ARTICLE IV. PREUVE PATRISTIQUE
Bellarmin termina sa démonstration de l'infaillibilité pontificale par deux preuves empruntées à l'expérience -. Il nota
1. Epht. ad Formenlinuii}, 5. 8. La moitié de sa lettre consiste dans une liste de textes où les papes appellent les évèques « coepiscopi ». Launoi conclut de là que les papes ne se sont pas considérés comme les seuls pasteurs de l'Église.
2. PiGHi, Hierarchiae ecclesiasticae assertio, 4. 6, p. IGO (Cologne, 1558), après avoir déclaréqu'il renonce à faire appel à l'Écriture que les héréti(|ues tirent toujours à eux, présente les preuves patristiques suivantes de l'infaillibilité : le Formulaire d'IIormisdas signé par les évèques d'Orient, pour lequel il renvoie au chap. 5 (Voir ici p. 301): le texte de saint Irénée ad hanc enim Ecclesiam (voir ici p. 236); les fausses décrétales de Lucius et de Félix (p. 291); une autre fausse décrétale du pape Eusèbe qui utilise, comme les deux précédentes, le texte d'Agathon; la lettre de saint Jérôme à Damase (ici p. 303): un extrait de la lettre des évèques de Tarragone au pape Ililaire où se trouve un éloge du siège
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d abord que les églises patriarcales de Constantinople, d'Alexandrie, dWntioche, de Jérusalem avaient eu des évêques hérétiques, tandis que Rome avait été préservée de ce malheur et qu'on n'avait jamais vu chez elle ni un Macédonius, ni un Nestorius, ni un Dioscore, ni un Paul de Samosate, ni un Macaire, ni un Eutychius. 11 nota ensuite que les papes avaient condamné, en dehors de tout concile, les hérésies de Pelage, de Priscillien, de Jovinien, de Vigilance, etc. ; et que les autres églises du monde catholique avaient adhéré à leur jugement. Dans le premier de ces faits, il reconnut le résultat providentiel de la prière rogavi pro te. Le second lui apparut comme la preuve de l'ascendant doctrinal exercé par l'évêque de Rome. L'un lui offrit la preuve de l'infaillibilité du pape; l'autre la preuve delà croyance à cette infaillibilité \
Telle est la démonstration patristique de l'infaillibilité pontificale que nous a laissée Bellarmin. Démonstration sommaire, à coup sûr, si on la compare à celles que nous lisons dans d'Aguirre , Orsi, Ballérini, Petitdidier et les autres adversaires du gallicanisme. A partir de la Déclaration de 1682, les théologiens dévoués au Saint-Siège fouillèrent l'histoire ecclésiastique ainsi que les écrits des Pères, et ils recueillirent une ample moisson de faits ou de textes dans lesquels le dogme de l'infaillibilité était plus ou moins nettement exprimé. Ils rapportèrent, par exemple, le texte Ad hanc enim Ecclesiam de saint Irénée ; cet autre de saint Jérôme dans sa lettre à Damase : Super illam petram aedificatam Ecclesiam scio; quicumqiie extra hanc domiun comederit agniun prophanus est; si quis in arca Noë non est peribit régnante diluvio; cette réflexion de saint Augustin sur l'hérésie pélagienne : Jam enim de hac causa Pelagii atque Coelestii duo concilia missa sunt ad sedem apostolicam, inde etiam rescripta çenerunt, causa finita est. Ils firent également valoir la célèbre lettre d'Agathon, qui déclare qu'en
apostolique : « inde responsa quaerentes, uiicle nihil errore, nihil praesiimptione, sed pontificali totum deliberatione praecipitur » (.M 58. 15); une lettre de l'empereur Justinien au pape Jean II (voir ici p. 238). 1. De romano pontifice, 5. 3.
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vertu de la prière rogavi^ la foi est toujours restée pure et immaculée sur le siège apostolique ; la lettre de saint Bernard à Innocent II ; les nombreuses consultations dogmatiques demandées à Rome; le Formulaire d'Hormisdas, que les évêques d'Orient durent souscrire pour rentrer en communion avec Rome, et dans lequel on lisait ces mots : In sede apostolica immaculata est semper catholica reservata religio et sancta celehrata doctrina. Mais il est facile de remarquer que la plupart de ces faits ou de ces textes ont été utilisés ailleurs par Bellarmin, notamment dans la démonstration de la primauté du pape ^ . Les acquisitions que la preuve patristique de l'infaillibilité pontificale a faites depuis Bellarmin tiennent donc avant tout à un procédé de déplacement. Exception doit être faite pour le Formulaire d'Hormisdas et le causa finita est de saint Augustin que l'auteur des ContJ'Oi>erses avait négligés.
