HÉSITATIONS DE SAINT AUGUSTIN
On put voir alors tout ce que rinterprétation des textes doit aux dispositions psychologiques du lecteur. Saint Augustin examina de près les témoignages dans lesquels l'illustre docteur de Bethléem avait cru reconnaître Texpression même du créatianisme, et ces témoignages firent sur lui une impression différente. Et, en effet, l'Ecriture disait bien que Dieu a formé l'esprit et le cœur de l'homme. Mais, qui donc songeait à nier cette vérité? Les traducianistes faisaient dériver Tâme humaine de Dieu tout autant que les créatianistes. Seulement ils croyaient que le créateur, après avoir tiré du néant la première âme, l'avait chargée d'engendrer les autres. Le débat portait donc, non sur le fait même de l'origine divine de l'âme, mais uniquement sur le mode. Il s'agissait de savoir en quel sens Dieu est l'auteur de notre âme; s'il Ta créée par lui-même ou simplement par l'intermédiaire de nos parents, comme il a fait pour notre corps. Or, sur ce point décisif, les deux textes : Fingens spiritum honiinis in eo; — Qui fuixit singulatim corda, gardaient le silence. La parole du Sauveur : Pater meus usque nunc operatur, observait la même réserve, attendu que l'activité incessante, attestée par ce texte, est suffisamment expliquée par le gouvernement divin, sans qu'on attribue à Dieu des créations nouvelles. Quant à l'endroit de TEcclésiaste où on lisait : Spiritus re{>ertatur ad Deum qui dédit eujn, ne favorisait-il pas plutôt les théories de la préexistence ou du traducianisme que le créatianisme? Car enfin, on peut dire que l'âme retourne à Dieu si on lui prête une existence antérieure à sa vie actuelle, ou encore si on la conçoit comme une parcelle du souffle déposé par Dieu en Adam. Mais de quel « retour » peut-il être question quand on la fait sortir du néant ^ ? Le saint docteur d'Hippone n'osa cependant pas trop presser cette dernière observation, et il refusa de condamner, au nom de l'Ecriture, la doctrine créatianiste ^. Il écarta également
\.De anima et ejus origine, 1. 17-29, M. 40. 484 et suiv. — JbicL, 2. 19, p.507. — Ep. 143. 8-9, M. 33. 589. — Ep. 166. 8 et suiv., p. 724. — Ep. 190. 15 et suiv., p. 861. On trouvera dans le De anima, 1. 17, plusieurs textes discutés que l'on n'a pas cru nécessaire de mentionner ici. C'est dans l'ép. 143. 9, que le texte de l'Ecclésiaste est critiqué avec le plus de vigueur.'