CHAPITRE II
Les protestants ne se contentèrent pas de réserver à rÉcriture le monopole de la parole de Dieu, ils enseignèrent encore que l'interprétation de l'Ecriture ne souffrait aucune difficulté. Selon eux, les livres saints, en même temps qu'ils contenaient la révélation divine dans toute sa plénitude, l'exposaient avec toute la clarté désirable, en sorte que chacun pouvait, par lui-même, puiser à cette source sacrée les vérités descendues du ciel. Les controversistes catholiques, qui avaient réfuté la première de leurs thèses, réfutèrent aussi la seconde, et, après avoir établi que la parole de Dieu n'était pas tout entière dans ri^criture, ils prouvèrent que celle qui s'y trouvait consignée, n'y était pas clairement formulée. Toutefois, en réponse aux disciples de Luther qui les accusaient parfois de mépriser les livres saints, ils se plurent à proclamer le caractère sacré de l'Ancien et du Nouveau Testament. De plus, ils fournirent parfois les preuves de l'inspiration de lEcriture ; ils se livrèrent même à des recherches sur la nature et l'extension de l'action inspiratrice.
article premier. existence, nature et extension de
l'inspiration de l'Écriture.
Le caractère inspiré de l'Ecriture était au seizième siècle une sorte d'axiome dont personne ne doutait. Aussi assez souvent les controversistes ne prirent pas la peine de justifier une croyance qui ne rencontrait aucun adversaire.
PREUVE DE l'inspiration. 27
Driedo \ Cano, Sander, Stapleton ne traitèrent pas le problème de l'inspiration. Saint François de Sales lui consacra, dans ses Controverses, quelques lignes sans portée. Pendant tout le seizième siècle, Bellarmin est peut-être le seul qui se soit attaché à démontrer l'inspiration de l'Ecriture ^. Sa démonstration, exclusivement scripturaire, comprend trois groupes d'attestations empruntées à l'Ancien Testament, à Notre- Seigneur et aux apôtres. Moïse dit, dans le Deutéronome, que les prêtres enseigneront au peuple « la loi du Seigneur » ; d'où il suit que c'est « la loi » qui doit dirimer les controverses. Isaïe crie au peuple : « A la loi, à son témoignage ». On lit dans Malachie : « Les lèvres du prêtre garderont la science et Ton recevra la loi de ses lèvres ». Enfin David dit dans les psaumes : « Heureux ceux qui scrutent ses témoignages. » Donc l'Ancien Testament atteste lui-même qu'il contient la parole de Dieu^. Notre-Seigneur l'atteste également. En effet, il établit sa mission divine par les textes des prophètes. 11 dit, par exemple « L'Esprit du Seigneur est sur moi parce qu'il m'a oint ». De plus, il oppose l'autorité de l'Ecriture aux Sadducéens : « Vous vous trompez, leur dit-il, parce que vous ignorez les Ecritures. — Pour ce qui concerne les morts, n'avez-vous pas lu dans Moïse...? » Enfin, il renvoie les pharisiens à l'étude des Ecritures, comme le prouve cette parole : « Scrutez les Ecritures ^ ». Par ces paroles le divin Sauveur déclare nettement que les livres de l'Ancien Testament sont divins. De son côté, saint Jean-Baptiste prouve sa mission divine parce texte d'Isaïe : « Je suis la voix qui crie dans le désert : préparez les voies du Seigneur^. » Saint Luc, dans les Actes, loue les habitants de Bérée de ce qu'ils « scrutaient chaque jour les Ecritures pour voir si les assertions des apôtres étaient véridiques ^ ». Dans
1. Driedo {De ecclesiaslicis scripluris et dogmalibus, 1. 1, Louvain, 1533, ]). 3-15) aborde le problème du canon, sans du reste le seri;pr de près. Bellarmin traite la question du canon dans le De verbo Del, 1. 4, puis celle des livres deutéro-canoniques, ibicL. 1. 7-19.
•2. De verbo Dei, 1.2.