I. — LA GRACE ACTUELLE
Les Pères des trois premiers siècles mentionnent souvent l'action de la grâce. Il suffit de lire la lettre de saint Cyprien à Donat ^ et divers passages des Subornâtes àe Clément d'Alexandrie ^, pour se rendre compte de l'importance que ces docteurs attachaient au secours divin, et de la place qu'ils lui donnaient dans la vie chrétienne. Mais les professions de foi que nous rencontrons dans les livres de cette époque, si elles s'inspirent de l'Ecriture, ne la citent généralement pas. Tout au plus lui empruntent-elles quelques maximes dont elles se parent comme de joyaux précieux. Elles fournissent des matériaux à la théologie patristique de la grâce; elles n'apportent aucun appoint appréciable à la théologie scripturaire du dogme en question. Seuls les écrits d'Origène doivent être exceptés.
Les gnostiques présentaient les hommes comme des êtres privés de tout libre arbitre et voués, par leur nature même, à une destinée inéluctable. Voulant paraître chrétiens, ils affectaient de mettre leur doctrine sous le patronage de l'Écriture. Ils citaient le passage de V Exode où Dieu dit : « J'endurcirai le cœur de Pharaon » ; cet autre d'Ezéchiel où le Seigneur dit également : « Je leur enlèverai leurs cœurs de pierre et je leur
L Ad Donatum, 4, M. 4.200: « Sedpostquam undae genitalis auxilio superioris aevi labe detersa, in expiatum pectus... desuper se lumen infudit... facultatem dare quod prius difficile videbatur... »
2. Strom. 2. 4 ; 2. 6; 2. 13; 3. 7; 4. 7; 7. 7. M. 8. 945, 960, 996, 1161, 1265; M. 9. 457.
RÉFUTATION DU PRÉdÉTERMIMSME GNOSTIQUE. 97
donnerai des cœurs de chair pour qu'ils marchent dans la voie de mes préceptes » ; et l'endroit de l'Evangile où le Sauveur déclare qu'il parle aux juifs en paraboles, « pour qu'ils ne voient pas, n'entendent pas, ne comprennent pas et ne se convertissent pas ». Ils citaient surtout ces paroles de l'apôtre : « Cela dépend, non de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde; — Le vouloir et le parfaire viennent de Dieu ; — Il fait miséricorde à qui il veut et il endurcit qui il veut... Qui es-tu, ô homme, pour tenir tête à Dieu? Est-ce que l'argile dit au potier : Pourquoi m'avez-vous façonnée ainsi? » Dans tous ces textes, ils croyaient voir la preuve irrécusable que nos dispositions intellectuelles et morales ne dépendent pas de nous, et que notre sort définitif est réglé d'avance par un décret divin, qui n'a aucun égard à notre coopération.
Origène réfuta cette désolante doctrine ^ Il rappela que le soleil, qui fond la cire, durcit au contraire l'argile; et que cette opposition dans les résultats tient, non pas au soleil luimême dont l'action ne change pas, mais à la nature des substances que l'astre touche de ses rayons. Il ajouta que, comme le soleil. Dieu, lui aussi, exerce la même action sur tous les hommes, et que cette action, qui éclaire et édifie les uns, endurcit les autres, selon les dispositions qu'elle rencontre 2. Il observa ensuite que Dieu nous fait vraiment vouloir et agir; non en ce sens qu'il nous impose telle ou telle action, mais en ce sens que notre activité vient de lui ^. Il reconnut, du reste, que Dieu seul avait le pouvoir de couronner nos efforts et de les récompenser. C'est ainsi que l'illustre docteur enleva aux gnostiques les appuis scripturaires dont ils se réclamaient ^.
La littérature patristique du quatrième siècle nous offre sensiblement le même spectacle que celle de la période précédente.
1. De principiis. 3. 1. depuis n. 1, M. 11. 259 et suiv.. C'est par lui que nous connaissons les objections que l'on vient de lire.
2. Ibid. n. 11, p. 267 : « Una eademquc caloris sui virtute, sol quidem ceram solvit, limum vero arefacit et stringit... Ita ergo operatio Dei... >•