‹ Histoire de la théologie positive (volume 2)Chapitre 288 sur 371 · Defensio, pruevia dissertatio · texte numérisé non relu

Defensio, pruevia dissertatio

2. De statu Ècclesiae et de légitima pofestate rom. ponti/Icis, 6, 9, n. 1 et suiv.

3. L'Anti-Fébronius, trad. par Peltior (Paris, 1860), t. 3, 41G ot suiv. Pour prouver que la question ôtait port('e sur le terrain dogmatique, Fébronius, comme Bossuet, note que Cyprien appuie son sentiment sur la sainte Écriture et qu'il déclare le baptême des liénHiques invalide. Zaccaria (p. 423) répond que, quand on veut « connaître sûrement si une question appartient à la discipline ou si elle appartient au dogme, on ne doit pas examiner sur quels fondements s'appuient ceux qui cherchent à la résoudre soit dans le sens affirmatif, soit dans le sens négatif, ou quelles conséquences les uns et les autres veulent faire ressortir de l'opinion qu'ils combattent ». Ce qui à ses yeux tranche la question et prouve péremptoirement que le débat était porté sur le terrain disciplinaire, c'est que saint Cyprien met en avant la « coutume ».

4. De vi ac ratione primatm rom.pontifici(m,\3, 3, dans le Theolog. cursus completus de IMigne, 3, 1040.

5. Triomphe du Saint-Siège et de V Église, ch. 20, dans les Démonstrations évangéliques de IMigne, 10, 997.

6. IMissoRi, In duas célèbres epistolas Firmiliani et Cypriani disputationes criticae (Venise, 1733); IMolkenbuhr, Binae dissertationes de Firmiliano (dans Migne, P. L. 3, 1357 ; Tizzam, La célèbre contesa fra S. Stephano e S. Cypriano (Rome, 1862) ; Bouix, Tracfatus de Papa, 2, 366 (Paris, 1809).

336 l'infaillibilité du pape.

serait inutile de nous arrêter à exposer les arguments qu'ils firent valoir. Bornons-nous à noter que leur solution était incomplète et que, si elle ramenait saint Cyprien dans le cadre de l'orthodoxie, elle laissait sans solution les textes de saint Augustin.

Tout en exploitant à son profit la controverse baptismale, Bossuet ne s'y enferma pas. Comme s'il eût voulu établir la tradition du gallicanisme, il parcourut du regard l'histoire de l'J^^glise pour y chercher des ancêtres et il dressa la liste de ceux qu'il crut avoir trouvés. Il cita ce texte de saint Basile: « Quel secours avons-nous à attendre de ces Occidentaux superbes et orgueilleux qui ignorent la vérité et ne veulent pas la connaître? Entichés de leurs erreurs, ils suivent la même ligne de conduite qu'ils ont déjà adoptée dans l'affaire de Marcel d'Ancyre. Ils s'opposent à ceux qui leur présentent la vérité et ils travaillent à affermir l'hérésie. » Et, après avoir constaté que, de l'aveu de Lupus tout dévoué au saint-siège, le grand évêque de Césarée s'était attaqué ici au pape Damase ainsi qu'au pape Jules, il dit : « Les reproches que Lupus fait à saint Basile ne méritent pas d'être pris en considération. Ce qui importe, c'est de savoir ce que, de l'aveu de Lupus, saint Basile a pensé, sans qu'on ait, du reste, à chercher s'il a eu tortou raison. Ilest incontestable que le saintdocteur se trouvant en face de deux décrets pontificaux, n'essaie ni de les excuser ni de leur donner une interprétation bénigne, mais qu'il les déclare purement et simplement hérétiques ^ » II cita encore ce mot lancé par l'évêque de Césarée à l'adresse du décret du pape Damase contre Mélèce : « Quand même cette lettre viendrait du ciel, je ne l'accepterais pas, attendu qu'elle n'enseigne pas la vraie doctrine. Je n'admettrai pas à ma communion celui qui l'a apportée. » Et il conclut qu'en fait d'indépendance à l'égard des décrets pontificaux, Gerson pouvait donner la main à saint Basile-.

Après avoir mis le gallicanisme sous le patronage de saint Cyprien, de saint Augustin et de saint Basile, Bossuet descen-

1. Defensio, praovia dissertatio, 65. Voir la lettre t.][),-2 de saint Basile, M.3-2.8'J3.

2. Defensio, loc. cit., 60. Voir la lettre 214. 2 de saint Hasile, M. 23.88.

LES SCOLASTIQUES ET l'iNFAILLIBILITÉ. 337

dit le cours des siècles, et il lui sembla entendre des voix sympathiques en plein moyen âge, à l'époque de la plus grande puissance des papes. Gratien n'avait-il pas dit, dans le canon Si papa, que le souverain pontife ne pouvait être jugé par personne, excepté dans le cas où il serait convaincu d'hérésie? « Voilà donc, s'écria l'auteur de la Defensio, voilà donc le pape reconnu capable de tomber dans l'hérésie! Et qu'on ne dise pas avec Melchior Cano qu'il s'agit ici du pape considéré non pas comme pape, mais comme personne privée. Cette distinction était alors inconnue. Bien plus, Gratien suppose manifestement que le pape peut errer en tant que pape, car, après s'être longuement étendu sur l'autorité des Décrétales, il ajoute : Ceci ne s'applique qu'aux décisions pontificales qui ne contiennent rien d'opposé aux décisions des Pères et aux préceptes de l'Évangile. Et Melchior Cano a été tellement ému de ce texte qu'il a rangé Gratien parmi ceux qui semblent avoir rejeté l'infaillibilité pontificale. ^ »

Gratien ne fut pas le seul à fournir des armes. Bossuet interrogea encore des papes comme Innocent III, de vénérables personnages comme saint Antonin. Denys le Chartreux et saint Colomban, des théologiens éminents comme Pierre d'Ailly, Gerson et Tostat. Tous lui répondirent qu'ils croyaient le pape sujet à l'erreur dans les matières de foi. Bossuet enregistra leurs réponses, non sans quelque complaisance ^. 11 interrogea également saint Thomas d'Aquin. Ici les textes se montrèrent moins favorables ou même quelque peu hostiles. On lisait, en effet, dans la Somme que le souverain pontife a le droit de régler définitivement les questions de foi. Mais Bossuet expliqua que l'on devait sous-entendre « avec l'aide d'un concile et de l'Eglise universelle » ^. Grâce à cette exégèse, le Docteur angélique lui-même put être rangé dans l'armée

1. /9e/6'?is20, appcndix, 1. G. Voir \q Décret de Gratien, pars 1, dist. 40, cap. G. M. 187. 214.

2. Defensio, 10. 11 (textes d'Innocent III); 10. 12 et 13 (textes de Pierre d'Ailly et de Gerson) ; appendix 2. 4 (textes de saint Antonin) ; ibid., 1. 9 (textes de Denys le Chartreux); praevia dissert. 24 (texte de Tostat); 9). 25 (textes de saint Colomban).

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