‹ Histoire de la théologie positive (volume 2)Chapitre 289 sur 371 · Defensio · texte numérisé non relu

Defensio

338 l'infaillibilité du pape.

gallicane. Satisfait des résultats obtenus, le grand évêque de Meaux conclut que la doctrine qui dénie au pape le privilège de l'infaillibilité était l'écho de la tradition et qu'en tout cas, elle pouvait être librement proclamée.

Il va sans dire que les gallicans du dix-neuvième siècle surent mettre à profit les renseignements qu'ils trouvaient dans la Defensio. Sur un point cependant ils abandonnèrent leur chef. On vient de voir que, dans son désir de se procurer de nombreux et illustres ancêtres, Bossuet navait pas hésité à mettre saint Thomas sur la liste des patrons du gallicanisme. Doellinger dut reconnaître que le docteur angélique avait nettement exempté le pape de toute erreur dogmatique dans son opuscule Contra errores Graeconun et que la même attitude se retrouvait aussi dans la Somme théologiqiie. Il déclara, en conséquence, que la doctrine de l'infaillibilité pontificale avait sa source dans les écrits de saint Thomas. Ce fut même par ce fait qu'il crut pouvoir expliquer la faveur avec laquelle la Somme fut accueillie par les souverains pontifes. Néanmoins il ne se dissimulait qu'un génie comme saint Thomas donnait inévitablement du relief à l'opinion qui avait su le conquérir. Pour atténuer l'importance de cette conquête, il raconta que le docteur angélique avait été mystifié par un certain lihellus, œuvre d'un pieux dominicain, dans lequel des textes patristiques fabriqués de toutes pièces attribuaient au pape le privilège d'échapper à l'erreur. Il conclut que le dogme de l'infaillibilité pontificale, qui avait pour premier représentant saint Thomas, reposait sur des textes apocryphes *.

L'enquête historique ouverte par Bossuet causa peu d'émotion dans le parti opposé. Ballérini -, ([ui répondit à l'auteur de la Defensio^ commença par rappeler que le privilège de l'infaillibilité ne s'étend pas à tous les actes pontificaux, mais seulement à ceux qui contiennent des définitions dogmatiques ex cathedra. A la lumière de ce principe, il résolut sans peine les difficultés empruntées à la tradition. « Si quelques Pères, dit-il, ont cri-

1. DoEM.iMiER, La Papauté (trad. iw, Paris, I!H)1) p. lo2etsuiv.

2. Ballkrim, />c vi ac ratione roman, ponti/icum, 15. 10 (Mij;ne, Thcolug. cursua completus, 3, 1223); Id. AppendLv de infalUOiiUale, 12 (loc. cit., p. 1259).

THÈSE DE BALLÉRINI. 339

tiqué des lettres pontificales, ce fait ne soulève aucune objection sérieuse, attendu que les lettres en question n'avaient rien de commun avec des définitions de foi. Tel est le cas notamment des textes de saint Basile cités par Bossuet. Dans ces textes, Basile se borne à constater qu'on ignore en Occident les choses de l'Orient. Il s'est sans doute exprimé avec une certaine vivacité sur le compte des Romains; mais cela tient à ce que, d'accord avec tous les Orientaux, il défendait la cause de Mélèce, tandis que Rome et tout l'Occident tenait pour Paulin. Il n'y a pas plus de raison d'objecter certains écrivains du moyen âge d'après lesquels on ne doit obéir aux souverains pontifes que dans le cas où ils ne prescrivent rien contre l'Évangile ou la foi... Ces textes visent, en effet, des préceptes particuliers pour lesquels les papes ne sont pas assurés de l'infaillibilité. » Ballérini expliqua ensuite que les paroles quelque peu irrespectueuses de saint Colomban à l'adresse du pape ne devaient pas être prises au sérieux. Il ajouta même que Pierre d'Ailly et Gerson, dans leurs attaques contre les souverains pontifes, n'avaient probablement visé que ceux des actes pontificaux qui n'étaient pas ex cathedra; qu'on n'avait pas le droit de les inculper de gallicanisme, et que la vraie doctrine gallicane ne remontait pas au delà de 1682.

Au dix-neuvième siècle, les partisans de l'infaillibilité abandonnèrent assez volontiers la cause de Pierre d'Ailly et de Gerson \ Par ailleurs, on utilisa les observations de Ballérini.

Page 1