les portes de l'enfer ne sauraient prévaloir, et cela pour assurer la solidité à l'édifice bâti sur cette foi. De plus, l'édifice étant appelé à

1. Giu';goireXVI, Triomphe du Saint-Siège et do V Église, '2., dans les Démonsirations évangéliques, de Migiie, 10. 842; Perrone, Traclalus de locis Iheologicis, sectio, 1, M. 783.

2. Grégoire XVI, Triomphe du Saint-Siège et de V Église. 3, cite Origène, saint Léon et saint Grégoire. Le texte de saint Léon qui n'est pas dans Bellarmin est tiré du sermon 3, 3 (3L 54. 14G). Après avoir cité le Tu es Petrus, le pape ajoute : « IManet crgo dispositio veritatis et beatus Petrus in accepta fortitudinc pctrae porseverans, suspecta Kcclesiae gubernacula non reliquit ». L'auteur commente longuement ces trois textes.

durer toujours, il fallait attribuer à cette foi une solidité perpétuelle, non seulement pendant la vie de saint Pierre, mais encore sous ses successeurs ...'» On le voit, selon Ballérini, le pape est infaillible, en tant que dépositaire de la foi de saint Pierre dont l'enfer ne peut pas triompher. Grâce à ce biais, le savant théologien de Vérone put apporter ici les commentaires patristiques qu'on a déjà rencontrés ailleurs et qui entendent la petra de la foi de saint Pierre. Ces Pères vinrent ajouter leurs noms à la liste dressée par Bellarmin et attestèrent que le super hanc petram contenait l'infaillibilité pontificale.

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