De visibili monarchia. 2. 4, p
416 LE POUVOIll DES PAPES DANS LOHDRE TEMPOREL.
tout comme le pasteur a soin d'écarter un bélier galeux. En effet, c'est seulement quand elle est un obstacle au salut des âmes que l'autorité royale est soumise à l'autorité du pontife*. Il peut arriver que l'Eglise n'ait pas la force de résister à un roi mauvais. Dans ce cas, elle est évidemment obligée de subir un état de choses qu'elle ne peut empêcher. C'est ce qui a eu lieu jadis pendant plusieurs siècles. Mais on voit suffisamment combien il serait puéril d'objecter que les apôtres n'ont pas demandé l'appui des rois de la terre. Aux donatistes qui soulevaient cette difficulté, saint Augustin répondit que chaque chose doit se faire en son temps et qu'à l'époque des apôtres, les temps n'étaient pas encore venus de faire appel au bras séculier. Plus tard, nous voyons Athanase demander à l'empereur Constant de secourir les catholiques contre la perfidie de son frère Constance. Nous voyons Ambroise excommunier Théodose. Et, à coup sûr, si Théodose ne s'était pas soumis à la pénitence, et que les temps l'eussent permis, Ambroise aurait eu le droit d'inviter les électeurs impériaux à faire un autre empereur. Il est vrai que, à cette époque, une pareille mesure n'eût pas été possible. Plus tard elle le devint et elle fut réalisée. C'est ainsi que le pape Zacharie, à la prière des Francs, déposa Childéric, auquel on ne reprochait que son incapacité, et lui substitua Pépin. C'est ainsi que l'empire fut transféré de Constantinople en Occident, ou plutôt restitué à l'Occident pour punir les empereurs d'Orient de leur folie iconoclaste, et de leur négligence à défendre l'Italie. C'est ainsi que saint Grégoire le Grand inséra la clause suivante dans une bulle qui octroyait des privilèges à un monastère de la Gaule : « Quiconque, après avoir pris connaissance de cet acte, ne le respectera pas, sera destitué de son autorité et de son rang, qu'il soit roi, évêque, juge ou personne séculière quelconque. » Sans doute, le même pape s'intitulait le « serviteur » de l'empereur Maurice qu'il apelait son u seigneur ». Mais il ne craignit pas de blâmer une loi injuste de Maurice : il ne craignit pas de rappeler à cet empereur que l'autorité lui avait été donnée uniquement pour aider les hommes à aller au ciel, et que le