NATURE DE L INSPIRATION
encore, au milieu du dix-neuvième siècle, les polémiques ardentes auxquelles elle a donné lieu de nos jours. Pourtant elle était posée. De longues années s'étaient déjà écoulées depuis qu'Erasme et Holden chez les catholiques, Grotius, Capelle et Episcopius chez les protestants, avaient limité l'inspiration aux endroits de l'Ecriture consacrés au dogme ou à la morale. Et l'on peut voir dans Melchior Cano ' ou dans Dupin^ les arguments mis en avant par les partisans de l'inspiration restreinte. Ils alléguaient tout d'abord les pensées familières que présente parfois l'Écriture, notamment les suivantes : «Apporte le manteau que j'ai laissé à Troade chez Carpus. — Luc est seul avec moi. — J'ai laissé Trophime malade. » Quel besoin, demandait-on, saint Paul avait-il d'être inspiré pour écrire des phrases comme celles-là? On objectait aussi le texte suivant du même apôtre : « Quanta ceux qui sont déjà mariés, ce n'est pas moi, mais le Seigneur qui leur fait ce commandement. Pour ce qui est des autres, ce n'est pas le Seigneur, mais c'est moi qui leur dis.... » On prétendait voir dans ce passage une sorte d'attestation de l'inspiration limitée. Si saint Paul, disait-on, avait été toujours inspiré, il n'eût pas écrit : C'est moi qui dis ceci et non le Seigneu?^; car dans l'hypothèse de l'inspiration, ce conseil aurait été donné par le Seigneur lui-même. On appuyait du reste cette assertion sur l'autorité de saint Basile dont on apportait le texte suivant : « Tout ce que le Saint-Esprit dit dans l'Écriture est la parole de Dieu même... et c'est ce qui fait voir que le Saint-Esprit n'est point une créature. Car toute créature raisonnable, en parlant des choses de Dieu, s'exprime comme saint Paul quand il a dit : Pour ce qui est des vierges, je n'ai point reçu de commandement du Seigneur, mais voici le conseil que je leur donne... Le Saint-Esprit n'agit point de cette manière. 11 ne dit pas certaines choses comme s'il parlait de lui-même et certaines autres comme s'il parlait au nom de Dieu; car cela ne convient qu'à la créature. » On se croyait autorisé par ce texte à faire de l'illustre évêque de Césarée un partisan de l'inspiration limitée. On attribuait la même doc-