‹ Histoire de la théologie positive (volume 2)Chapitre 39 sur 371 · In Amos, prolog. et 1. 2; M. 25. 900 ot · texte numérisé non relu

In Amos, prolog. et 1. 2; M. 25. 900 ot

NATURE DE l'iNSPIRATION. 33

que personne ne conteste, ne se concilie guère avec l'hypothèse de l'inspiration verbale. Si le Saint-Esprit était l'auteur des expressions ernploj^ées par les écrivains sacrés, il semble que la Bible devrait être écrite tout entière dans le même style.

Le second argument est, lui aussi, emprunté au style. Non seulement les écrivains sacrés diffèrent dans leur manière d'écrire, ils diffèrent encore quand ils rapportent les mêmes événements. L'Exode contient une rédaction des commandements de Dieu, le Deutéronome en contient une autre. Tel miracle du divin Sauveur qu'on lit dans saint Matthieu est, dans saint Luc, l'objet d'un récit plus ou moins différent. Les paroles elles-mêmes que Notre-Seigneur a prononcées ne sont pas citées en des termes identiques. Comment concilier ce fait avec l'inspiration verbale? Conçoit-on le Saint-Esprit suggérant aux auteurs sacrés des expressions différentes pour rapporter le même fait ou le même discours?

D'ailleurs ce n'est pas seulement dans le texte original que l'Ecriture est la parole de Dieu, elle l'est encore dans les versions. Pourtant les termes dont elle se compose alors ne sont plus les termes mêmes suggérés par le Saint-Esprit. N'est-ce pas une preuve manifeste que l'inspiration n'est pas verbale?

Enfin la doctrine qui restreint l'inspiration aux pensées a des racines dans l'antiquité. Nous la trouvons au neuvième siècle sous la plume de l'évêque Agobard K Dans sa Lettre à Frédégise, Agobard étudie la question de l'inspiration. Selon lui, c'est une absurdité de croire que le Saint-Esprit a inspiré aux prophètes et aux apôtres les expressions dont ils se sont servis II prouve son assertion par l'exemple de Moïse, qui déclare qu'il a de la difficulté à parler. Il produit aussi le témoignage de saint Jérôme, qui reconnaît que les prophètes et les apôtres n'ont pas eu tous le même style.

A la dissertation que l'on vient de lire, les partisans de l'inspiration verbale opposèrent les considérations suivantes "^

Les Pères jusqu'à Agobard, c'est-à-dire jusqu'au neuvième siècle, ont cru que Dieu suggérait aux écrivains sacrés

1. Liber adver sus Fredegisium, 12 et 13, M. 10-1. 165 et siiiv.

2. Sainte Bible de Vence, Discours préliminaire..., t. 1, p. 48 et suiv.

les expressions elles-mêmes. Tel est bien le sentiment de saint Justin \ quand il compare le Saint-Esprit à un archet divin descendu du ciel pour faire retentir sur la terre les divins oracles. Tel est encore le sentiment dAthénagore ^, quand il dit que les prophètes sont les instruments dont l'Esprit divin s'est servi pour parler aux hommes. Et saint Grégoire ne pense pas autrement, lui qui nous présente l'écrivain sacré comme la plume dont s'est servi le Saint-Esprit pour nous écrire ses lettres.

Agobard allègue contre la doctrine de l'inspiration verbale, qu'il a été le premier à combattre, l'exemple de Moïse à qui la parole était difficile. Qu'est-ce que cela peut bien faire à la question de l'inspiration verbale? Un homme dont la langue est embarrassée ne peut-il pas écrire avec une grande facilité? Ne peut-il pas, en tout cas, recevoir de Dieu les secours requis pour avoir cette facilité? Agobard oppose encore l'autorité de saint Jérôme qui constate des différences plus ou moins profondes dans le style des écrivains sacrés. Cet argument est spécieux. Mais examinons-le de près. Dans quel but opposet-on le style de tel écrivain sacré au style de tel autre écrivain sacré? Est-ce pour voir si le souci de la propriété des termes est égal de part et d'autre? On n'arrivera pas au résultat que l'on cherchait, car le propliète Michée exprime aussi fidèlement ses pensées que le prophète Isaïe. Veut-on comparer les pensées? Alors c'est l'inspiration des pensées elles-mêmes qui est en jeu et l'inspiration verbale est hors de cause.

Le problème de l'inspiration verbale continua d'occuper l'attention pendantle cours du dix-neuvième siècle. Et Ton peut dire qu'à la veille du concile du Vatican, les théologiens étaient encore divisés à son sujet en deux camps à peu près égaux. 11 n'en était pas de même du problème relatif à l'extension de l'inspiration. Le Saint-Esprit a-t-il inspiré les auteurs sacrés dans tout ce qu'ils ont écrit? Les a-t-il, au contraire, abandonnés à leurs propres forces, quand ils traitaient de matières étrangères au dogme et à la morale? Cette question ne soulevait pas

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