De concil. et EccL, I
tons à cela que Fempereur prenait à sa charge les dépenses occasionnées par le concile. — Enfin, dans ces temps reculés, le pape, tout en réclamant la suprématie dans l'ordre spirituel, se soumettait à l'empereur dans l'ordre temporel. « Sans doute il n'était tenu qu'à demander à l'empereur son aide ou son autorisation pour la convocation d'un concile. Mais comme il reconnaissait en lui son maître temporel, il le suppliait de convoquer les conciles '\ »
Bellarmin se rend compte que ces explications, la dernière surtout, font disparaître les plus graves difficultés. Aussi c'est à elles qu'il renvoie ceux qui sont embarrassés soit par le texte de saint Jérôme : « Die qiiis imperator hanc synodum jusserit convocari^ soit par une lettre de saint Léon suppliant l'empereur Marcien de rassembler un concile en Italie,
La thèse de Bellarmin fut utilisée par Baronius -, qui Tenrichit de quelques considérations accessoires et y fit entrer les quatre conciles œcuméniques postérieurs à Chalcédoine. Nous la retrouvons, avec les additions de Baronius, dans la Réplique du cardinal du Perron^. Il va sans dire que les adversaires ne gardèrent pas le silence. Dès les premières années du dix-septième siècle, Marc-Antoine consacra plus de trente pages de
1. De connl. et EccL, I. 13 : « Quarta ratio est quia eo tomporc pontifex, otsi in spiritualibus esset caput omnium etiam iniperatorum. tamen in lemporalibussubjiciebat se iniperatoribus etideo non poterat invito impei-atore aUquid agere... Et quum tantum debuisset petere ab imperatore auxilium ad convocandam synodum, vcl ut permitteret sjnodum convocare, tamen quia dominum suum temporalom eum agnoscebat, supplicabat ut juberet convocari synodum. »
•2. Bakomls, Annales, ad ann. 825. 20; 381. 19; 130. ()3: 151.
3. Du Perron, Réplique à la resjtonse duroyde la Grand Bretagne, liv. 1, ch. 42, p. 316 (Paris, 1620). Du Perron n'pond à Calvin qui attribue aux empereurs la convocation des conciles : « Or cela d'où l'infère-t-il? De ce (jue les conciles portoient sur le front la convocation des empereurs. Belle et subtile logique! Connue si c'eust est('' chose incompatible que les (empereurs convoquassent les conciles pour le regard de l'autorité temporelle atln de les rendre obligatoires au tribunal sc'culier... » Selon lui. il y avait « deux convocations, l'une ecch'siastique pour les rendre obligatoires en conscience et spirituellement, et l'autn» politique pour les rendre exécutoires par le bras séculier et tempon^lement -. Puis il donne les preuves de l'intervention des papes dans la convocation des premiers conciles. 11 utilise Bellarmin pour l(^s (juatre premiers conciles.
sa République ecclésiastique ^ à réfuter l'auteur des Annales et surtout Tauteur des Controverses.
11 commença par rapporter les textes d'Eusèbe, de Rutin et de Sozomène qui attribuaient à Constantin la convocation du concile de Nicée. 11 ajouta que le mot de Ruiin « ex sacerdotum sententia », prouvait bien que Constantin avait tenu à prendre Tavis de certains évêques avant de donner suite à son projet de concile, mais qu'il ne prouvait pas autre chose. Puis il continua : « Pour pouvoir attribuer la convocation du concile de Nicée à Sylvestre, Bellarmin est allé pêcher dans les actes du sixième concile une phrase où le nom de Sylvestre est associé à celui de Constantin. Qu'il se rappelle donc sa dissertation sur Honorius. Il y disait que les actes du sixième concile où Honorius est traité d'hérétique ont été interpolés par un ennemi de l'Eglise romaine ou que, en tout cas, le concile s'est trompé! Pourquoi les amis de l'Eglise romaine n'auraientils pas, eux aussi, l'ait une interpolation? Pourquoi le sixième concile qui a pu, par ignorance, dire anathème à Honorius, n'aurait-il pas pu, par ignorance dei'histoire, associer le nom de Sylvestre au nom de Constantin? Le fait est que, dans la même session, nous le prenons en flagrant délit d'erreur sur une question analogue. Il dit que le cinquième concile a été rassemblé par Justinien et Vigile. Or le pape Vigile n'a eu aucune part à la convocation de ce concile. Bref, ou bien les actes du sixième concile ont été interpolés, ou bien les évêques qui l'ont tenu ont été dans une grande ignorance de l'histoire. Bellarmin se réfère aussi au Pontifical àQ Damase. Mais ce livre, à supposer qu'il ait quelque valeur historique, dit simplement que Sylvestre donna son adhésion ou, si l'on veut, son approbation, au projet de Constantin. Il n'en reste pas moins que c'est Constantin qui a convoqué le concile. »
De là, Dominis passa aux quatre raisons alléguées par Bellarmin pour expliquer la part prise par les empereurs dans la convocation des premiers conciles, et il en fît la critique. Selon lui, les trois premières raisons justifiaient une demande d'autorisation à l'empereur, mais rien déplus. Bellarmin en exagé-
1. De republica ecclesiaslica, G. 5, n. 5, t. 2, p. 582 etsuiv.
rait donc la portée, en leur demandant d'expliquer pourquoi les empereurs avaient convoqué les conciles. La quatrième raison inspira à Marc-Antoine les réflexions suivantes ^ : « Ou bien je ne comprends pas Bellarmin, ou bien il subordonne les pontifes aux empereurs, même dans un domaine où, selon lui, la subordination est impossible. Je constate avec plaisir que Bellarmin est amené malgré lui à subordonner les pontifes romains eux-mêmes à l'empereur dans Tordre temporel... Ce que je ne comprends pas, c'est que cette subordination dans les affaires temporelles empêche des évêques de réunir des conciles pour des affaires ecclésiastiques et spirituelles et les met à ce sujet dans la dépendance de l'empereur... »
Après cette digression, Marc-Antoine revint aux autres conciles^. Pour chacun d'eux il cita les textes qui mettaient sa convocation sur le compte de l'empereur et, en même temps, il essaya de résoudre les objections opposées à sa thèse. Pour prouver que le premier concile œcuménique de Constantinople était dû au pape Damase, Bellarmin s'était appuyé sur une lettre adressée à ce pontife par les évêques du susdit concile. « Bellarmin, répliqua Marc, commet ici plusieurs erreurs. Il en commet une première en attribuant la lettre en question au concile œcuménique de 381. Cette lettre a été écrite par le concile qui fut tenu Tannée suivante à Constantinople... Il commet une seconde erreur quand il dit que cette lettre était adressée à Damase et que Damase demanda à l'empereur de convoquer un concile à Constantinople. La lettre était adressée, non pas à Damase seulement, mais à tout le concile qui se tenait alors à Rome où des lettres impériales l'avaient convoqué... Et ce ne fut pas Damase seulement, mais tout ce concile qui invita par l'intermédiaire des lettres impériales les évêques orientaux à se réunir à lui... Il se trompe encore quand il fait dire aux évêques d'Orient qu'ils se sont réunis à Constantinople pour obéir à Tordre intimé par la lettre romaine... Cette lettre contenait, non pas un ordre, mais une simple invitation et une invitation, non pas à se rendre au concile de Constan-