Bellarmin, De romano pontlfice
thias et ne lui avaient point conféré de pouvoirs, mais qu'ils avaient laissé Dieu agir ; que saint Paul avait déclaré tenir sa juridiction du Christ et non de Pierre; que les apôtres enfin avaient été élus et investis de pouvoirs par le Christ. Et ces quatre considérations lui parurent démontrer péremptoirement que les apôtres avaient reçu leur juridiction du Sauveur sans l'intermédiaire de saint Pierre. Mais quand il eut à traiter l'origine de la juridiction épiscopale, il prit une autre attitude et déclara nettement que les évêques tenaient leurs pouvoirs du pape ' . Des sept preuves sur lesquelles il appuya cette assertion, six sont d'ordre rationnel et ont pourpoint de départ soit le régime monarchique de l'Église, soit des considérations sur la nature de la juridiction, soit l'analogie avec l'Ancien Testament qui nous montre Dieu prenant une partie de l'esprit de Moïse pour le distribuer entre les soixante-dix vieillards. Seule la septième est empruntée à des témoignages, témoignages qui tous, du reste, à l'exception d'un seul, nous sont déjà connus. Bellarmin fait d'abord appel aux deux textes de saint Innocent : « L'épiscopat et toute Tautorité de ce nom vient de Pierre. — Pierre est l'auteur du nom et de la dignité des évêques. » 11 rapporte ensuite ces mots de saint Léon : « Ce que le Christ a donné aux autres, il le leur a donné par Pierre — Le Seigneur a placé ses dons comme dans la tête, d'où ils se répandent dans tout le corps. »
Il termine — et c'est ici qu'il enrichit la thèse patristique de Lainez — par cette formule dont le saint-siège se sert pour instituer les évêques : « Nous pourvoyons à telle église par un tel; nous l'établissons père, pasteur etévêque de cette église et nous lui en confions l'administration temporelle ainsi que spirituelle, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. »
A partir de Bellarmin, l'opinion qui rattachait la juridiction des apôtres à celle de saint Pierre fut généralement abandonnée. Au contraire, la doctrine qui représentait la juridiction épiscopale comme un écoulement de la juridiction papale acquit une prépondérance de plus en plus grande. Elle ne négligea pas, du reste, de se fortifier et de se procurer de nouveaux ap-