De vlsibili monarchia, II, 4, p
414 LE POUVOIR DU PAPE DANS l'oRDHE TEMPOREL.
avertit, pour ce motif, d'élire des juges parmi eux. Et, pour qu'on ne lui objecte pas que l'Eg-lise n'a rien de commun avec les affaires de ce monde, il dit : « Ne savez-vous pas que les saints jugeront ce monde? Si le monde doit être jugé par vous, seriez-vous indignes de juger de petites choses? Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges? A plus forte raison sommesnous aptes à juger les affaires du siècle. « Ce texte prouve que les choses du siècle sont au-dessous des choses spirituelles et qu'elles sont sous leur dépendance. Cela est surtout vrai, quand il s'agit de juger les membres de l'Kglise du Christ et de prendre à leur égard des mesures de coercition. Or si l'Eglise doit instituer de nouveaux juges, plutôt que de s'adresser à des juges infidèles, ne doit-elle pas, à plus forte raison, établir de nouveaux rois, plutôt que d'avoir affaire à des rois hérétiques et schismatiques? Des rois hérétiques sont bien plus dangereux que des juges infidèles. Et puis, le prophète Samuel a déposé Saûl coupable. De même le pontife peut déposer le roi qui refuse d'obéir au Seigneur parlant par sa bouche. Le prophète Élie fit descendre le feu du ciel sur les soldats du roi Ochozias. S'il avait eu un prince dévoué à sa disposition, il aurait pu évidemment le charger de remplacer le feu du ciel et d'exterminer les soldats en question. Preuve que les pasteurs de l'Eglise ont autorité, non seulement sur les âmes, mais aussi sur les corps et sur les biens des fidèles, toutes les fois que le salut des âmes le demande. Ajoutons que le roi Ozias, devenu lépreux, dut abandonner à son fils les rênes du gouvernement. A plus forte raison un prince infecté d'hérésie — laquelle est la vraie lèpre — pourra donc être mis en demeure de quitter le trône et de renoncer au gouvernement. Du reste, l'histoire d'Athalie dispense de toute induction. Elle régnait depuis sept ans. Néanmoins le grand prêtre Joïada estime qu'elle règne injustement. 11 la fait déposer, puis tuer, puis il établit Joas roi à sa place. Voilà qui prouve que le pontife a droit de juger les rois ^
l. De visibili monarchia, II, 4, p. 85-88. On lit à la p. 87: «- Quae oiniiia in liunc finem adduxi, ut ostenderom pastores Ecclosiae potcstateni haberc non tantum in animas, veriim ctiam in corpora et bona fidelium, quotics ex ea re salus aniniarum promoveri potest. - Voir encore p. IK) :
Qu'on ne dise pas que ces faits sont sans portée, en tant qu'ils appartiennent à l'Ancien Testament. Le pouvoir des ministres du Christ est, en effet, plus grand que celui des prêtres de l'ancienne loi. Et d'abord, en envoyant une légion de démons dans un troupeau de pourceaux qui furent précipités à la mer, et cela pour sauver un ou deux possédés, le Sauveur nous a appris que, quand il s'agit du salut d'une âme, on doit être prêt à sacrifier non seulement la fortune de cette âme, mais encore la fortune d'autrui. Il nous a appris aussi, en chassant avec un fouet les vendeurs du temple, que ceux qui ont charge d'âmes doivent corriger tous les abus susceptibles de compromettre le salut des fidèles. Rappelons-nous également que saint Paul n'hésita pas, pour corriger l'incestueux de Corinthe, à le faire souffrir dans son corps en le livrant à Satan. Comment expliquer cette conduite, sinon parce qu'il croyait avoir pouvoir sur les corps des fidèles? Pourtant on ne lit nulle part que le Christ a donné à ses apôtres autorité sur le corps des chrétiens. Non, mais en leur donnant autorité sur les âmes, il leur a permis de prendre toutes les mesures nécessaires à l'exercice de leur autorité et par conséquent, d'infliger des peines corporelles qui parfois sont indispensables au salut des âmes. Aussi les pasteurs ont un modèle à suivre dans la conduite de saint Pierre frappant de mort Ananie et Saphire ' . Enfin le texte Pasces owes prouve clairement que l'autorité spirituelle a le droit de recourir à la contrainte corporelle. Le pasteur, en effet, n'est pas seulement autorisé à écarter les loups du troupeau, il a encore le droit de faire disparaître les béliers qui, en proie à la fureur ou à une maladie contagieuse, attaqueraient les brebis à coups de cornes ou bien seraient un danger pour la santé du troupeau. Or les princes et les magistrats sont à l'égard des peuples, ce que sont les béliers à l'égard des troupeaux. Le pontife aura donc soin d'enlever l'autorité à tout roi qui empoisonnerait son peuple par de mauvaises doctrines.
« Tune enim tantum potestas regia pontificis jurisdictioni subjicitur quandosalutem animarum, cui promovendae pontifex praeficitur, christianus rex impedit ».