In II ThessaL, 3. 4, U
5. De doclrina christiana, 14, M. 31. 42; De civilate, 10, 18, M. 11. 646.
que les apôtres écrivirent tout ce qu'ils avaient enseigné ; il dit simplement que les apôtres écrivirent TÉvangile après l'avoir prêché : Quod quide'm (evangelium) îuîic praeconiaçeriuit^ postea çfero per Dei voluntatem in scripturis nohis tradiderunt. D'ailleurs il ne faut pas oublier que les apôtres avaient deux enseignements : l'un destiné au peuple et ne contenant que les notions indispensables, l'autre plus relevé et réservé aux évêques et aux prêtres. Quand même on lirait, dans les écrits de saint Irénée ou d'un autre Père, que les apôtres ont mis dans l'F^criture toute la matière de leur enseignement, il n'en résulterait rien contre notre croyance aux traditions apostoliques non écrites ; une déclaration de cette nature devrait, en effet, s'entendre de l'enseignement populaire à l'exclusion de l'enseignement plus relevé. Saint Jérôme, dans le premier des textes cités, vise les hérétiques qui, sachant que leur bavardage [garriilitaH) laissé à lui seul serait méprisé, le mettent sous le patronage de l'Kcriture. Dans le second, il a en vue le cas particulier d'une légende qui s'autorisait d'un livre apocryphe et il répond que l'on doit tenir compte de l'Ecriture, mais non des livres apocryphes. Dans le troisième, il prend à partie ceux qui, pour appuyer leurs imaginations, allèguent de prétendues traditions apostoliques qui n'existent pas. Saint Jérôme combat donc ici les fausses traditions apostoliques, mais il ne conteste pas l'existence de vraies traditions apostoliques non écrites ; il n'est pas opposé à la croyance catholique. Saint Augustin ne l'est pas davantage, car, s'il dit que tout ce qui intéresse la foi se trouve dans l'Écriture, il n'a en vue que les dogmes principaux, ceux dont la connaissance est nécessaire au salut. Quant aux autres Pères, ou bien ils disent — ce qui est le cas de saint Athanase — que l'Écriture suffit à démontrer la vanité des idoles, la divinité du Christ et son incarnation, ou bien ils prescrivent de rejeter les doctrines opposées à l'Écriture, ou bien ils enseignent que l'Écriture contient tous les dogmes principaux. On ne trouve dans leurs écrits aucun texte imposant l'obligation de s'en tenir à l'Écriture. Ou plutôt on en trouve un dans les écrits de saint Chrysostome, mais il a pour auteur un arien, dont le livre a été introduit indûment parmi les œuvres du grand évêquede Constantinople.
La dissertation de Bellarmin que Ton vient de résumer ne mit pas fin à la controverse soulevée par les protestants. Disciples de Luther et disciples de Calvin continuèrent de rejeter, au nom de TEcriture et des Pères, les traditions non écrites. Aussi il n'est guère de controversistes catholiques qui n'aient entrepris de les défendre. Et si Ton nomme ici le cardinal du Perron ', les frères de Walembourg 2, Bossuet ^, Noël Alexandre '', Annat ■', Perrone ^, ce n'est pas pour dresser une liste même incomplète des travaux que suscita la défense des traditions apostoliques, c'est seulement pour signaler ceux qui sortent du commun et qui, soit par l'abondance des matériaux, soit par la netteté du plan ou la perfection de la forme, méritent le plus de fixer l'attention. Mais il est facile de s'apercevoir que les meilleures démonstrations de la doctrine catholique relative aux traditions ont été faites à l'aide du livre des Coiitro{>ej'ses, qu'elles lui ont emprunté presque tous les documents dont elles disposent, et que la mise en œuvre constitue tout le travail personnel de leurs auteurs '. Pour trouver quelque chose qui échappe à cette loi. il faut lire les préfaces des bénédictins, les recherches d'un Touttée sur saint Cyrille de Jérusalem, d'un Massuet sur saint Irénée ou d'un Maran sur saint Basile. La question des traditions non écrites est restée, jusqu'au milieu du dix-neuvième siècle, au point où l'avait laissée Bellarmin. On doit reconnaître, du reste, que si la défense est restée stationnaire, l'attaque, elle non plus, n'a fait aucun progrès. Pendant trois siècles, les protestants orthodoxes n'ont rien inventé ; ils ont exploité,
1. Réplique à la response du scrénissime roy de lu Grande-Bretagne, liv. III tout entier (Paris, 1620), p. 769 à 858.
2. De testimoniis seu de tradilionibus, 3, dans le Theologiae cursus de Migne, I.
3. Exposition de la doctrine de V Église catholique, 18; Fragments sur diverses matières de controverse, Y, de la Tradition ou de la parole non écrite; Instructions pastorales sur les promesses de l'Église, II, 123 et 124.