De romano pontifice, \. II
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et qu'en cela elles s'inspiraient des conseils de la prudence, attendu que ces expressions étaient alors des nouveautés. Ceci fait, il établit que le sixième concile n'avait infligé aucune condamnation aux susdites lettres et que les flétrissures qu'on lit aujourd'hui dans ses actes y avaient été insérées après coup par des faussaires hérétiques. Il donna de son assertion plusieurs preuves. Il fît tout d'abord observer que les Pères du concile n'auraient pu condamner Honorius sans se mettre ouvertement en opposition avec le pape Agathon, qui déclarait, dans sa lettre, que ses prédécesseurs avaient toujours eu soin de s'opposer à l'hérésie et de confirmer leurs frères. « Si Honorius a été hérétique, s'écria l'auteur des Controverses, de quel front Agathon écrit-il qu'aucun de ses prédécesseurs ne s'est trompé et que l'Eglise romaine est demeurée seule pure? Et puis comment le concile a-t-il pu condamner Honorius, lui qui a approuvé cette lettre d'Agathon ? >; Après avoir utilisé la lettre d'Agathon, Bellarmin revint aux lettres d'Honorius ellesmêmes. Elles ne contenaient aucune erreur, elles se bornaient simplement à interdire certaines formules par mesure de prudence. Dès lors le concile n'aurait pu les condamner sans faire preuve d'une imprudence dont manifestement il était incapable. On avait donc là une seconde preuve de l'interpolation des actes du sixième concile. Enfin Bellarmin en trouva une troisième dans le concile romain présidé par le pape ^lartin en 649. Les fauteurs du monothélisme Sergius, Cyrus, Pyrrhus, Paul y avaient été condamnés. Honorius, au contraire, n'y avait été l'objet d'aucune mention. « Ce phénomène, dit l'illustre controversiste, ne peut être expliqué par une acception de personnes, attendu que les Pères des conciles de Rome et surtout Martin leur président étaient de saints personnages. On ne peut non plus le mettre sur le compte de l'ignorance ou de l'oubli, car les écrits d'un pape ne devaient être connus nulle part mieux qu'à Rome. Si donc le concile romain n'a pas condamné Honorius dont il possédait les autographes eux-mêmes et que pouvaient interroger des témoins oculaires et auriculaires, est-il croyable que le sixième concile se soit laissé entraîner à une condamnation? »
Le plaidoyer de Bellarmin et de Baronius offrait de précieux
LA QUESTION d'hONORIUS. 315
avantages. Mais il se heurtait aussi à une énorme difficulté : celle d'expliquer Tinterpolation des actes du concile. Si les évêques réunis en 680 à Constantinople n'ont pas condamne Honorius, par quelle manœuvre a-t-on pu faire croire qu'ils l'avaient condamné? Pour répondre à ce problème, Baronius ' conjectura que l'un des évêques flétris par le concile, Théodore de Pharan, avait effacé son nom et y avait substitué celui du pape Honorius. Mais ici se présentait une formidable objection. A supposer que Théodore eût réellement commis cette monstrueuse fourberie, comment avait-il réussi à la faire accepter par les légats romains ? Comment les représentants du pape Agathon, qui avaient assisté à toutes les séances du concile et que l'on ne pouvait tromper, avaient-ils laissé passer l'insertion frauduleuse du nom d'Honorius sur la liste des hérétiques condamnés? Comment expliquer qu'ils n'eussent pas dénoncé l'imposture à l'empereur, à tous les Pères du concile ? Comment surtout expliquer qu'ils eussent consenti à porter à Rome des actes interpolés et à les remettre au pape Léon II, successeur d'Agathon, sans le prévenir de la fraude? Car Léon II et, après lui, tous les papes ont cru que Honorius avait été condamné, et ils Font cru sur la foi des actes apportés à Rome par les légats. Ceux-ci avaient-ils donc été les complices de Théodore? Avaient-ils donc été ses dupes? L'une et l'autre hypothèses étaient d'une invraisemblance qui touchait à l'impossibilité. Et que mettait-on pour faire contrepoids à cette impossibilité? On objectait que le concile de Rome présidé par le pape Martin n'avait pas condamné Honorius, que le pape Agathon ne l'avait pas condamné davantage et que le sixième concile avait approuvé la lettre d'Agathon. Comme si l'attitude réservée et discrète soit de Martin, soit d'Agathon, n'était pas facile à expliquer? Et comme si, en approuvant la lettre d'Agathon, le sixième concile s'était enlevé le droit d'élucider un point d'histoire prudemment passé sous silence par le pape! Aussi la solution chère à Bellarmin et à Baronius fut-elle à peu près abandonnée par les partisans les plus fermes de l'infaillibilité pontificale. Déjà, avant qu'appa-
1. Baromus, ad ann. 680, 34; 681, 19-34; 682, 3-9; 683, i-^i.
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rut la Defensioy Combefis ^ Garnier-, puis Lupus en avaient fait une critique sévère. Plus tard, Orsi ^, Muzzarelli '' la répudièrent. Et bien que, dans le cours du dix-neuvième siècle, quelques publicistes sans crédit aient essayé de la défendre, on peut dire qu'elle n'est plus prise au sérieux.
Avant Bellarmin, Melcliior Cano ■' avait donné à la question d'Honorius une autre solution. Selon lui, l'auteur des malencontreuses Lettres à Sergius avait réellement été condamné comme hérétique par le sixième concile, et l'on était par conséquent obligé de reconnaître que les susdites lettres contenaient des enseignements opposés à la foi. Seulement Honorius ne les avait écrites que comme docteur privé et l'on ne pouvait rien tirer de ce fait contre l'infaillibilité du pape adressant ex cathedra ses enseignements à l'P^glise universelle. Cette théorie de Cano fut reprise, dans ses parties essentielles, par Thomassin^. Tout en professant que le pape Honorius n'avait donné aucune définition de foi, le docte oratorien s'attacha surtout à prouver que les Lettres à Sergius n'étaient pas des actes ex cathedra et que leur condamnation par les Pères du concile de Constantinople ne portait aucune atteinte à la doctrine de l'infaillibilité. Parmi les considérations qu'il fit valoir pour appuyer sa thèse, la principale était tirée de ce fait que, dans l'antiquité, les papes ne parlaient jamais ex cathedra sans avoir rassemblé et consulté soit un concile, soit au moins un synode romain, tandis que les Lettres à Sergius ne furent précédées d'aucune réunion synodale. Le sentiment de Cano et de Thomassin fut accueilli sans enthousiasme et n'arriva jamais au véritable succès. Non que les partisans lui aient fait complètement défaut ; mais ils furent en petit nombre et peu autorisés. Admettre qu'un pape avait été solennellement taxé d'hérésie même comme docteur privé, c'était trop pour les
1. Illslorla haeresis monoilielHariun, dissortatio apologctica pro actis scxtae synodi, cap. 2, surtout g 5 (Paris, 164^, ]). 110.
2. Ad librum diurnum, dissert. 2. 38 et suiv. Miiiuo. P. L. 105. 151.