IMMORTALITÉ PRIMITIVE
destiné à être immortel. Malgré deux ou trois expressions obscures de saint Justin ' et de Théophile d" Antioche ^ , on peut dire que cette attitude ne souffrit pas d'exception. Et elle s'inspira manifestement du texte de la Genèse : « Le jour où tu mangeras du fruit de Tarbre de la science du bien et du mal, tu mourras », bien que ce texte ne soit presque jamais mentionné. La première note discordante se lit entendre à la veille du cinquième siècle, et elle partit de l'école d' Antioche. Selon Théodore de Mopsueste, Adam était mortel avant même de pécher; à preuve cette parole du psaume : « Nous sommes poussière ; les jours de Ihomme sont comme Therbe » ; à preuve encore la sentence divine : « Tu es — non pas tu seras plus tard mais tu es dès maintenant— terre et tu retourneras dans la terre ». Aussi, quand Dieu défendit à notre premier père, sous peine de mort, de manger de tel fruit, sa pensée ne fut pas que l'infraction de cette défense rendrait Adam mortel, mais qu'elle avancerait seulement le moment de sa mort. D'où il résulte que la mort n'est pas pour nous la suite de la faute du premier homme. D'ailleurs Ezéchiel et saint Paul enseignent que chacun est responsable de ses œuvres et non des œuvres d'autrui ^- Telle était la doctrine qui fut apportée d'Orient à Rome, aux environs de l'an 400, doctrine dont les pélagiens se firent les interprètes, et contre laquelle s'éleva saint Augustin. Sans se laisser émouvoir par l'exégèse des novateurs, l'évéque dTIippone montra que la sentence : Puhis es et in pulverem reverteris, contenait la preuve de l'immortalité primitive d'Adam. « Quiconque, dit-il, veut donner à ces paroles un sens catholique doit voir en elles une condamnation à la mort, tout comme on doit voir une condamnation au travail dans les paroles : Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front. C'est comme si Dieu avait dit : Je t'ai tiré de la terre et je t'ai fait homme; et comme j'ai donné la vie à cette poignée de terre
1. ApoL, 1. 28, M. 6. 372; Dial., 88, M. 6. 685. Voir : Turmel, Histoire du doqme du péché orir/inel : Revue d'Histoire et de Littérature religieuses, 5 ( \m], p. 509).