Contra Cresconium, 2. 21, U
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mettre à chacun en particulier des révélations, il annonce une doctrine venue du ciel, c'est-à-dire l'Evangile apporté aux hommes par le Fils de Dieu. Peut-être aussi fait-il allusion à la grâce du Saint-Esprit qui incline chacun de nous à la foi et à Famour. En tout cas, c'est bien la grâce que Jérémie a en vue, dans l'endroit où il dit que Dieu gravera sa loi dans tous les cœurs. Ou, si l'on veut que le prophète parle d'une connaissance doctrinale, on doit supposer qu'il s'occupe exclusivement de la connaissance de l'unité de Dieu. Notre-Seigneur condamne l'orgueil des pharisiens qui étaient fiers du titre de rahhi. Mais il ne condamne pas plus le nom et la fonction du magistère qu'il ne condamne le nom et la fonction de la paternité, quand il dit : « N'appelez personne père sur la terre. » De même, quand le Sauveur a dit qu'il n'avait pas besoin du témoignage des hommes, il n'a pas condamné le témoignage que lui rendent le pape et les conciles, il a seulement voulu dire qu'il n'avait pas besoin du témoignage de Jean-Baptiste, parce que ses miracles rendaient suflisamment témoignage pour lui. Yeut-il du moins soustraire les chrétiens à tout magistère humain, lorsqu'il promet aux hommes de bonne volonté qu'ils pourront se rendre compte de la divinité de sa doctrine et lorsqu'il dit que ses brebis le suivent? Non. Dans le premier endroit, il se borne à dire que l'àme bien disposée est apte à recevoir la vérité chrétienne, sans indiquer par quelle voie cette vérité lui parviendra. Dans le second, il a en vue, au dire de saint Augustin, les prédestinés, et il leur promet non pas la claire intelligence de l'Ecriture, mais la persévérance. Si cependant on veut appliquer ce texte à l'intelligence de la doctrine, le catholique répondra que le Christ parle, non seulement par l'Écriture, mais encore par sa grâce et par la bouche de ses ministres.
Les habitants de Bérée étaient fondés à contrôler l'enseignement de saint Paul par l'Ecriture, attendu qu'ils ignoraient le privilège de l'infaillibilité dont jouissait cet apôtre. Il n'en estpasdemême de l'J^glise. Tout chrétien sait qu'elle ne peut pas se tromper. Le doute à son sujet est donc coupable.
Saint Paul, dit-on, enseigne que le chrétien a reçu le don d'interpréter les Écritures, et l'on conclut que le magistère du
pape et des conciles est inutile. Quand même l'antécédent serait vrai'la conséquence est fausse. Même favorisé du don d'interpréter les Écritures, le fidèle devrait encore se dire que le pape et les conciles ont reçu plus de lumière que lui et s'incliner devant eux. Du reste, il est probable que la prophétie dont parle ici l'apôtre n'est pas le don d'interpréter les Écritures, mais la connaissance de l'avenir. Enfin, à supposer qu'il s'agisse de l'interprétation des Écritures, saint Paul ne dit pas que le fidèle reçoit ce privilège selon la mesure de sa foi, comme le prétendent les protestants, mais qu'il doit exercer son privilège en se conformant aux données de la foi. Les quatre autres textes du même apôtre ne favorisent pas davantage les protestants. Là où saint Paul dit que l'homme spirituel juge tout, il entend parler, non pas de toutes les choses spirituelles, mais de toutes les choses terrestres ; il ne met donc pas le chrétien audessus de l'autorité enseignante. Quand il dit que l'Esprit distribue ses dons comme il veut, sa pensée est que le don d'interpréter les Écritures est — en dehors du pape et des conciles qui l'ont sûrement — accordé à quelques hommes seulement. La plupart des chrétiens sont dépourvus de ce privilège et sont, par là même, soumis à l'autorité. Et ceux mêmes qui l'ont reçu doivent encore s'incliner devant le pape et les conciles, pour la raison qu'on a vue plus haut. Dans le texte où saint Paul dit aux fidèles d'examiner tout ce qu'on leur présente, il n'entend soumettre à leur examen que les doctrines douteuses et non celles qui sont proposées par l'autorité compétente. Enfin le texte : « Vous êtes établis sur le fondement des apôtres et des prophètes », prouve bien que la révélation faite aux apôtres et aux prophètes est le premier fondement de la foi du chrétien. Toutefois ce premier fondement n'en exclut pas un autre, secondaire sans doute mais néanmoins nécessaire, à savoir le témoignage de l'I^^glise. C'est par le témoignage de l'Église que nous sommes assurés de l'existence de la révélation. Aussi le Christ, qui est la pierre fondamentale de l'Eglise, a établi saint Pierre comme fondement secondaire de cette même Église.
Des deux textes de saint Jean allégués par les protesants contre le principe d'autorité, le premier, qui prescrit aux
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fidèles d'éprouver les esprits avant de leur ajouter foi, a le même sens que la formule omnia probate de saint Paul et s'explique comme elle. Quant à cette « onction » qui, au dire de l'apôtre, enseigne les fidèles et qui désigne la grâce divine, saint Jean ne la substitue pas à l'autorité enseignante ; il la présente comme l'auxiliaire et le complément nécessaire de l'enseignement. Il exhorte les chrétiens à rester attachés à l'enseignement des apôtres, enseignement qui est entré dans leur âme avec l'aide de la grâce, et à fuir les doctrines des faux prophètes.
Reste le texte de saint Augustin qui met le Christ au-dessus de l'Eglise et déclare que les ministres de l'Église se trompent souvent. Il paraît terrible: en réalité, il est étranger à la question. En effet, saint Augustin dit simplement dans cet endroit que les ministres do l'Eglise donnent souvent le baptême à des gens qu'ils croient sincèrement désireux d'être chrétiens et qui ne le sont pas. Il attribue à l'Eglise, ou plutôt à ses ministres, des erreurs de fait et non des erreurs de droit.
Ainsi a procédé Bellarmin pour établir le principe d'autorité. Ainsi ont procédé les théologiens jusqu'à nos jours. Ils ont, presque tous, puisé largement dans les Controçei^seSy en n'y ajoutant que de rares textes d'importance secondaire. Signalons cependant quelques exceptions. Dans son Exposition de la doctrine de l'Eglise catholique, Bossuet appela les protestants eux-mêmes à confirmer la doctrine catholique de l'autorité enseignante. Il cita les décrets des synodes calvinistes de Charenton, de Vitré, de Sainte-Foi, enjoignant à tous les réformés de soumettre leur intelligence aux décisions du synode national ^ . Puis il conclut en ces termes : « Ainsi la conduite de nos adversaires fait voir qu'ils conviennent avec nous de cette suprême autorité, sans laquelle on ne peut jamais terminer aucun doute de religion. Et si, lorsqu'ils ont voulu secouer le joug, ils ont nié que les fidèles fussent obligés de soumettre leur jugement à celui de l'Eglise, la nécessité d'établir l'ordre les a forcés, dans la suite, à reconnaître ce que leur premier engagement leur avait fait nier... C'est à quoi