‹ Histoire de la théologie positive (volume 2)Chapitre 280 sur 371 · Defensio · texte numérisé non relu

Defensio

5. De romano pontifice, 4, 8 à 10 et 12 à 14. Cependant il entreprend parfois de prouver que tel ou tel pape n'a pas commis l'erreur dont on l'accuse.

ERREURS COxMMISES PAR LES PAPES. 323

pape s'est en effet trompé, mais il n'a pas enseigné l'erreur e:r cathedra. Voici, par exemple, comment il résout le cas de Jean XXII: « Jean a cru à l'ajournement de la vision béatifique, à une époque où ce sentiment pouvait être soutenu sans péril d'hérésie, attendu qu'aucune définition de l'Église n'était encore intervenue. Jean voulut définir la question, mais il mourut au cours des préparatifs de la définition, comme l'atteste Benoît XII, son successeur. » Voici, d'autre part, ce qu'il dit au sujet de Nicolas : « Nicolas a exposé, comme docteur privé, son opinion au sujet de la forme du baptême, mais il n'a pas donné une définition de foi... » La décision d'Innocent III relativement au secret de la confession lui était inconnue ; autrement on peut penser qu'il l'eût traitée de la même manière. Seule la question de Libère le retint quelque temps. Appuyé sur les témoignages de saint Athanase, de saint- Hilaire et de saint Jérôme, il reconnut que Libère avait failli un instant dans la défense de la foi, mais sans tomber dans l'hérésie et sans l'enseigner. « Sans doute, dit-il. Libère a commis deux fautes : l'une en souscrivant à la condamnation d'Athanase, l'autre en acceptant la communion des hérétiques. Mais il n'a violé expressément la foi par aucune de ces fautes. En effet, bien que les hérétiques poursuivissent Athanase à cause de sa foi, ils ne l'attaquaient cependant pas ouvertement sur ce terrain, mais ils prenaient pour prétexte ses mœurs. Libère condamna donc le grand docteur à cause des crimes dont il était accusé et non à cause de sa foi. D'autre part, le pape ne communia avec les hérétiques que parce que ceux-ci feignaient d'être catholiques. » En terminant, Bellarmin avoua que, si Libère n'avait pas renié la foi expressément, il l'avait reniée « interprétativement » : cette distinction lui permit, tout en maintenant l'orthodoxie du pape, de tenir compte du jugement de saint Jérôme qui accusait l'infortuné pontife d'avoir souscrit à l'hérésie.

La dissertation de Bellarmin parut dénuée de toute valeur à Bossuet qui, sans la prendre en considération, lança conti^e les , papes les accusations d'hérésie qu'on a lues plus haut. Mais l'auteur de la Defensio se fit illusion, s'il crut que ses

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révélations jetteraient le trouble dans l'école infaillibiliste. On estima que les solutions de Bellarmin avaient résisté à l'assaut violent qu'il leur avait livré et, quand on lui répondit, ce fut à l'aide des Contros>erses qu'on se documenta. Mais, le plus souvent, on ne prit pas la peine de relever ses allégations, de les discuter ; on se contenta de faire observer, d'une manière générale, que les erreurs imputées aux souverains pontifes, ou bien n'étaient pas historiquement prouvées, ou bien n'avaient pas le caractère d'actes accomplis ex cathedra. Libère fut le seul — avec Honorius — pour lequel on crut nécessaire d'instituer une défense ^ . Et cette défense fut généralement celle que Bellarmin avait présentée. Parfois cependant on suivit une autre voie ^. On expliqua que la pré tendue chute de ce pape était une invention des ariens, et que saint Hilaire ainsi que saint Athanase qui la racontaient, avaient été induits en erreur par des rapports mensongers ^.

1. Voir cependant Ballérim, De vi ac ralione primalus, 15. 10.

2. Oksi, Hlstor. eccL, 14. 72; Ballérim, De vi ac ratione primatus, 15. 8.

3. Un mot sur la condamnation de Galilée, qui a été si souvent exploitée contre le saint-siège. Voici les principaux systèmes de défense présentés l)ar les apologistes : 1» L'hypothèse de la rotation de la terre autour du soleil est fausse. Rome, en condamnant Galilée, a donc défendu les droits de la vérité. C'est la thèse soutenue en 1851 par de Bonald qui, on doit le reconnaître, n'a trouvé aucun écho. — 2' Galilée a été condamné, non pas parce qu'il enseignait la rotation de la terre, mais parce qu'il voulait faire proclamer ce système comme article de foi, on du moins que le pape le déclarât fonde sur la Bible. C'est la thèse de Mallet-Dupan qui a été adoptée, avec des nuances, par Bérault-Bercastel, Bergier, Feller, de Maistre, Rohrbacher, Henrion, Barthélémy, Marini, Madden, etc., qui, en d'autres termes, a eu une vogue immense. — 3" Galilée prétendait que le soleil est immobile; or le soleil s'avance vers la constellation d'Hercule ; donc, Rome avait la vérité pour elle. C'est la thèse de Valson. — — 4° A l'époque de Galilée, la théorie de la rotation do la terre n'était pas suffisamment démontrée et, comme telle, était dangereuse ; en la condamnant, Rome a fait acte de prudence et a rendu service à la science. C'est la thèse de Reumont, Alzog, Iloeller, etc. — 5« Galilée a été injustement condamné, mais sa condamnation n'est imputable qu'aux congrégations romaines et non au pape. C'est la thèse do Bouix. — G" Injuste et souverainement regrettable, la condamnation do Galilée engage la responsabilité de deux papes qui, du reste, n'ont pas agi ex cathedra. C'est la thèse de Martin reprise récemment par Vacandard dans Éludes de critique et d'histoire religieuse. Pour les références, voir Martin, Galilée, Paris, 1868, p. 175, 31» 1 et suiv.

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