Du côté des gallicans, on travailla à enlever toute portée à celles des attestations patristiques qui étaient le plus souvent invoquées par les partisans de l'infaillibilité. Launoi consacra Ir Lettre à Vaj'illas à ce travail de destruction^. Dupin y fit servir une des dissertations de son De antiqua Ecclesiae disciplina^. Les théologiens de ce parti enseignèrent que le pape Agathon avait appliqué son illibata fide tenus permanet, non pas au pape, mais à l'Eglise romaine considérée dans son ensemble et que telle était aussi la pensée de saint Bernard quand il écrivait à Innocent II : ubi non possit fides sentir e defectum. Quant à la déclaration de saint Jérôme, Dupin expliqua que le saint docteur de Bethléem écrivant au pape Damase avait cru devoir faire quelques sacrifices à l'exagéra-
1. Et aussi dans les thèses qu'on vient de lire, p. 291. Voir : Muzzarelli, V Infaillibilité du pape, trad.p. 213 et suiv. au tome 4 des opuscules; Gré- (iOHJE XVI, Triomphe. ..y p. 875 et suiv.; Bouix, Tractatus de papa, pars 2 sect. I (Paris, 1869, t. 1, 305 et suiv.).
2. Epist. ad VariUaum, 5. 2. Launoi commence par prouver que les textes de Lucius et de Félix sont apocryphes. 11 cherche ensuite à enlever aux autres textes la portée que Bellarmin leur donne.
3. De antiqua Ecclesiae disciplina, dissert. 5, cap. 2 (Coloi^no, 1091, p. 374).
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tion et à la flatterie'' et que d'ailleurs son langage désignait simplement Rome comme le centre de la communion chrétienne, sans toucher à la question de l'infaillibilité doctrinale-. Mais ce fut contre le texte de saint Augustin que se tournèrent surtout les efforts des docteurs 'gallicans. Comment faire pour ruiner l'interprétation ultramontaine du causa finita est? Dupin et Bossuet abordèrent ce problème. Voici la solution que donna l'auteur de la Defensio ^ : « Saint Augustin a eu raison de dire que (les rescrits venus du siège apostolique et approuvant la condamnation portée contre les pélagiens par deux conciles d'Afrique) mettaient fin à la cause. On ne doit pas, en effet, agiter l'univers et réunir des conciles généraux pour n'importe quelle question. Ces moyens extrêmes ne doivent être employés que dans les cas où ils sont indispensables... Le tribunal de Pierre est le plus élevé de tous ceux qui sont en permanence dans l'Eglise. Le concile œcuménique ne siège pas à l'état permanent. Il ne se rassemble que pour des cas très rares... On n'a recours à lui que pour dénouer des affaires embrouillées... En dehors de ces circonstances exceptionnelles, causa finita est : c'est la solution commune et régulière... C'est ainsi que, dans l'affaire d'Eutychès, saint Flavien écrivit à saint Léon qu'un concile n'était pas nécessaire et que la sentence du pape suffirait pour tout ré-
1. De anliqua Ecclesiae disciplina, p. 3G1J. Voir encore Launoi, Epist. ad Brossam, 5. 5.
2. On examina aussi les textes desaint Cyrille d'Alexandrie cités par saint Thomas dans son livre Contra errores Graecorum. Melchior Cano déclara (Delocistheolog.,6. 5)que ces textes enseignaient le dogme de l'infaillibilitc' bien plus clairement {mullo evidenlius) que tous les autres. Malheureusement il était impossible de retrouver ces textes dans les œuvres de saint Cyrille. Cano vit dans ce fait une preuve de plus de la fourberie des hérétiques: « Detruncàruntenim haeretici librum illum, et quae in eo ad rom. pontificis auctoritatem pertinebant, haec eraserunt omnia », dit-il. Launoi démontra que tous ces textes étaient apocryphes {Epist. ad Eaurum,l. 1 et 2, ep. ad lialuynum, I. 3, ad Eormentinum, 5. 0). Ce sentiment a ('té depuis lors universellement adopté. Voir Dupin, De antlqua Ecclesiae discipL, p. 372; de Rubeis, Admonilio ad opuscuL priminn (édit. 1754). A la veille du concile du Vatican l'attention fut attirée sur le Contra errores Graecorum à la suite de l'assaut que lui livra Doellinger. Voir la Papauté, XV. fr. Paris, 1904, p. 117 et 340; Gratrv, Deuxième lettre à Varchev. de Matines, Paris, 1870, p. 28.