De baptismo, 5, 36 : « ahstinendos putaverat
332 l'infaillibilité du pape.
ne devait pas agir contre sa conscience. Or son ignorance semble n'avoir été ni crasse ni affectée, mais au contraire appuyée sur des raisons sérieuses, puisqu'il savait que le pape n'avait donné aucune définition de foi et qu'il se voyait appuyé par quatre-vingts évoques... D'autre part, il semble avoir péché mortellement en transgressant un ordre pontifical formel... Bien que le pape, en effet, n'ait formulé aucune définition de foi, il a néanmoins défendu sévèrement de rebaptiser les hérétiques, et saint Cyprien qui nous fournit lui-même ce renseignement dans sa Lettre à Pompée, devait obéir au pape. » Quelques disciples de Bellarmin estimèrent que leur maître avait jugé l'attitude de saint Cyprien avec plus d'indulgence que de justice. Ils accordèrent donc que le saint évêque de Carthage avait ignoré le dogme de l'infaillibilité pontificale. Ils firent, du reste, remarquer que ce fait n'avait rien qui dût surprendre. Car enfin, dirent-ils, l'ignorance des conditions requises à la validité du baptême est plus grave que l'ignorance de toutes les prérogatives de la papauté. Or, de l'aveu de tous, le saint docteur de Carthage s'est fait une idée inexacte des causes qui rendent le baptême invalide. Dès lors, pourquoi s'étonner qu'il n'ait pas connu le dogme de l'infaillibilité pontificale? D'ailleurs on a tout lieu de croire que saint Cyprien et ses partisans se sont rétractés dans la suite K Ainsi parlèrent d'Aguirre et quelques autres. Hàtons-nous d'ajouter que ce sentiment réunit peu d'adhésions. On resta plus généralement fidèle à Bellarmin. Ou plutôt on alla plus loin que lui dans la voie de l'indulgence. L'auteur des Controç^erses, tout en rejetant l'existence d'une définition ex cathedra, croyait que le conflit qui séparait saint Etienne de saint Cyprien était d'ordre dogmatique. On en fit une question purement disciplinaire. On expliqua que saint Cyprien, saint Firmilien — on ajouta même quelquefois saint Etienne — s'étaient placés uni- . quement sur le terrain de la pratique. On ajouta que, plus tard, le concile d'Arles, le concile de Nicée et saint Basile jugèrent la question du baptême des hérétiques au même point de vue. Et ce sentiment, soutenu avec quelques nuances par Thomas-
1. D'Agliuke, JJefensio calhcdrae sancli Pelri. disput. 41, n. ô.
SAINT CYPRIEX ET L INFAILLIBILITE. 333
sin ^ et Noël Alexandre ^, se répandit, non seulement au sein de l'école infaillibiliste, mais dans l'Église gallicane elle-même qui s'y rallia presque tout entière ^. Diverses preuves servirent à l'appuyer. Le pape, dit-on, a bien prescrit ce qu'il fallait faire, mais non ce qu'il fallait croire ; donc il n'a voulu porter qu'un règlement disciplinaire. Saint Cyprien, tout en rejetant le baptême des hérétiques, a déclaré qu'il ne romprait pas la communion avec les évêques qui décideraient autrement : donc il se confinait, lui aussi, dans le domaine de la discipline; autrement il n'eût pas déployé un pareil libéralisme. Et, pour donner à cette opinion un supplément de vraisemblance, on fît observer, à la suite de Bellarmin, que le pape Etienne n'avait pas en réalité excommunié saint Cyprien; que, du moins, l'expression du saint évêque de Carthage abstinendos putai supposait de simples menaces, et que saint Firmilien, qui parlait d'une vraie excommunication, avait sans doute exagéré.
On a dit que les représentants de l'Église gallicane étaient presque tous d'accord à renfermer dans le domaine de la discipline la querelle baptismale du troisième siècle. 11 y eut quelques dissidents. L'un d'eux doit être nommé : c'est Bossuef*. Quand il fut arrivé au conflit qui avait divisé saint Cyprien et saint Etienne, l'auteur de IdiDefensio fît en ces termes le procès à l'auteur des Controverses ■^ : « Bellarmin prétend que le pape Etienne n'a donné aucune définition de foi. Il reconnaît pourtant que le souverain pontife a défendu de réitérer le baptême donné par les hérétiques et qu'il a cru devoir excommunier
1. Thomassin. Dlssertationes in concilia, 2, 30 à 48, dans ]M. 3, 1235-
2. In saec, 3, dissert. 12, art. 4. Voir aussi Coustant, Disserlatio, dans Migne, P. L. 3, 1249, surtout n. 32. Selon Coustani, saint Cyprien a traité la question du baptême comme une affaire disciplinaire, mais Etienne l'a traitée comme une affaire dogmatique.
3. Voir Aucloritas pontificia, dans Migne, P. L.S, 1313 où sont énumérés les partisans de cette opinion. Toutefois l'auteur a mis sur sa liste plusieurs noms qui ne devraient pas y être.
4. Avant Bossuet, Launoi avait réfuté Bellarmin et, avec lui, Pighi ainsi que Becan, dans Epist. ad Bevilaquam, 8, 15, On lit dans cette lettre que l'assertion émise par saint Jérôme dans son dialogue Adv. Lucifer, a été rétractée plus tard tacitement par ce même docteur.